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Fénélon, Second dialogue sur l'éloquence

BOLRDALOLE 2&I

dans l'expérience des tentations quotidiennes o\j nous engage la passion d'acquérir.

Avec son attention méthodique, Bourdaloue a vite fait de reconnaître à cette passion trois caractères : l'indifférence quant aux moyens, lintinité dans la convoitise, l'empressement de parvenir. On veut être riche à tout prix, on veut Tètre sans mesure, on veut l'être au plus vite. Ici, comme toujours, la réflexion décompose, puis énumère, et l'éloquence va jaiUir de 1 ampleur méthodique du détail. Ne nous lassons pas de détailler nous-mêmes : il s'agit moins d'offrir une lecture agréable que d'initier le bon vouloir sérieux au secret de la manière de Bourdaloue, à la praticjue du grand développement oratoire.

On veut être riche à tout prix. Sans doute, on aimerait mieux rester honnête ; on le restera si l'on peut; mais supposez 1 honnêteté devenue obstacle : la passion s'érige en fin suprême et ne regarde plus au moyen. Ainsi disait Horace :

Rem,

Si possis, recte, si non, quocumque modo rem.

Et ce trait du satirique païen n'est-il pas, hélas ! la vraie devise de chrétiens sans nombre? Phénomène de la convoitise aveugle telle que la révèle à Bourdaloue la philosophie des passions, l'étude réfléchie du cœur.

Mais c'est trop peu si l'expérience du monde ne lui fournit les exemples du détail; et les voilà qui assiègent sa pensée pour tnmber de là sur l'auditoire, pressés comme la grêle. Prenez-y garde, les coups n'iront pas au hasard ; 1 orateur s'est donné le temps de classer et de discipliner ses souvenirs, ou plus exactement, c'est en les classant et les disciplinant de la sorte qu'il s'est assuré de n'en perdre aucun. Les applications sont prises avec suite et raison, d'abord des genres de péchés oii mène la convoitise, puis des situations possibles de l'homme avide, puis de son caractère hardi ou faible, puis des biens à conquérir, profanes ou sacrés, n'importe, enfin des obstacles moraux

que la convoitise tourne ou défie, de la conscience qu'elle abuse avec la complicité d'une direction complaisante, de l'opinion qu'elle brave si elle ne peut arriver à la séduire. L'analyse est complète, inexorable, et l'énumération oii elle se résume commence déjà dans le discours cette marche accélérée, entraînante, qui fait une des puissances caractéristiques du maître.

On veut être riche sans mesure : autre fait où la réflexion méthodique va s'appliquer. Ce qu'elle rencontre ici du premier coup d'œil, c'est la folie de cette convoitise insatiable, ce sont les considérations élémentaires qui devraient mettre une limite au désir : sagesse et dignité humaines, repos de la vie, soin légitime de la renommée. Est-ce réflexion actuelle? Est-ce habitude passée en instinct? Ces trois motifs se sont groupés suivant leur ordre le plus naturel. Mais, par une association non moins naturelle, aux protestations de bon sens répliquent immédiatement dans l'esprit de Bourdaloue les prétextes dont l'avidité se couvre : axiomes de sagesse fausse, mais combien populaire ! arguments misérables, mais nombreux, accumulés, jetés pour ainsi dire pêle-mêle comme les cris de la passion. Tout est nécessaire dans le monde ; rien, à le bien prendre, ne suffit; on n'en peut jamais trop avoir ; les hommes ne valent et ne sont comptés que sur le pied de ce qu'ils ont; il est doux de cueillir en pleine moisson * ; il ne convient qu'à une âme timide ou à une conscience faible de fixer ses désirs. Ainsi la passion l'emporte et l'injustice lui devient comme une nécessité.

Le fait reconnu, Tordre des choses veut qu'on le juge. Or Bourdaloue se rappelle que le Saint-Esprit a maudit l'avidité sans mesure. « Malheur à vous qui ajoutez maison à maison, domaine à domaine! Prétendez-vous donc habiter seuls sur la terre ^7 » Il s'empare de cet anathème,

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