‹ La prédicationChapitre 112 sur 218 · S. XL · texte numérisé non relu

S. XL

qui trouble les consciences et les laisse linalement coupables d'un nouveau refus*. Mais que faire? L'apôtre est-il autre chose qu'un écho? Le croit-on maître d'anéantir ou de supprimer les divines menaces? Ne prend-il point sa part du trouble salutaire qu'il a mission de jeter dans les âmes? « Est-ce moi qui ai écrit ces paroles? Est-il en mon pouvoir de les effacer? Si je les efface, je crains d'être effacé moimême du- livre de vie. Les taire me serait possible, mais je crains de les taire. Il faut bien que je parle, et c'est en tremblant que je vous fais trembler^. » On sent ici l'homme de Dieu, fidèle à son mandat quoi qu'il en coûte, mais tout dévoué aux âmes, et les aimant de la charité de Dieu même.

La charité! Restons sur ce mot, sur cette notion supérieure et divine. Rien n'explique mieux l'éloquence du grand évêque. C'est la charité qui a fécondé ses merveilleuses aptitudes oratoires, la charité qui résume pour lui l'idée théorique et pratique de l'éloquence sacrée, la charité qui le fait lui-même commentateur populaire de l'Écriture, catéchiste de génie, moraliste sage, doux et pressant. On l'a pu voir déjà quelque peu dans cette brève notice : combien mieux le verrait-on dans l'œuvre même du maître! Il nous a conté que, à l'heure décisive de sa conversion, il entendit une voix qui chantait à plusieurs reprises : Toile, lege^ prends et lis ^. Nous voudrions être cette voix, et dire avec la même force de persuasion à tous les ouvriers ou apprentis de la parole sainte : Lisez le grand prédicateur d'Hippone; apprenez de lui la doctrine, mais surtout la charité qui fait la communication, c'est-à-dire l'éloquence. Toile, lecje.

1. Scio dicturos quosdam ; Quid uobis voluit decere ? Terruit, gravavit nos, reos nos fecit. 7.

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