‹ La prédicationChapitre 103 sur 218 · De Catechiz. rud · texte numérisé non relu

De Catechiz. rud

SAINT ALGLSTLX 173

chanter en lui, la voir jaillir des profondeurs de son être. Qui fait ce chef-d'œuvre? Qui en a l'honneur? La puissance de communication chez celui qui parle, l'âme souple, vibrante, expansive, capable de s'oublier, de sortir de soi, de se livrer avec un abandon ardent, humble et sincère. Don de nature, pense-t-on peut-êlre, talent qu'on n'est pas libre de se donner. Non, vraiment; c'est plus et moins, si Ton veut, que le talent oratoire au sens vulgaire ; c'est la conviction brûlant de se répandre, cest l'amour du vrai que l'on offre et, par une suite inévitable, l'amour des âmes à qui on l'offre. Et comme ici la vérité offerte est Dieu même, l'amour s'appelle de son vrai nom la charité. La charité fait la communication, la communication fait l'éloquence : tel est le dernier mot de l'art et qui le met à la portée des plus humbles. N'ayons pas le génie, soit ; mais qui nous empêche, qui nous dispense d'avoir la charité ? Aussi bien, n'est-ce pas elle qui respire dans tous les conseils pratiques d'Augustin? Quand il forme notre intelligence, il nous montre dans la charité le centre lumineux du vrai ; quand il forme notre âme ou nous découvre la sienne, il nous montre dans la charité l'abrégé du devoir et le secret de la puissance. La leçon est une, elle est divine, mais elle est simple, et personne n'oserait dire : Voilà qui est trop haut pour moi.

Saint Augustin dans la pratique de la prédication. — Le commentateur de l'Écriture. — Quelque abus dans l'allégorie, mais en général popularité apostolique. — Le catéchiste de génie. — Exposition populaire des dogmes les plus relevés. — Le sermon lu, sur la Trinité. — Le moraliste sûr et simple, tendre et fort. — Toile, lege.

Il faudrait maintenant suivre le saint prédicateur dans l'accomplissement du programme tracé par lui-même. Étude immense ! Bornons-nous à quelques indications et à quelques types. Quant au reste, le lecteur voudra bien se souvenir que, si nous écrivons, c'est uniquement dans

l'espoir de lui rendre plus attrayant et plus aisé le commerce direct avec le maître. A ce compte, nous avons droit d'être bref. ,

Et d'abord quel usage Augustin a-t-il fait de l'Écriture? Comme Chrysostome, il la veut et la met partout ; il n'estime pas avoir d'autre fonction que de la publier et de la commenter sans relâciie. Mais encore semble-t-il plus préoccupé, plus avide que Glirysostome lui-même, d'en recueillir, d'en épuiser, s'il se pouvait, toutes les richesses, littérales et autres. lia, par suite, un goût très vif pour les sens figurés, symboliques et allégoriques. C'est piété, c'est simplicité particulièrement admirable dans un tel génie. On peut y voir encore une certaine influence de la tradition origénique, reçue peut-être de saint Ambroise, en partie du moins. On est également fondé à reconnaître là l'esprit du temps, esprit plutôt curieux que défiant à l'endroit des symboles et des mystères. Chez les chrétiens d'alors, la foi est généralement robuste et simple. Au dehors, si les doctrines sont une Babel, au moins y a-t-il, avec une réelle activité d'esprit, un fonds universel de dispositions religieuses, bien différent du scepticisme critique de nos jours. C'est dire que, en ce point de l'interprétation allégorique, Augustin ne saurait être pris purement et simplement pour modèle. En présence d'esprits défiants et peu empressés de croire, nous sommes évidemment tenus à une réserve plus sévère. Ne parlons pas des textes à présenter comme fondements ou formules de la croyance et du devoir ; manifestement ceux-là doivent être, ou par eux-mêmes ou par les définitions de l'Église, probants, décisifs, indiscutables. Mais jusque dans les détails de morale et de piété, le plus sûr pour nous et le meilleur n'est-il pas d'éviter comme un péril tout rapprochement plus ou moins aventureux?

Au reste nous avons déjà confessé que le goût de l'allégorie entraîne parfois Augustin au delà du naturel absolu, de cette pleine vérité des rapports nécessaire en tout temps à la satisfaction de l'intelligence. N'arrivait-il jamais à ses auditeurs de le devancer lui-même et de raffiner sur l'Écri-

ture avec moins de discrétion et de piété que le maître? On pourrait le croire sur la foi de cet avis qui fait tant d'honneur à son bon sens pratique, « Par-dessus tout, mes frères, nous vous en avertissons, nous vous l'enjoignons au nom de Dieu : quand vous entendez exposer d'après TÉcriture un fait mystérieux, prenez d'abord ce qu'on vous lit comme s'étant passé tel ([u'on vous le lit ; ne supprimez pas le fondement historique, ne bâtissez pas en l'air*. » Qu'on s'attache donc au sens direct avant de chercher le figuré, à la lettre avant de chercher le symbole : rien de plus net et de plus sage. Quant au saint prédicateur luimême, s'il est tenté quelquefois de presser outre mesure les rapports symboliques possibles, n'hésitons pas à l'abandonner en ce point. Son commentaire nous offre par ailleurs assez d'autres qualités du meilleur aloi et du plus facile usage.

Toutes reviennent à la sagacité puissante de l'esprit, mais tempérée et dirigée par une intention de popularité apostolique. De là l'ampleur, la simplicité, la vie. Le texte est creusé à fond, dans ses mots et parfois dans leur orthographe même -, discuté avec finesse et vigueur^, éclairé par voie d'analogie ou de contraste*, largement déployé, épuisé, pour ainsi dire, par un effort instant et progressif^. Arrêtons-nous à un seul exemple.

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