‹ La précellence du langue françois;Chapitre 52 sur 212 · H. Estienne s'est donné traduction française elle-même · texte numérisé non relu

H. Estienne s'est donné traduction française elle-même

beau jeu en choisissant une est loin d'être bonne, et ce

traduction italienne qui est n'est pas d'après elle qu'il fau-

une véritable paraphrase. L'ita- drait juger des qualités de

lien peut être beaucoup plus notre prose, qui peut être plus

bref et plus précis. Mais la précise et plus élégante.

courage les deux autres : et venant premièrement à la gentilesse et bonne grâce, (selon l'ordre que j'ay proposé) advertiray les lecteurs qu'en ceci ils se donnent bien garde de l'appparence, pour fonder quelque jugement sur icelle. Car ceux que j'ay à combatre, mettront incontinent en avant que toutes les terminaisons de leurs mots sont en voyelles : et diront (ce qui semble vray de prime face) qu'elles ont plus de gentilesse que les nostres, dont une partie est en consonantes. Mais je respondray que si la gentilesse du langage doit estre mesurée (comme il est certain qu'elle doit) par le contentement et la délectation de l'oreille délicate, ils se trouveront bien loin de leur comte : veu qu'il n'y a chose où la variété soit plus requise qu'en ce qui doit donner plaisir à ce sentiment. Or, je les prieray de me dire si cinq terminaisons (comme il n'y a que cinq voyelles) retournantes tout à coup l'une après l'autre, au lieu de nous donner ce plaisir, ne nous doivent pas ennuyer, comme ce que le proverbe Latin appelle Crambe repelita1. Ce qu'on apperçoit incontinent en confe-

1. Forcellini : crambe, genus cum proverbium c\; xc.-xu.or, brassicœ (chou) tenuioribus Oavato;. Allegorice Ju vénal, foliis et simplicibus densissi- sat. VII, 154 : Occidit miseros misque, amarior, sed effica- crambe repetita magistros, h. e. cissima (Plinius, XX. 9). Su- millies repetitœ declamatiomitur et pro quavia brassica : nés, aliaque quœ pueris traqua bis coda. Beu recale- duntur in scholis tœdio conûfacta, Btomachurti praegravat, ciunl atque enecant magisconcoctu diflicilis. llinc Gra;- tros.

rant leurs rymes avec les nostres. car la variété des nostres ne resjouit moins l'oreille, que le pré donne de plaisir à l'œil par sa diverse tapisserie de fleurs : les leur, au contraire, pour avoir peu de variété, la font entrer aussi tost en un degoustement. Toutesfois pour ne parler que de la prose, l'oreille est bien à plaindre, quand on luy fait ouir un grand nombre des paroles d'un mesme son (quant à la dernière voyelle) estans bien près l'une de l'autre : mais ce luy est bien le grand bêlas, quand elle est assaillie d'une suite de trente ou quarante mots qui sont ainsi semblables. S'ils font semblant de n'entendre ce que je veux dire, voyci dequoy, Signor mio, io dico da vero cKio non ho dismentigato e mai non dismentigaro Vobligo ilquale ho appresso il vostro fratello : e che corne fin adesso ho fatto tutto quello clio potuto per il negotio suo, e non ho mancalo dal mio dovero in offkio nessuno : desidero anchora far tanto che sia satisfalto, monstrandomi in ogni suo bisogno non manco pronto à servir lo, che son stato per il tempo passato. De quelle patience faut-il que soyent armées les pauvres oreilles tant martelées de la répétition d'une mesme lettre? Mais pour le langage François elles n'ont aucun besoin de telle armure. Car il ne donne point de peine aux oreilles, quand pour signifier la mesme chose, il dit, (usant d'une grande variété de terminaisons) Monsieur, je vous asseure que je riay oublié et n'oublierai/

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jamais l 'obligation que fay à Y endroit de voslre frère : et que comme jusques à présent j'ay faict tout mon possible pour son affaire, et riay failli à mon devoir en tout ce qui concernoit son service, je désire encore faire tant quil soit satisfaict, me monstranl en tout ce oie il aura besoin de moy, non moins prompt à luy obéir que par le passé. Il est vray que quand ces messieurs nous ont bien soûlez de leurs 0 il ont moyen de nous faire aussi grande largesse (ou à peu près) d'une autre sorte de mets : à sçavoir de leurs A. comme si, en parlant à quelcun (car une si longue suite de mots ayans mesme terminaison leur eschappe en parlant, plus tost qu'en escrivant) il leur plaist de dire, lo prego la signoma vostra per la nostra vecchia e intrinseca amicitia, e per quella anchora che mi mostrava lutta la famiglia quando stava in casa vostra, che per questa volta sia contenta di far mi questa cortesia1. Au lieu de ce que nous dirions (en retenant toutesfois leur façon de parler qui est au commancement) Je prie vostre seigneurie par nostre ancienne et intime amitié, et par celle aussi

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