Depuis longtemps le mot duc de Saint-Aignan trouva
s'est éloigné de ce sens el a l'aventure si plaisante qu'il
pris celui de Taire des plaisan- en lit une gorge chaude au
teries sur tel ou tel sujet, lever du roi. •• (Exemple cité
Saint-Simon disait déjà : ■ Le par Lit tr
incontinent après le repas, ceste façon de parler vient de ce mesme lieu.
Tenir en mue, vient aussi de la Fauconnerie : comme il a esté escrit de quelque personnage, qu'il tenoil en mue une putain de haute gresse. Mais comme en ceci on suit l'une des significations de ce mot Mue, aussi suit on l'autre quand par moquerie on appelle La mue cl une femme, la peau nouvelle qu'elle se fait venir au visage, ayant faict consumer l'autre par le moyen de quelques drogues corrosives.
Mais quant à ce qu'on dit par métaphore, Ceci ri est pas de vostre gibbier \ aucuns estiment qu'il peut estre pris de la vénerie, aussi bien que de la fauconnerie : en ne s'arrestant à la première signification du mot Gibbier 2.
Nostre langage ne s'est pas contenté de prendre des métaphores de la Vénerie et Fauconnerie, mais en a pris aussi du naturel d'autres bestes que
1. Montaigne dit (I, xxv) : sion de sens : « Gibier. Se « L'histoire, c'est mon gibier prend proprement en fait de en matière de livres, ou la faulconnerie pour tout oiseau poésie que j'ayme d'une parti- qu'on vole et prend, et Gibboier culière inclination. » ou Gibbeyer, pour voler et
2. Le sens du mot, en ancien chasser aux oiseaux, mais on français, était celui de chasse, l'estend aussi à toute beste et peut-être particulièrement poursuivie et prinse à la chasse de chasse au vol. Aller en gibier soit avec oiseaux ou avec chiens, Bignifie aller en chasse, et l'ex- et soit rousse soit noire. >• pression s'applique particu- Pour l'origine du mot, qui est fièrement à la fauconnerie, très incertaine, voir le Diction- Mais Nicot constate une exten- naire de Scheler.
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celles dont ces deux exercices peuvent donner la congnoissance. A l'un desquels toutesfois (à sçavoir à celuy de la Fauconnerie) il faut premièrement rapporter le mot Esmerillonné (duquel je n'ay point faict mention ci-dessus) pour signifier un homme fort vif, fort esveillé et remuant. On dit aussi, C'est un esmerillon, en se servant du nom de l'oiseau : comme on se sert du nom d'un autre, quand on dit, C'est un sacre : mais pour signifier une chose bien différente : comme on peut congnoistre par ce que j'ay dict ci-dessus.
Quant à Fureter, par lequel mot est déclarée la nature du Furet, il peut bien estre mis entre les appartenances, sinon de la vénerie, au moins dej ce qu'on appelle généralement Chasse.
Et avant que sortir de ce propos, j'advertirat que nous avons des façons <le parler qui sont précédées d'une telle congnoissance de la nature ded animaux, (ou pour le moins de quelque chose qui leur est peculiere :) lesquelles on trouve fort estranges (encore qu'on les entende aucunement] pource qu'on ne descouvre point leur origine. l)t ce nombre est ceste-ci, Cela est chordé. car cej mots sont souvent en la bouche du menu peuple de ceste ville de Paris, (et autresfois luy estoyenj encore plus frequens) pour signifier qu'une chose a perdu sa saison, et qu'il ne la faut plus chercher. Il est vray que quelquesfois ils entendent simplement qu'on n'en trouve plus. Mais tant y-a
que cela vient de ce qu'on a congneu la nature de la lamproye estre telle, que depuis qu'elle ha au ventre ce qu'on appelle une chôrde, ce n'est plus un friand manger, quelque sausse qu'on luy puisse taire. Voyla comment, estant la coustume de n'apporter plus des lamproyes depuis qu'elles se trouvoyenl estre ehordees, et par conséquent ne s'en trouvant plus, le menu peuple a retenu ceste façon de parler, de quelque chose que ce soit qui a perdu sa saison, ou son cours, et laquelle il ne faut plus chercher *.
Nous avons aussi des mots faicts du nom de quelque heste, qui toutesfois représentent plustost quelle est ceste heste, qu'ils ne monstrent son naturel : (entre lesquels est Herhsonner) quand on dit Se herissonner. Et est aussi beaucoup en usage le participe Herissonné.
Je me garderay bien d'oublier la marine, j'enten,de monstrer comment nostre langage triomphe ici aussi bien qu'ailleurs : encore que je ne vueille amener en ce Project tous les exemples que je pourrois bien, mais reserver la plus grand'partie à l'œuvre entier.
Mais pour le commancement de ceux que je
^ !. D'après Littré, l'expression près de la même façon, devien-
s'emploie aussi « en parlant nent filandreuses. *Littré cite de plantes, (\<> racines. Voici aussi l'expression :« Et cordée le temps où les raves se cor- comme une lamprove. » (Codent. » Nous dirions, à peu quillart.)
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veux amener ici, pour monstrer comment nous usons métaphoriquement des mots aussi de la marine, (entendant pareillement Fart de naviguer) je prendray Calme, et Bonasse : et le contraire, Tempeste. desquels toutesfois je ne veux pas faire grand conte, (pource que les mots correspondans à ceux-ci es autres langues, sont pareillement appliquez à autre usage) mais seulement d'un mot Tempestatif. quand on dit un homme tempestatif. car il n'y a aucun langage ne de ceux qui sont, ne de ceux qui ont esté, qui puisse avenir à ceste métaphore.
Nous disons o embarquer, de celuy qui commance à mettre en exécution quelque entreprise, et principalement quand elle est d'importance.
Nous disons aussi Son entreprise est venue a bon port, de celuy qui en a eu bonne issue, et en est venu à son honneur.
Nous accommodons pareillement le mot Ancre à quelques usages, par translation, comme quand nous disons, Tay jette Vancre de mon espérance sur luy. On dit aussi Jetter l'ancre de son repos. Et au lieu de dire Jetter Vancre, pouvons nous servir de . 1 ncrer : et dire, Tay ancré mon espérance sur luy, Tay ancré-la mon repos, ou ma félicité.
Or outre les mots et façons de parler que nous tirons manifestement <l<i la marine, il-y en a qui semblent avoir ceste mesmé origine, encore que quelques uns en puissent douter. Pour exemple :
([ne ce mot Pointe soit un ancien terme des mariniers, il appert par le livre mesmement qui est intitulé, Le grand routier ■, pilotage et encrage de mer ' : tellement qu'il semble que ceste façon de parler, Poursuivre sa pointe, soit prise de là. Mais à propos du mot Routier, qui est en ce titre-la, il semble qu'on auroit plus de raison de douter touchant le mot Route, si la terre l'a pris de la marine, ou bien elle de la terre : quand on dit, Prendre la route d'Angleterre, ou Tenir la route, quand aussi on parle ainsi, Ce vaisseau a esté jette hors de sa route, ou de sa droite rouir.
Il me tardoit desjà que je vinsse aux jeux : c'est à dire, à ce poinct, de monstrer que nostre langage a bien sceu faire son proufit de tout : et pour trouver des métaphores non moins propres que récréatives, il en a tiré mesmement d'aucuns jeux 2. Mais je donneray le premier lieu à celuy de la paume : auquel on peut aussi dire la nation françoise estre plus addonnee qu'aucune autre : lesmoin le grand nombre de tripots qui sont en
1. Grant routier et pilotage vieres et chenalz des parties et
et enseignement pour ancrer régions dessus dictes avec ung
tant es portz. havres, qu'autres /calendrier et compost à la fin
lieux de la nier, fait par Pierre dudit livre tresnccessaire à tous
garde dit ferrande, tant des compaignons, et les jugemens
parties de France, Bretaignc, doleron touchant le fait des
Angleterre, Espaigne,Flandres, navires.
et hanltes Allemaig nés , avec les 2. Cf. £fypomn«e*, Préface. La
dangers des portz, havres, ri- même idée y est indiquée.
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-ceste ville de Paris. Et avons bien raison d'y estre plus addonnez, tant pour y estre plus habil< adroits, que pour estre un exercice non moins beau et honneste que proufîtable, et auquel ne doit estre accomparé celuy du palemaigle : n'en desplaise à l'Italie *.
Or combienque les métaphores que nostre langage a sceu tirer des jeux, et notamment de celuy de la paume, ayent esté par moy appelées récréatives, si est-ce que je soustien que comme en se jouant, il exprime si bien nos conceptions, que l'Italien, non plus que les autres langages, ne pourroit approcher de telle emphase.
Nous disons donc, C'est à racler et à bander, quand nous voulons déclarer que c'est sans rien espargner, que c'est à faire du pis qu'on peut. Mais j'advertiray ici comme en passant, qu'il faut prendre garde de De mettre l'un de ces motsla devant l'autre : comme ceux qui disent, C'est à bander et à racler, car en mettant ainsi la charrue devant les bœufs, il faudroil dire aussi, je m'en va y bander pour racler.
On nous oil aussi dire souvent, Que de bond que de volée : ce qu'on auroil grand peine de donner à entendre à un qui n'auroil point veu jouer à ce jeu.