Isaïe, 1, 11 et suiv
3. Numquid contorquere quasi circulum caput suum, et saccum et cinerem sternere, numquid istud vocabis jejuaium, et diem acceptabilem Domino ? (Isaïe, lviii, 5. — Cf. lxvi.)
OÙ de pauvres âmes semblent chercher parfois une dispense de vertu.
Au reste, nous avons pu déjà l'apercevoir; chez les prédicateurs de l'ancienne Loi, la peinture des mœurs est franche, courageuse, hardie même parfois jusqu'à la cru- <lité. Les crimes s'appellent de leur vrai nom, et le Voyant ne craint pas de les regarder en face. Qu'il soit par instants plus hardi qu'il ne nous est permis de l'être, voilà qui ne fait pas doute; mais n'avons nous pas lieu de craindre, quant à nous, une douceur trop molle, une discrétion qui serait timidité? Sauf les précautions commandées par la délicatesse chrétienne, pourquoi, par exemple, n'appliquer pas à nos grandes villes certains traits de la vision d'Ezéchiel, suspendu entre ciel et terre et pénétrant du regard les abominations secrètes de Jérusalem*? Faut-il même désespérer d'exploiler avec mesure, au moins devant certains auditoires, cette vive image de l'âme pécheresse ligurée comme l'épouse infidèle qui s'abandonne à l'étranger, à l'indigne, et lui livre, avec son honneur personnel, les joyaux qu'elle tient de son légitime seigneur^ ? Comment peindre mieux l'abus que le pécheur fait de luimême et de toutes choses ? Et d'ailleurs, 1 homme qui sait sa langue ne peut-il pas dire à peu près tout ce qu'il veut? Mais nos Prophètes n'entendent pas la peinture morale comme un amusement littéraire et une bonne fortune pour le talent. Ils vont droit au pratique et ne peignent les mœurs que pour les changer. Pénitence, conversion, voilà leur Lhènie habituel, et ils le développent avec une force redoutable, menaçant les endurcis de châtiments qui les contraindront à confesser Dieu pour l'unique Seigneur, Et scietis quia ego Dominus. Là, comme le capital est d'émouvoir, ils procèdent par affirmations pressantes,