PREFACE. XVII
puisse la dire obscure, n'était pas, en effet, admirable avant tout pour sa clarté.
Il n'est pas très aisé de définir ce que l'auteur entend par cette gravite dont il fait honneur à notre langue par-dessus la langue italienne; c'est quelque chose d'analogue, semble-t-il, à ce que d'autres nomment le nombre. Il n'est pas douteux que l'italien l'ait possédé avant le français. Le nombre est bien rarement dans la phrase française au moyen âge. Mais Henri Estienne a raison de reconnaître ce genre de mérite chez quelques-uns de ses contemporains; et c'est fort à propos qu'il cite ici le beau sonnet de Philippe Desportes :
Un chemin si nouveau n'est onna sa jeunesse,
Le pouvoir luy faillit et non la hardiesse.
Il eut pour le brusler des astres le plus beau :
11 mourut poursuyvant une haute avanture, Le ciel fut son désir, la mer sa sépulture. Est-il plus beau dessein, ou plus riche tombeau?
Certes le mérite des pensées n'est pas grand dans ces vers puisqu'ils sont traduits de Sannazar; mais le mérite de la forme est rare, et une langue capable de si beaux vers si bien faits était entièrement « dénouée » et déjà nombreuse.
Mais Henri Estienne sent ces choses d'instinct, plus qu'il ne réussit à les expliquer; à l'italien qui vante son accent sonore il oppose l'accent français; et ce qu'il en dit montre bien qu'il ne sait pas ce que c'est que l'accent; car il le confond avec la quantité', les voyelles sont toniques ou atones, longues ou