Absil. Domine !... etc. Sermon lvi
jure. — Je ne me fais pas injure, mais je dis la vérité, nous sommes débiteurs. Si cjuelqu'un se prétend sans péché, il se trompe et la vérité n'est pas en lui * ! » Voilà donc le prédicateur au même rang que les disciples ; c'est trop peu ; il se met parfois au-dessous, comme Jésus-Christ même prenait parmi ses apôtres la posture et la fonction du serviteur. Si, en chaire, il fait office de maître, n'est-il pas le plus chargé de peine et de responsabilité? « Il faut donc ne pas écouter seulement nos paroles, mais encore avoir pitié de nos angoisses 2. » Angoisse d'égaler la pensée à l'objet et l'expression à la pensée : angoisse poignante et sainte, souvent avouée par Augustin lui-même en termes saisissants de vérité '.
Mais à tout prendre, c'est un charme que cette union étroite qui rapproche, confond, identifie le docteur et le fidèle. Augustin l'a su dire en philosophe observateur, en artiste, en saint. « Telle est la force de cette sympathie, que, le disciple prenant les impressions de notre âme qui lui parle, et nous celles de son âme qui écoute, nous habitons Tun dans Tautre ; si bien qu'il lui semble parler en nous, et qu'il nous semble apprendre en lui jusqu'à un certain point cela même que nous lui enseignons ^. » Jamais analyse ne fut plus délicate et plus vraie. Augustin n'en tire qu'un remède à Tennui de répéter sans fin les mêmes leçons j mais l'expérience nous met en droit d'étendre le fait et de généraliser le principe. Le véritable orateur, entendez même le plus simple, devine si bien l'âme de l'auditeur qu'il la porte en lui pour ainsi dire, qu'il en ressent toutes les impressions pour en rajeunir et en multiplier les siennes. Dès lors aussi l'auditeur entre comme irrésistiblement en action, il s'approprie si bien la parole, il s'y associe par une activité si personnelle, qu'il croit l'entendre