‹ La précellence du langue françois;Chapitre 199 sur 212 · Il arrive au contraire que le · texte numérisé non relu

Il arrive au contraire que le

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

participe prenne l'accord quand il devrait rester invariable :

Il vaut beaucoup mieux que tant luy que les autres excellens poètes de ce temps se soient voulus rendre dignes du laurier par l'autre sorte de composition de vers. 43.

Et en ce trop se sont donnez trop de licence. 323.

L'usage les a faicts sonner mal depuis. 349.

On trouve encore au xvne siècle des exemples analogues :

Il se sont attachés à des patrons excellents qu'ils se sont proposés d'imiter. (Vaugelas, dans Haase. )

Ils se sont donnés l'un et l'autre une promesse de mariage. (Molière, dans Haase.)

136. Le participe présent, comme lMnûnitif, se rapporte quelquefois à un mot autre que le sujet du verbe principal :

L'accent sur cette syllabe antepenultime leur est plus fréquent qu'à nous : prononçans dlcono, pitlann, etc. 43.

Les mesmes vers de Virgile furent ainsi traduicts par moy, les appliquant à mon propos. o0.

Approuvant quelques mots et façons de parler, qne cest auteur prenoit des Rommans, ceste-ci est de celles que je n'approuve point. 201.

Encore au xvn" siècle :

Ils avoient toujours été l'objet de ses railleries et de son mépris, les appelant tantôt grossiers et rustiques, tantôt Phrygiens et Paphlagoniens. (Vaugelas, dans Haase.)

137. On trouve de nombreux exemples de la construction du participe absolu :

Ce Project, estans bipn considérez tous les poincts que j'y ay deduicts, leur ostera une grande partie de" leur doute. 7.

Eutre les beaux et grands avantages que Dieu a donnez aux hommes... cestuy-ci estant un qu'ils peuvent s'entrexposer leurs conceptions par le moyen du langage, il est cerliin que... 10.

Estant impossible de faire de ces vers qu'on appelle mesurez sans quelque observation des accens, nous nom nn/ustré aux Italiens que nostro langage BOtU jurmottoit d'en faire. 40.

Voyla comment, estaat la coustume de n'apporter plus <le> lamnrojM depuis quilles se trouvaient estre chorde'es, et par CWtO quent ne s'en trouvant plus, le menu peuple a retenu ceste façon de parler. 133.

Cette construction se maintient au .\vne siècle. On la trouve, pu exemple, chez Racine :

Elle ne faisoit autre chose jour et nuit que lever les mains au ciel, ne luy restant plus aucune espérance de secours de la part des hommes. (IV, 466.)

L'auteur faisoit judicieusement d'avertir qu'il étoit catholique, n'y ayant personne qui ne l'eût pris pour un proteVtant. IV, 472.

Acord du verbe. — 138. Le verbe qui a plusieurs sujets coordonnés peut ne s'accorder qu'avec le plus rapproché :

La comparaison dont use Virgile parlant de Pyrrhus, et Arioste, parlant de son Rhodomont. 55.

Desportes écrivait :

Puisque ma servitude et ma foy vous [o'rTeose.

Malherbe veut le pluriel. (Voir Brunot, Thèse, p. 422.) Cependant lui-même écrit :

Les délices et la paresse lui ûte le mouvement. II, 168.

Régime du verbe. Anacoluthe.

Ellipse. — 139. Henri Estenue dit croire à quelqu'un, dans le sens de se fier à quelqu'un. Il dit aussi dominer à. servir à (ce dernier dans un proverbe) :

Ceste objection seroit valable contre ceux qui veulent qu'on leur croye a crédit. 27. Avarice luy domine. 108.

Servir à D"ieu est régner. 211.

Des constructions semblables se rencontrent encore au siècle suivant :

Allez, ne croyez pas à monsieur votre r», Tartuffe II, il.)

Qui eut dit à vos généraux qu un temps était pToche où ils domineraient en mœurs à l'Eglise Universelle. (Pascal, dans Littré.)

C'est probablement une sorte de datif d'intérêt que nous avons dans cette phrase :

Je ne pourrois me la desraciner sans forligner totalement. 2.

140. Henri Kstieiine écrit changer à au lieu de changer pour :

On peut aussi disputer si nous pouvons pas faire nostre proufit d'un mot tiré de la langue latine, que nous trouvons en quelque dialecte, en luy changeant toutefois la terminaisoa qu'il ha convenable à ce dialecte, à celle qui convient à nostre langage. 182.

Mémo construction au xvir» sièele :

ivons de la

plnue

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

Et mes désirs brûlants de perdre tout le [monde

Se changent aussitôt à ceux de l'augmenter (Corneille. X. BO.j

141. Plusieurs verbes qui se construisent aujourd'hui avec la préposition à sont construits, dans la Precellence, avec de :

Onques homme n'aspira de réduire les autres en servitude qu'il ne s'aidast des mesmes mots. 63. (Dans la citation de Biaise de Vigenère.)

Je me fusse hazardé de plaider la cause tout à fait. 12.

Quand ils taschent de se rebeller et soustraire de l'obéissance de leurs légitimes princes. 58.

Dans la phrase suivante l'infinitif construit avec de n'est pas régime, mais sujet :

Il restera de voir quel autre fondement ils luy peuvent donner. 47.

On trouve au xvne siècle des constructions semblables :

Elle n'aspire encore d'y arriver que par des moyens qui viennent de Dieu même.

(Pascal," dans Littré.)

Je me suis hasardé d'y ajouter l'épithète d'héroïque. (Corneille, I. 85.)

Voulant commencer âme soustraire de sa domination. (Hamilton, dans Littré.)

On trouve aussi se résoudre de, s'en résoudre, mais non avec le sens de se résoudre à ; l'expression signifie plutôt : prendre une résolution sur.

En luy donnant toutesfois six jours de terme pour s'en résoudre. 359.

Henri Estienne dit aussi :

Ce Project leur ostera une grande partie de leur doute : en attendant que l'œuvre qui sera faict sur iceluy les en rende entièrement résolus. 7.

La phrase signifie : les tire tout à fait de leur doute, de leur indécision. Dans ce sens le verbe résoudre est souvent construit de la même façon que chez Estienne encore au xvne siècle :

Nous te prions d'y penser, de t'en résoudre, et de l'en conseiller. (Pascal, dans Littré.)

Mais le xviie siècle emploie encore plus souvent se résoudre de dats le sens de se résoudre à, et

ne fait d'ailleurs que suivre la tradition du xvie.

1 42. Les verbes interroger, s'estonner, se construisent avec comment :

Le roy Porus. venu es mains d'Alexandre le Grand, interrogé par deux fois comment il vouloit qu'il se comportas! avec luy, ne respondit que ce mot, royalement. 6.

Je m'estonne fort comment il a voulu ainsi forcer ce mot à recongnoistre son origine. 257.

143. Un verbe peut avoir des compléments de nature différente, un substantif coordonné avec une proposition complétive, ou deux propositions dissemblables :

Il me semble quej'ay montré bien elnirement et amplement nos grans moyens d'ftdjouster richesse sur richesse, et que nous n'avons faute que de hardiesse. 163.

Et pour monstrer encore davantage comment en nostre langage tout leur a esté bon, et qu'il n'ont rien trouvé trop chaud ni trop froid. 282.

La même liberté existe encore au xvne siècle :

Mais je crains des chrétiens les complots et

[les charmes.

Et que sur mon époux leur troupeau ramassé

Ne veneetant de sang que mon père a versé.

(Corneille, III. t98.

J'ai su par son rapport, et je n'en doutois

[pas,

Comme de vos deux fils vous portez le

[trépas,

Et que déjà votre âme étant trop résolue

Ma consolation vous seroit superflue.

(Corneille, III, 316.)

144. Dans la phrase suivante, il y a une sorte de pléonasme :

Ceux qui luy veulent faire concurrence et se rendre ses compétiteurs. 7.

Aujourd'hui, nous serions obligés ou bien de placer lui après veulent ou bien de répéter ce verbe avant le second infinitif.

145. On voit au xvic siècle des ellipses que nous ne nous permettrions plus aujourd'hui :

Car comme ils disent ax-olo pour **o, ainsi mutai» souvent pour muta. ï»7.

Si bien les Grecs l'avoyent, non pas toutesfois les Latins. 98.

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