Mme de Sévigné
BOIRDALOUE 247
prêcher à une fille la régularité et d'exiger d'elle la modestie et la retenue; on veut qu'elle soit souple et docile, tandis que l'on s'émancipe et que l'on secoue le joug de ses devoirs les plus essentiels. Mais c'est en cela même que consiste l'espèce de scandale que je combats; car quelle force peut avoir ce zèle, quoique maternel, quand l'exemple l'anéantit? et de quel etiet peuvent être les instructions et les remontrances d'une mère dont la réputation est ou décriée ou douteuse, à une fille qui n'a plus la simplicité de Ja colombe, et qui, à force d'ouvrir les yeux, est peut-être devenue aussi clairvoyante et aussi pénétrante que le serpent? »
On accuse volontiers le prédicateur de troubler les consciences : formule consacrée, quasi officielle, mais qui n'en demeure pas moins naïve. C'est nous imputer à mal le sens et le courage de notre devoir élémentaire. « Je sais, disait Bourdaloue, que cette morale peut causer de trouble à quelques consciences; mais plût à Dieu que je fusse assez heureux pour produire un etîet si salutaire ! car je parle à ces consciences criminelles que de fréquentes rechutes ont confirmées dans l'iniquité. Or, l'unique ressource pour elles est qu'elles soient troublées par la parole de Dieu. Aussi bien, loin de craindre de les troubler, mon unique crainte serait de ne les troubler pas ou de ne les troubler qu'à demi '. » Il se savait envoyé de Celui qui est venu apporter sur la terre, non la paix, mais le glaive-; il savait que, pour la volonté pécheresse, il n'est point de retour à la seule paix véritable, si l'on ne commence par l'arracher à la paix menteuse oij elle s'endort.
El comme il ne se dérobait pas à ce ministère ingrat, il no craignait pas davantage d'annoncer quelquefois la vérité sans chance bien assurée de réussir. « Il v aura dans cet auditoire des âmes qui ne m'en croiront pas et
1. Rechute dans le péché, I'"'^ partie, dix-huitième dimanche après la Pentecôte.