Sévérité évangélique, 11*= partie
« La conscience qui, malgré nous, préside en nous comme juge, nous disait intérieurement : Que vas-tu faire? Voilà ton plaisir d'une part, et ton Dieu de l'autre : pour qui des deux te déclares-tu? Car tu ne peux sauver l'un et l'autre tout ensemble; il faut perdre Ion plaisir ou ton Dieu, et c'est à toi de décider : Quem vis tibi de duobus dimitti? Et la passion, qui s'était en nous rendue la maîtresse de notre cœur, par une monstrueuse infidélité, nous faisait conclure : Je veux mon plaisir. Mais que deviendra donc ton Dieu, répliquait secrètement la conscience, et qu'en ferai-je, moi qui ne puis pas m'empccher de soutenir ses intérêts contre toi? Quid igitin^ faciam de Jesii?()n\\ en soit de mon Dieu ce qu'il pourra, répondait insolemment la passion ; je veux me satisfaire et la résolution en est prise. Mais sais-tu bien, insistait la conscience par ses remords, qu'en t'accorJant ce plaisir, il faut qu'il en coûte à ton Dieu de mourir encore une fois, et d'être crucifié dans toi-même? Il n'importe ! qu'il soit crucifié, pourvu que je me contente : Crucijigatur. Mais encore, quel mal a-t-il fait, et quelle raison as-tu de l'abandonner de la sorte? Qidd enim mali fecit? Mon plaisir, c'est ma raison ; et puisque mon Dieu est l'ennemi de mon plaisir, et que mon plaisir le crucifie, je le redis : Qu'il soit crucifié : Crucifigatar ^. »
Souplesse à prendre les sentiments d'autrui, chaleur qui met partout le drame, la vie ; làn'est pas encore tout l'honneur de la sensibilité de Bourdaloue. Elle entre enjeu pour son propre compte, elle a des mouvements véritables et qu'il serait trop injuste de méconnaître. On en trouvera dans le Sermon sur les richesses, dans le Sermon sur l'impureté, dans beaucoup d'autres encore ^. N'est-ce pas un mouvement incontestable, et ce qu'on appellerait aujourd'hui un