‹ La précellence du langue françois;Chapitre 93 sur 212 · C'est bien en effet l'éty- le mot se trouve avec des or · texte numérisé non relu

C'est bien en effet l'éty- le mot se trouve avec des or

mologie, et sin ou sing vient thographes très diverses. Ou

évidemment de signum. C'est va jusqu'à l'écrire, sans doute

Ce que dit Fauctiet dans ses par une fausse analogie, saint

Antiquitez et histoires gauloises etsainct (Voir le Dictionnaire

et françoises, VIII, xvn. Mais de (iodefroy.)

180 DE LA PRECELLENCE

ou une clochette. Et en ceste ville de Paris. Voye, outre ce qu'il signifie par tout, se dit aussi d'une chartee. car Une voye de bois, c'est autant que si on disoit Une chartee de bois. Et c'est (comme je pense) au lieu de dire Voyage, car autant de chartees sont autant de voyages. Et ne se faut esmerveiller si entre les mots des dialectes je mets ce Parisien, et que desja cidessus j'y ay mis quelques autres du mesme lieu, car comme on n'eust pas receu au langage Attique tous les mots qui estoyent du creu d'Athènes, encore que ce fust la ville où on parloit le mieux : ainsi ne fa util pas estimer que tout ce qui est du creu de Paris soit recevable parmi le pur et nayf langage François : et principalement où il est fourni de quelque autre mot, qui ha son estendue beaucoup plus grande, et n'est en aucune sorte inférieur. Car autrement, c'est à dire, se trouvant ou en ce dialecte ou en quelque autre, un mot plus beau ou plus significatif que celuy duquel les autres contrées de France usent pour exprimer la mesme chose, il ne faut point douter qu'on ne doive prendre celuy du dialecte. Ce qu'on peu! dire, à mon jugement, du mot Enhazè (dont j'ay faicl mention ci-dessus) entre ceux < j ni sont du dialecte de Paris.

Je ne doute point que nostre langage ne se puisse aussi aider de la commodité que luy apportent quelques dialectes quant à la diversité de

terminaison. J'enten principalement telle diversité qu'il y-a entre pute et putain, car je ne voy point pourquoy, si le vers requiert de dire pute et non pas putain, le poète ne se puisse servir de ce vocable : et principalement, quand il l'appliquera à un propos, lequel incontinent pourra donner à entendre sa signification.

Mais je doute si nostre langage (j'enten tousjours de celuy qui veut demourer en sa pureté) peut faire son proufit de certains mots qu'il trouve en quelque dialecte, et desquels il ha encore les dérivez. Pour exemple : nous sçavons que Aiguë, en quelque pays, ou plustost en quelques pays, signifie Eau (d'où vient le nom iï Aiguës- Morte s), et le bon François garde son dérivé qui est Aiguière * : je di donc qu'il est disputable si un poète se peut servir aussi bien de ce mot-la A igue, que de cestuy-ci Aiguière. Et sembleroit bien que la mesme question se pourroit faire aussi de Eve, qui en vieil langage signifie la mesme chose - : veu que nous avons pareillement un sien dérivé : toutesfois, si on ne trouvoit Eve en quelque dialecte, outre ce qu'on le trouve au vieil langage, ma voix seroit plustost pour Aiguë.

i.Ct.aigage,aigaire,aiguade, différentes, sans compter la

ttiguail, aiguaitler, aigue-ma- forme actuelle, eau. Cette énu-

rine, Aigue-Belle, Aigues-Bon- mération, en nous montrant

nés, Aiguë-Perse, etc. les formes intermédiaires.

■i. Aiguë et eve viennent éga- nous fait très bien comprenlement «le agua. Godefroy dre la parenté de mots si disindique pour ce mot 51 formes semblables.

182 DE LA PRECELLENCE

Une question amenant l'autre, je di qu'on peut aussi disputer si nous pouvons pas faire nostre proufit (et principalement en poésie) d'un mot tiré de la langue Latine, que nous trouvons en quelque dialecte, en luy changeant toutesfois la terminaison qu'il ha convenable à ce dialecte, à celle qui convient à nostre langage. Pour exemple : en Savoye un laboureur s'en allant labourer la terre, dit qu'il s'en \a.arar l : (syncopant le Latin araré) : or je demande si nous pouvons pas, au besoin, en changeant leur a de la fin en nostre e, dire Arer. Quant à moy, je n'en ferois point de conscience. Or ce mesme pays a retenu plusieurs belles paroles de la langue Latine, qui ne se trouvent point es autres dialectes, desquelles on pourroit faire la mesme question.

Je n'ay plus qu'une chose à proposer, devant que faire ma conclusion : c'est qu'il me semble que si nostre langage peut faire son proufit «1rs mots qu'il luy plaisl choisir parmi ses dialectes, il ha la mesme puissance sur les proverbes. Je di (pour exemple) que ce proverbe Latin, Incidit in Scyllam, cupiens vltare Charybdim*, ^exprimant

Page 1