Sermon xvii
du découragement amer, de rirritation d'amour-propre, du faux zèle qui nous pousserait parfois à déclarer le bien impossible et à nous retirer des hommes en secouant sur eux la poussière de nos pieds !
Si l'âme du prédicateur est zélée, elle fera tout pour se mettre à la portée de ses auditeurs, à leur mesure. Tout changera pour elle, et elle se modifiera avec une souplesse et une complaisance infinies suivant leur nombre, leur âge, leurs conditions sociales, leurs dispositions présentes. « J'atteste pour moi-môme, dit Augustin, que mes sentiments intimes sont tout autres quand je vois devant moi, en posture de catéchumène, un savant ou un ignorant, un
concitoyen ou un étranger, un riclie ou un pauvre et
c'est cette diversité qui règle le commencement, le progrès et la fin de mon discours. A tous on doit la même charité, mais à tous on n'applique pas le même remède. Encore est-il vrai que la charité même enfante les uns et souffre les autres. Là elle s'étudie à édifier, ailleurs elle tremble de déplaire ; avec telle âme elle condescend, avec telle autre elle s'élève ; tendre ici, sévère là, jamais ennemie, partout mère^. »
Plein de cette charité une en soi mais infiniment variée dans ses formes, le prédicateur travaillera pour les âmes : c'est trop peu dire, il se travaillera pour elles et avec elles aussi. Car ce n'est point un discoureur apportant de son cabinet des harangues à laisser tomber de haut sur un auditoire plutôt passif et inerte. L'improvisateur s'est préparé d'ordinaire; mais là, en chaire, il médite, il cherche encore, il exerce et répand toute son âme, associant les fidèles à ce labeur entrepris pour eux. Ce labeur, Augustin en parle avec une simplicité toute fraternelle. « Annoncer la parole de vérité ou l'entendre, c'est toujours un travail^. » — ce Je vois votre entassement, dit-il encore sans
1. De Catechiz. rud., 23. Il s'agil dans tout cet opuscule des adultes qu'on catéchisait isolément ; mais qui ne voit combien de tels conseils s'appliquent à la prédication publique ;'