‹ La précellence du langue françois;Chapitre 48 sur 212 · II, 409-i7o. qu'il se voit muny d'une non · texte numérisé non relu

II, 409-i7o. qu'il se voit muny d'une non

2. st. M. » Le Roy d'Arger velle escaille, il est si Qerde estoil sur la porte, tout relui- se sentir rajeuny et pli sani t\'uu acier qui lui couvrait buste qu'auparavant qu'il jette la teste el le corps. Il ressem- une langue à trois poinctes. bloit à \u\ serpent qui Bort de Ses yeux sont rouges <!<■ feu, sa caverne. Âpres qu'il s'est et chaque animal luy fait place, dépouillé de sa vieille peau et quelque part qu'il aille. ■ 136.

Sort du creux de la terre, et au printemps nouveau, Son vieil habit changé, reprend nouvelle peau. Droit devers le soleil il dresse sa poitrine, Eschaufant les replis de sa glissante eschine : Bragard de sa jeunesse, et en cent nœus retors Accourcit et alonge et enlace son cors, Reliche et repolit ses escailles bien jointes, Sifflant à col enflé de sa langue à trois pointes ' .

La comparaison dont use Virgile parlant de Pyrrhus, et Arioste, parlant de son Rhodomont, est ici par Ronsard accommodée à son Francus : et mise en paroles si propres et si graves, qu'il semble, en surmontant Arioste, quantetquant combatre Virgile. Lequel combat il ne faut estimer petit, car outre ce que Virgile s'est heureusement estudié à gravité, il a usé d'une langue qui est grave de soymesme : voire est estimée par aucuns surpasser en ceci la Greque : et non sans quelque apparence, comme je monstre ray par le récit d'une dispute que j'eu,lors que j'estois à Vienne en Austriche, en la cour de l'empereur Maximilian8, contre un seigneur Espagnol, non moins grand en doctrine, qu'en biens et honneurs.

1. Léon Fougère n*a pu trou- reur eu lotii, mort en loTG. 11 vit ces vers dans Ronsard. Je fut l'un des protecteurs d'Henri n'ai pas été plus heureux que Estienne, l'un de ceux auxquels lui. Ils ne peuvent se trouver est dédié le Thésaurus linguse dans la Franciade qui est écrite qrcecee. II. Estienne se trouvait •mi décasyllabes. justement à Vienne en 1576, au

2. Maximilien 11. fils de Fer- moment de la mort de Maxidinand Ier, né en 1527, empe- inilien.

56 DE LA PRECELLENCE

Aux passages que tant Arioste que quelcun <1<nos poètes François auront pris de l'ancienne poésie Latine, j'adjousteray quelques-uns que les nostres auront pris de luy, ou par imitation, ou par traduction. Et en ce nombre sera cestuy-ci, du chant xvii.

Grifon, die gli era appresso, e n'havea cura, Lo spinse pur, poi ch'assai fcce e disse, Contra un gentil guerrier, clie sera mosso, Comme si spinge il cane al lupo adosso : C/ie diece passi gli va dietro, ô vcnti, E poi si ferma, ed abbaiando guarda Corne digrigni i minacciosi dcnti, Corne ne gli ochi orribil foco gli arda i.

Car à ces huict la j'opposeray ces huict d'Amadis Jamin8,

Grifon, qui estoit près, et qui en avoit cure, Fit tant quil le retint, et fit prendre avanture, Contre un gentil guerrier, le piquant en avant, [y an t. Comme on pique un niastin contre un loup poursui-

I. St. 88-89 : « Griffon qui de feu. » Trad. citée, 143, recto, estoil près de luy, soigneux de -i. Âmadis Jamyn, probable*

sa réputation, après avoir fait ment né vers 1530 et mort vers

et dit beaucoup de choses, le l;JS5, fut l'élève tic Daurat et

poussa neantmoins contre un le protégé de Ronsard, qui le

brave chevalier qui se presen- lit nommer secrétaire «le la

Loit: de mesme que l'on pousse chambre du roi. Ses oeuvres

le Chien, qui va <li\ ou vingt (sonnets, églogues, épitrea, élé-

pos après le Loup, et puis s'ar- gies, etc.), onl été publiées

reste et regarde en abbayant, en 1575, 1577, 1582. Il a tra-

comme l'autre grince et menace «luit en vers treize chants de

des <lcnt<. d comme ses yeux ['Iliade, el les trois premiers

jettent d'horribles estincelies Ue VOayi

Mais comme le chien va dix ou vingt pas derrière, Et abbaye le loup, auquel il nen chaut guicre, Puis s'arreste, avisant comme il grince les dens, Et comme dans les yeux il lia des feux ardens.

Apres avoir opposé des rymes Françaises aux rymes Italiennes4, pour faire comparaison des unes avec les autres, je feray le mesme en la prose : pour monstrer que nostre langue n'est pas moins propre, et n'ha point moins et de gravité et de grâce en cest endroit, qu'en cestuy-la : et ne mérite pas moindre louange pardessus les langues vulgaires. Mais pour le présent je me contenteray d'une harangue que nous lisons en Tacitus, sous le nom d'un nommé Gerealis : l'argument de laquelle (à fin que tu la puisses mieux entendre) est tel : Les Belges s'estans rebellez sous la conduite de Yalentinus, Cerealis, chef des forces Rommaines en ces quartiers-la, les alla rencontrer près la ville de Confluence 2, où la Moselle entre dans le Rhin : et les deffît de prime arrivée : prit la ville par mesme moyen, que les soldats eussent bien voulu ruiner, pour se vanger de Tutor et de Classicus3 : mais il l'empescha, de peur d'aliéner

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