II. Estienne la plupart des tinople el a Home, il devint
arguments dont il se sert. (Voir archevêque «le Tyr en 1174,
l'Introduction.) assista en 1177 au concile de
•2. •< Amour, en m'ait ira ni par Latran, dont il écrivit une hisses promesses, me ramena a toire aujourd'hui perdue, pré-
dimenta par ce mot Losenges) comme aussi les Italiens ne se sont pas contentez du verbe Lusingar, mais ont faict pareillement un Nom Lusinghe, du nostre. Et Pétrarque a aussi dict Lusinghier (pour Lusinghiero) en ce vers,
Pcr servir questo lusinghier crudele l.
Les Espagnols aussi ont voulu avoir part au butin : et ont dict Lisongear, pour Flatter, et Lïsongero, pour Flatteur.
Ce mot que les Espagnols nous ont pris, aussi bien que les Italiens, me fait souvenir d'un autre qui nous a esté ainsi pillé par toutes ces deux nations. C'est Escharnir, pour, Se moquer de quelcun. Et toutesfois ce mot Escharnir semble estre aucunement différent : veu que l'interprète de Tyrius met tous les deux, quand pour ces paroles Latines, Probris af/îciebatetcontumeliis, il met celles-ci, Ne finoit d'eschamir et moquer. Les Italiens en ont faict leur Schernire, les Espagnols leur Escarnecer : qui usent aussi de Biirlar, comme les Italiens 2. auquel mot d'autant que nous ne
cha en Europe une croisade Le nom de son plus ancien
en 1188 et mourut vers 1193. traducteur n'est pas connu. 11
11 a laissé un ouvrage en la- avait écrit aussi une Histoire
tin : Historia rerum in partibus des Arabes qui est perdue. transmarinis qestarum a tem- 1. « Pour servir ce séducteur
pore successorum Mahometis cruel. » Canzone XL VI II, 19. nsque ad annum Domini 1184. 2. Cf. Dialogues, I, 4; II, 186.
264 DE LA PRECELLENCE
prétendons rien, j'en laisse le débat à ces deux nations.
Je ne diray pas le mesme touchant ce mot Merci, car il est aussi un de nos anciens, duquel toutes ces deux nations ont faict leur proufît. Quant à l'Espagnole, il n'en faut point demander d'exemples, veu qu'il luy est si fréquent : quant à l'Italienne, elle en a encore plus usé (ce me semble) qu'elle n'en use : et tousjours en changeant la voyelle i en e. (au lieu que quelques Espagnols semblent le prononcer comme nous, encore qu'ils usent de ceste mesme mutation en escrivant) comme en ce passage du second livre des Azolains de Bembo, sua dolce merce f dict par forme de parenthèse. Et en cestuy-ci de Boccace, CKella, Iddio merce, anchora non mi bisogna l. En cest autre de luy mesme, Voi, la vostra merce, havete honorato il mio convito*. Ils disent aussi, La buona merce. Or combien que merce soit estimé signifier gratta en tels endroits, si est-ce que Bembo met tous les deux (mais joignant buona avec gratta) en la lin de son epistre devant ses Azolains, Alla cui buona gratia e merce inchinevolmente mi raccommando ' : escrivant à madonna Lucretia Estense orgia , duchessa illustrissima <li Ferrara, Quant à nostre merci François, lequel je di que ces deux autres
1. Je n'ai pas besoin d'elle, 3. A la bonne gra.ee el merci Dieu merci. «le laquelle je me recommande
2. Le sens est : Merci, vous avec respect, avez honoré mon festin.
Dations ont imité, nous en avons des exemples en nos Rommans, el nommément en celuy de Perceforest. Quant aux deux autres usages de ce mot merci, l'un quand nous disons Grand merci, l'autre quand on dit Je vous crie merci, il n'est besoin d'en aller chercher les exemples si loing, veu que nous les oyons tous les jours : et faut noter que Boccace n'a pas moins faict son proufit de ces deux usages, que de cest autre, car il a dict, Dicendo gran merce à messer lo frate l. Item Gli gridava merce. Et, Lei gridando merce et ajulo 2. Il y-a encore d'autres de nos paroles que nous pouvons trouver en tous ces deux langages, je di, tant des Espagnols que des Italiens : (comme je monstreray ci-apres) et aucunes aussi dont les Espagnols seuls ont faict leur proufit (j'enten, outre celles que chacun peut aisément remarquer) mais maintenant, me contentant de poursuivre le discours commancé, je retourneray aux emprunts que Pétrarque a faicts de nos prédécesseurs (avant que parler des vocables dont nous usons aujourdhuy: aucuns desquels, voire plusieurs, nous sont communs avec eux) et allegueray ces vers,
Per le carrière tue fanciulle e veccJii Vanno Irescando3...
1. En disant grand merci à 3. « Par tes appartements, messire le frère. jeunes tilles et vieillards vont
2. Il lui criait merci. — Lui folâtrant. » Edit. citée. Sonnet criant merci et secours. GVI.
266 m: la precellence
Car je di que ce trescando vient de nos Rommans. Et qu'ainsi soit, nous lisons au Romman d'Alexandre,
Qui nuit ménestrels sonner maint instrument, Et danser et tresquer bien et avenamment.
Quant à Carolar pareillement on sçait que les Italiens l'ont pris de nous (duquel use Boccace tant ailleurs qu'ici, Concio fosse cosa che tutte le donne carolar sapessero) l aussi bien que Danser, qui est aujourdhuy beaucoup plus en usage. Et de tous les deux ensemble (de peur de faillir) a usé le cardinal Bembo en ses Azolains, au second livre. Voyla comment la langue Italienne a pris de la nostre trois vocables pour signifier une mesme chose : et si aujourdhuy nous en prenons seulementun d'eux, asçavoir [eurBallar, il semble que nous leur facions grand tort2. Et je suis bien d'avis qu'on s'en passe, sinon en poésie, où la ryme nous rend subjects.
Je croy que ce mesme poète aura usé aussi de Balia, pour Puissance, comme nous le trouvons ed Boccace, Hammiin sua Imita'''. Que si quelcun doute que ce soit un vocable de nos Rommans, voyci un passage de celuy du bon roy Perceforest, Madame {d'il le chevalier) pur ma foi/ il me peseroù moult s/
I. Alton. lu ([ne toutes les 2. V. Dialogues, 1,269; II, 112. dames savaient danser. 3. 11 m'a en sa puissance.
je disoye ou faisoye chose qui vous tournast à desplaisir. Et si faict V avoue, sachez que Amour le me auroit faict faire, qui ma en sa baillie. Car qui ma en sa baillie ne peut signifier autre chose que cela, Qui m'a en sa puissance : ou, en sa seigneurie et domination. Aujourdhuy Bailli est à peu près le mesme qui es autres contrées de la France est appelé Seneschal.
Ce mesme endroit de ce Romman me fournira deux exemples de mots anciens , qui sont du nombre de ceux dont il s'agit. Car nous lisons là, Mais que jamais par gabs ne autrement de ce ne me parlez. Et un peu auparavant elle avoit dict, Mais je croy que vous le dites par soûlas. Et bientost après, pour signifier la mesme chose, elle use du mot esbatement. Je di donc premièrement que le Gabbo des Italiens est venu de ce Gabs. Duquel Gabbo use Boccace en cest endroit, Intese il motto, et quello in (esta et in (jabbo preso, mise mauo in altre novelle l. Et comme de ce Gabs est venu Gober, aussi Gabbar, de Gabbo. Mais quant à ce verbe Gaber, il est encore aujourdhuy en usage en quelques lieux, comme aussi Gabeur, plustost que Gabs : au lieu duquel on use plus volontiers de Gaberie. L'autre mot, Soûlas, est encore moins en usage que Gabs : duquel Soûlas (je dis Soûlas signifiant Esbatement, Passetemps)
1. Il comprit le lion mot, le prit gaiment et en plaisanterie, et passa à d'autres nouvelles.
268 DE LA PRECELLENGE
les Italiens ont faict leur Solazzo ou Sollazzo, et ont dict aussi Solazzar, voyans que nos ancestres avoyent faict Soûlas s er ou Soulassier, de Soûlas. Or comme on ne pourroit user de ce mot ancien Soûlas en ceste signification -là, sans danger de reprehension, pource qu'on le penseroit estre de ceux qu'on escorche aujourdhuy du langage Italien à tors et à travers : ainsi en avons -nous autres desquels on peut dire le mesme. De ce nombre sont non seulement aucuns des precedens, mais aussi trois que j'ay gardez pour la fin : lesquels seroyent encore plus suspects de ce que je vien de dire que les autres, et par conséquent plus subjects à reprehension. Le premier sera Brigade !. car nous trouvons ce mot en quelques Romraans, et nommément en eeluy de Perceforest : Ils s* en partirent de celle brigade. c'est à dire de celle compagnie. Voyla comment nous pouvons mieux de droit user de Brigade que Boccace de Brigata, en le prenant de nostre ancien langage. Le second lieu sera donné à Enamouré, car plusieurs pourroyent penser pareillement qu'ils fust tiré de l'Italien [namorato, ou pour le moins faict à son exemple : el toutesfois nous lisons es Rommans non seulement Enamouré, mais aussi S'énamourer *. comme en ce passage,
i. Cf. Dialogues, II, 246-47. archaïques, on I depuis com-