‹ La précellence du langue françois;Chapitre 7 sur 212 · PREFACE. XXIII · texte numérisé non relu

PREFACE. XXIII

santé, où le style eut toujours un caractère bien fâcheux d'improvisation.

Henri Estienne a très bien reconnu aussi la facilité qu'a le français à former des mots dérivés et composés, contre l'opinion vulgaire qui lui refuse cette qualité. Il est vrai que nous avons perdu un trop grand nombre de ces dérivés; Henri Estienne énumère ceux que le français avait formés à Faide du préfixe for ; il ne nous en reste pas la moitié : forvoyer, forligner, forclore, fovconter, forscné, forjuger, for conseiller, formariage, forfaict, forfaicture, forfaîcteur, forbeu, forbourg (dont il reconnaît la vraie étymologie, malgré que le mot soit défiguré dans l'orthographe).

Il admire le nombre et la richesse de nos composés. Il approuve les poètes de la Pléiade d'en avoir créé beaucoup avec des éléments bien français; mais il semble avoir discerné l'abus où ils sont tombés en employant presque exclusivement ces composés comme épithètes, tandis que la tradition et le génie de la langue aiment mieux en faire des substantifs. « J'ay d'autant plus en recommandation l'honneur de ces excellens poètes que je les voy s'efforcer à honorer nostre langage... je les prieray recevoir cest advertissement touchant la discrétion qu'ils doivent avoir en l'usage de tels epithetes : c'est qu'ils se souviennent de ce que disoit la gentile poetrice Corinne : tîj yi'.ci oii cnceCpeiv, iXXk p,jj ô'Àto tw doXaxw. Il faut semer avec la main et non pas renverser le sac. » En fait d'épithètes composées, la Pléiade, en effet, a un peu renversé le sac.

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