‹ La précellence du langue françois;Chapitre 30 sur 212 · Remédia amoris, 420. 2. Enéide, II · texte numérisé non relu

Remédia amoris, 420. 2. Enéide, II

•l\ PREFACE.

raison de nostre nation avec la leur, plus avant que ce qui concerne le langage. Car outre ce que telle chose estoit hors de propos, quand bien l'occasion se fust présentée, je ne l'eusse point voulu prendre : tant pource que ma plume n'a point accoustumé de se mettre à telles matières qui font tomber en des invectives (encore qu'aucuns m'ayent preste ceste charité de me vouloir faire auteur d'une plus dangereuse, moy pouvant prouver mon alibi de cent lieues loing) ■ que pource aussi qu'ayant demeuré quelques années en Italie, et distribué ce temps par les principales villes d'icelle, je ne puis ignorer que si Dieu a doué nostre nation de quelques grâces que la leur n'ait point, il l'a récompensée en quelques autres qui leur sont pareillement peculieres. Et toutesfois si je me fusse attaché au langage des Espagnols, je ne sçay pas s'il m'eust esté possible d'user de la mesmd discrétion, car je leur sçay d'autant plus mauvais gré qu'ils veulent passer encore plus avant que les Italiens : tellement qu'on peut bien dire, en se servant des paroles du poète Lucain,

Nec quemquam fam ferre potesi Ttalusve priorem, Hispanusve parem -.

\. Il s'agit du Discours mer- Sayous {Etude sur /es écrivaini

veilleux de la vie et des dépor- français de la déformation

tements de Catherine de M rttici.s. pense que ni \e fond ni la

royne mère auquel sont récités forme ne permettent de I»1 lui

les moyens qu'elle n tenus pour attribuer.

usurper le gouvernement du 2. Pharsale, I, 125. Le t»'\te

royaume de France et ruiner de Lucain esl :

' d'iceluu, 1574 ou 1575. Nec urinquam jam ferw

L'ouvrage a été généralement nrv© pnorem

attribué B II. Bstienne, niais il Pompeiusve parem. nV-t paa sûr qu'il soil de lui.

Mais s'il plaist aux Italiens que nous facions paix ensemble, en nous accordant ceste precellence de langage que nous prétendons nous appartenir, nous leur aiderons à renger les Espagnols en telle sorte, qu'au lieu qu'ils vouloyent que le leur marchast le premier, jura dios qu'il faudra en la fin qu'il marche tout bellement après les autres. Et au cas que les Italiens ne vousissent accepter ceste offre, que je leur fay d'un franc cueur, comme vray François, ainsi qu'ils ne devront trouver mauvais que j'aye combatu contr'eux, tant qu'il m'a esté possible (selon le temps) pour l'honneur de nostre langage, aussi trouveray-je bon qu'ils facent le mesme pour la réputation du leur, aussi bien contre nous que contre les Espagnols : remettant le jugement à ce que dit un de nos anciens proverbes François (par lequel je conclurray) Chacun dit, j'ay bon droit : mais la veue descouvre le faict *.

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