Demourer. etc. — Plusieurs
verbes dans lesquels l'accent tonique se déplace ont dans leur radical une syllabe variable suivant qu'elle est accentuée ou atone. L'unilication des formes, qui n'est pas complète aujourd'hui, était encore bien plus imparfaite au temps d'Estienne :
il écrit, dans la Précellence, demoui''')' 181 ; demouré 311 ; de même qu'il emploie le substantif demourance 255. 11 écrit aussi, dans un proverbe qu'il cite, la 3e personne la heure 211.
107. Achette. — Dans les verbes en -eler et en -eter, c'est à peu près arbitrairement qu'on a décidé aujourd'hui que les uns, quand la désinence est muette, s'écriraient par -elle, -et te; les autres par -èle, -ètc Henri Estienne, dans un proverbe, écrit achette 232.
108. Veit. — C'est par une fantaisie orthographique que H. Estienne, ou plutôt Desportes cité par lui, écrit veit au lieu de vit 93, au passé défini. On écrivait, à cette époque, feit, veint, etc.
109. Tindrent. — Un d euphonique s'intercale à la 3e personne du pluriel du parfait du verbe tenir, tindrent 220. Cet exemple est dans un proverbe, il est vrai, mais cette forme était fréquente au xvie siècle.
On trouvait également vindrent au lieu de vinrent.
110. Assaudray. — Henri Estienne constate que la langue hésite entre les deux formes du futur du verbe
assaillir :
Et comme nous sommes en controverse s'il faut dire j'atsaudray ou j'astalltray. ainsi voyons-nous que les uns disent assalïscono', les autres assalgono. 302.
Assaudray est l'ancienne forme à laquelle l'autre a fini par se substituer par analogie. Encore au xvii'' siècle l'ancienne forme s'emploie quelquefois. Ménage avertit de dire j'assailliray et non j'assaudray.
111. Orray, orront. — Ce sont le» formes qu'H. Estienne emploie pour le futur du verbe ouir :
Je les prieray d'ouir aussi patiemment ma responsc que j'orray la leur. 3V».
OBSERVATIONS GRAMMATICALES
Quand ils orront dire d'un homme qu'il est leurré, sçauront bien que c'est à dire desnianè. 127.
Malherbe note dans Desportes la forme orra, bien que lui-même dise tantôt orra, tantôt oira. (Voir Brunot, Thèse, 411.)
112. Die. — H. Estienne emploie au subjonctif die au lieu de dise :
Encore qu'aujourdhuy on die pasteur. 74. Craignant qu'on ne "die que je luy veux rien oster. 105.
Celte forme, même au xvn* siècle, n'avait rien d'archaïque. Elle est employée même par Racine :
Mais quoique je craignisse, il faut que je " [le die. (II, 438.)
1 10. Vousit, vousissions, vousissent. — On hésite pendant tout le xvie siècle entre ces anciennes formes et les formes nouvelles de l'imparfait du subjonctif du verbe vouloir :
Apres avoir long temps attendu que quelcun de ces fameux et heureux advocats la vousist entreprendre. 11.
11 feroit beau voir que nous vousissions demourer courts. lo8.
Au cas que les Italiens ne vousissent accepter ceste offre. 85.
SYNTAXE. Nature des verbes.
Emploi des auxiliaires. — 114,
Moquer emplové comme verbe transitif :
Pour laquelle raison nous vovons que les Doriens estovent moquez par fes autres Grecs. 69.
Le verbe moquer avait dans l'ancienne langue une forme active :
On disait moquer quelqu'un et non se moquer de quelqu'un. Au temps d'Estienne la forme active a disparu, mais le passif a survécu longtemps et peut même s'employer encore aujourd'hui :
Il est fréquent au xvm« siècle :
Qui n'a pas été opprimé par les puissent*. moqué par les faibles, fui et abandonné par tous les hommes . (Vauvenargues, dans
Littré.)
lir>. Avoir accoutumé de au Heu de avoir coutume de. Il est probable que dans les phrases de ce genre accoutumé doit être considéré comme un véritable attribut :
Il remonstre les maux et ealamitez qui ont accoustumé de s'ensuivre aux peuple* de leurs révoltes et soulèvement. 58.
Cette construction se retrouva d'ailleurs même dans notre siècle :
Les vierges avaient accoutumé de laver leurs robes d'écorce dans ce lieu. (Chateaubriand, duns Littré.;
116. Estienne emploie passer, avec l'auxiliaire être, au lieu de se passer :
Il manda puis à Amasis comment le tout estoit passé. 240.
117. H. Estienne écrit être procédé de. Il est probable qu'il faut voir là un emploi du passif, plutôt qu'un emploi de l'auxiliaire être pour avoir :
Je puis asseurer qu'elle est procedee d'un cueur qui s'est totisjours monstre zélateur et comme jaloux de l'honneur de sa nation. 2.
118. Dans un proverbe cité par Estienne, le verbe sauter est construit avec l'auxiliaire être :
Il est sauté de la poésie en la braise.
Littré cite la même tournure dans La Fontaine :
Sa joie amoureuse N'ose éclater: soyez sur qu'à mon cou, Si j'étais seul, elle seroit sautée.
119. Le verbe réfléchi s'emploie très souvent avec le sens du passif, et même peut avoir un complément construit avec par, comme celui du verbe passif :
Du quel troisième vers le commencement se peut aussi changer ainsi. 50.
U i-xembriire etr .utnmiijliare se mettent pour un mesme, par Bernardino Tomilano.
Encore au xvite siècle :
des vanités qui ne se peuvent même défendre par un ami. (Balzac, dans Haase.)
Ce prétérit se conjugue par la plupirt de cette sorte. (Vaugelas, ibid.)
Temps. — 190, Henri Estienne emploie l'imparfait du subjonctif au lieu du présent :
Tant s'en faut que l'ittlienne en pust venir à bout. lit.
Le lecteur jugera qu'il n'est aucunement en danger de tomber en ceste nécessité de
OBSERVATIONS GRAMMATICALES
forger des mots nouveaux, sinon qpc quelque nouvelle chose se prcsenlast. 167.
Il faut remarquer que la proposition principale est de forme ou de valeur négative. Il en est de même au xvu1' siècle, où cet emploi de l'imparfait du subjonctif est encore fréquent :
Vous ne trouverez pas un hoinnio seul qui pût vivre à porte ouverte. (Malherbe. 11. 418.)
Je ne crois pas pourtant qu'il nous fût permis décrire ainsi. (Vaugelas, dans Hanse. \
121. Après un verbe principal au passé détini, on trouve le verbe de la proposition subordonnée au parfait du subjonctif, tandis que nous le mettrions aujourd'hui à l'imparfait.
Jamais il n'a falu que les plus grands personnages de nostre France ayent mis la main à la plume pour nous apprendre à parler frnnçois. 20.
Il a falu que Pétrarque, ayant besoin d'un beau mot et bien choisi, le soit venu emprunter de nos Roraroans. 262.
Il n'est pas rare , même au XVIIe siècle, de voir ainsi le verbe de la proposition subordonnée se mettre au même temps que le verbe principal :
Les dieux n'ont pas voulu qu'il vous ait rencontrée. (Racine, dans Hanse.)
122. C'est de la même façon qu'après un verbe principal 'au futur, le verbe de la proposition subordonnée se met au futur antérieur, au lieu de se mettre au passé défini :
Ceux qui sçauront qu'Achille aura pu si vaillamment et rudement combatre Hector qu'en la fin, il aura esté par lui abhatu, ne douteront point que ce vaillant guerrier ne
Suisse porter aisément par terre un Sarpeon. 30.
De même, au xvnc siècle :
Et de là, que conelura-t-on? Que les Juifs ou Esdras auront supposé le Pentateuque au retour de la captivité. (Bossuet, dans Haase.)
123. Toujours selon la même tendance, on trouve un infinitif passé dépendant d'un verbe principal au futur antérieur, quand nous mettrions plutôt l'infinitif présent :
Ceux qui auront pu ouir plusieurs de vos
subjects haranguer, et auront eu aussi cest honneur d'avoir oui votre Majesté discourir, pourront tesmoigner de la suffisance de nostre langage. 7.
On trouve la même construction au xviic siècle :
Je ne sais si j'aurai bien fait d'avoir enterré dans mon jardin dix mille écus qu'on me rendit hier. (Molière, l'Avare, I, v.
Modes. Indicatif. — 124. L'indicatif est employé dans plusieurs cas au lieu du subjonctif.
a). On trouve le présent de l'indicatif au lieu du présent du subjonctif :
Je ne leur nieray pas qu'ils en peuvent avoir. 116.
Il ne se faut esbahir que nous avons des proverbes qui se contrarient. 215.
Je protesteray ne vouloir nier pourtant que le:- accens sont observez plus songneusèment en la prononciation du leur. 42.
Il nous semble que l'honnesteté nous commande les respecter, jusques à ce qu'estnns informez de leur qualité, nous appelons, parade et bravade ce que nous nommions magnificence. 351.
b). L'imparfait de l'indicatif au lieu de l'imparfait du subjonctif .":
Quand on s'esmerveilloit qu'il instruisoit si bien ses disciples à plaider les causes. 28.
Il pourroit bien estre que le premier n'estoit pas homme pour imiter quelques phrases latines. 337.
c). Le futur au lieu du présent du subjonctif :
Il pourra advenir que la seconde fois il usera de retranchement en ceux mesme* qu'il aura espargnez la première. 47.
d). Le futur antérieur au lieu du parfait du subjonctif :
Pource qu'on se pourra esbahir que ce sonnet n'aura esté honoré du premier lieu. 91.
Non seulement les constructions employées par Henri Estienne sont usuelles de son temps, mais on en trouve encore de tout à fait semblables chez les écrivains du xvu' siècle.
a Je suis ébahi que cet invisiblo amoureux ne s'avisa d'aimer cette femme devant qu'elle fût mariée. (Malherbe, IV, 7.)
b S'il arrivait aujourd'hui que des personnes ignoraient les principes de la religion... Pascal, dans Haase.)
c 11 se peut même qu'il sera un do vos convertis. Balzac, dans Haase.)
OBSERVATIONS GRAMMATICALES
Conditionnel. — 125. Le conditionnel se trouve au lieu du subjonctif avec la conjonction combien
que :
Combien que il y auroit quelque apparence. M.
On le trouve aussi dans une proposition dépendant d'une proposition dont le verbe est au conditionnel :
Quand bienj'aurois monstre quelanostre surpasseroit le grec e» deux comparaisons précédentes. 113.
Au xvne siècle, on trouve encore le conditionnel au lieu de l'imparfait du subjonctif après les conjonctions adversatives, mais d'ordinaire avec les verbes vouloir, devoir :
Bien que vous me traitiez mal et que w»8 mépris me devraient être sensibles, j'ai résolu de m 'obstiner. (Balzac, dans Baase.)
La seconde construction se rencontre assez souvent :
Il se pourrait bien faire, si je cessais totalement de penser, que je cesserais en même temps tout à fait de vivre. (Dcsrartes, dans Haase.)
Il se pourrait fort bien faire que vous ne seriez pas en humeur de m'écouter. (Mme de Sévigné, IV. 86.;
Subjonctif. — 126. Le subjonctif s'emploie très souvent dans les propositions subordonnées au lieu de l'indicatif :
J'ay opinion que ce proverbe soit demeuré depuis quelque roy qui tout en un coup, Gt
deeerier tonte la monnaye de ses prédécesseurs. 146.
Et est croyable qu'il ait esté premiere-
rement ainsi eserit 218.
Laquelle eseriture je n'approuve point, ains estime qu'il faille escrire BTavventVI a en un mot aussi bien ici que la. 8SI.
Nous seavons aussi que plusieurs pensent
qu'il y ait quelque nouveauté cachée miu> ce mot. £'>2.
Cette construction du subjonctif avec des verbes signifiant peruer, croire, est usuelle au xvi" siècle el se rencontre encore souvent au wir :
La plus belle dei dOUX, je crois que 00 soit lWre. (Corneille. IV. 161.]
Tous présument qu'il ave un grand MÛet d'ennui. {/</. III. '.'.I.
La liberté est telle au m" siècle
que deux verbes coordonnés se trouvent à des modes différents :
■l'estime qu'il n'avoit pas eserit ouan' ains que ce soit une faute de l'impression'
127. Le subjonctif se trouve dans quelques phrases où nous mettrions aujourd'hui l'infinitif :
Je n'auray aucunement peur que je n'emporte ce troisième. 104.
Il me tardoit desja que je vinsse au\ jeux. 1U5.
II me tarde que je vienne à l'autre sorte.
Infinitif. — 128. On trouve chez H. Estienne assez souvent l'infinitif
pris substantivement :
Si le beau et sage parler d'un tel homme ha tel pouvoir, ii.
C'est de faire un plaider sommaire comme par provision. 19.
Le trop haster fait entendre mal le> choses. °JM.
Dans l'exemple suivant, le mol le peut être soit l'article déterminant seavoir pris substantivement, soit le pronom personnel réprime de pai -1er et se rapportant au mot langage qui se trouve dans la phrase précédente :
Le seavoir parler aussi nayfvement que si j'eusse esté du pays fut ce qui me sauva la vie à Naples. 30.
Cet emploi de l'infinitif, fréquent dans l'ancienne langue comme au xvi« siècle, se trouve souvent encore
chez Malherbe :
Le pleurer excessif est marque de vanité. II. '.'.C.
La rougir e>t du sombre «le ce> infirmités
m. m.} 129. L'infinitif sujet placé après
le verbe, ou l'infinitif régime n'est pas toujours, connue dans la langue moderne, précédé de la préposition de :
•i . In finit il êujrt ou attribut.
Quand il luy plaira considérer de quelle importance e>t cote entreprise. I.
Le Dltte de l'un sera les tailler, de l'autre les coudre. 151.
Il me souvient avoir aHegue* si-daasai plusieurs
lu. Infinitif régime.
Lequel project je la supplie très humblement vouloir favoriser, non moins de sa Censure que de sa lecture. 1.
OBSERVATIONS GRAMMATICALES
Je vous prie vous souvenir du proverbe latin. 11.
Je puis alléguer encores autre raison qui mérite n'estre moins considérée. 11.
Varinette seroit celuy duquel je eraindrois moins user. 200.
Il nous semble que l'honneslelé nous commande les respecter. 3S1.
Encore au xvit° siècle :
a ...Nos jours criminels ne pourront plus
[durer.
Qu'autant qu'à sa clémence il plaira l'en-
[durer. (Corneille, III, 358.)
b). Je vous prie, madame, me tant obliger
que de mettre en votre paquet la dépêche.
Balzac, dans Haase.)
130. Il arrive très souvent que le >ujet logique de l'infinitif ne soil pas le même que celui du verbe principal.
N'avez vous pas encore aujourdhuy plusieurs bons tesmoins de l'enrichissement qu'a receu nostre langage par le moyen de vustre ayeul le grand rov François, voire jusques à luy donner ce los qu'il a esté le premier qui l'a mis comme hors de page? 8.
Il nous faudra considérer quelles choses sont requises en un langage pour estre estimé riche. 105.
Et avons bien raison d'y estre plus addonnez, tant pour y estre plus habiles et adroits, que pour estre un exercice non moins beau et lionneste que proufitable. 136
Cette construction est encore très fréquente au xvu1' siècle:
Elle espère que vous ne la méconnaîtrez pas pour être dépouillée de tous autres ornements que les siens. (Corneille, I, 375.) On dit que, sous mon nom à l'autel appelée, Je ne l'y conduisois que pour être immolée. Racine, III. 217.
131. La proposition infinitive qui, assez fréquente même dans l'ancienne langue, a pris une immense extension au xvi« siècle et même au xve, se rencontre à chaque instant dans la Précellence :
Ceux qui se sentiront estre en meilleur equippage que moy. IV.
Je l'estime luy estre beaucoup inférieur.
Si je n'eusse vu quelques Italiens avoir 0>é préférer leur langage. 14.
Il confesse le parler françois e.~lro non seulement plus en usage, mais aussi estre plus plaisant que tous les autres. 16.
Je puis monslrer la vérité estre telle. 1'.).
En ce qu'ils mettaient en avant la gravité de leur langage estre plus grande que celle du noslre. 47.
L'emploi de la proposition infini-
tive se restreint au xvne siècle, mais on la trouve encore souvent :
Les mages lui sacriDèrent, comme l'estimant avoir eu quelque chose au-dessus de la condition ordinaire de l'humanité. (Malherbe, II, 481.)
La voyant si pâle, il la crut être morte. (Corneille, I, 233.)
Participe. — 132. Le participe est employé comme substantif dans cette phrase :
Et nommément pour les attendans de la cour, ceste leçon est fort bonne. 202.
133. Le participe présent prend la marque du pluriel, et même celle du féminin :
Plusieurs, oyans ce dernier propos et comprenons ce' que j'enten. 7.
Rendans à ces deux langages anciens ce qu'ils leur avoient osté. 35.
En une chose importante beaucoup plus à l'honneur de vostre royaume. 7.
J'appelleray de leurs oreilles escoutantes mal à elles mesines quand elles escouteront bien. 38.
y*oyei autant de françoises respondantes à ces" toscanes. 114.
Il les couppe en pièces approchantes ssftei près du poids duquel doit estre la inonnoye qu'il veut forger. 141.
Cet accord du participe présent est encore assez fréquent au siècle suivant :
Et les canons, quittants leurs usages fa-
frouches,
Ne servent plus ici que d'éclatantes bouches,
Pour rendre grâce au ciel de cet heureux
[accord. (Corneille, X, 106.)
Je vous trouve si pleine de réflexions, si
stoïcienne, si méprisante les choses du
monde. (Mme de Sévigné, VI, 336.)
13 i. Le participe passé reste assez souvent invariable quoique le complément direct soit placé avant lui :
En ce qui concerne la fauconnerie (qu'on a aussi appelé la volerie). 119.
Ceux que lui a baillé la fauconnerie. 123.
La règle formulée par Marot n'est pas toujours observée même au xxw siècle :
Là, par un long récit de toutes les misères Que durant notre enfance ont enduré nos opères. (Corneille. 111,392.) Ceux que le Seigneur avoit choisi pour être les colonnes de son Eglise. (Racine, V, 591.)