C'est encore de l'Horace, mais quelque peu arrangé
... At suave est ex magno tollere acervo.
(Satir. 1, I, V. 51.)
2, Isaïe, V.
BOURD.ALOUE 263
il le paraphrase, l'étcnd, le dramatise à la façon de Bossuet. Mais encore est-il à propos de le justifier. D'un mot, c'est que la convoitise illimitée ne saurait aller sans bien des crimes. Et qui le dit? La force des choses, mais en outre et surtout le Saint-Esprit, car il n'est que d'appuyer l'Ecriture par elle-même. Et voici la malédiction d'Isaïe répétée et commentée par un autre Prophète que l'orateur paraphrase avec la même force. Ainsi, Tattention vigoureuse tire parti du Saint-Livre ; l'exemple est court mais excellent.
On veut être riche au plus vite. Ici la scène change, ou le procédé ; la même puissance de réflexion, qui tout à l'heure décomposait les ensembles et les recomposait en groupant les détails, va nous offrir un modèle de raisonnement oratoire. Cette fois encore, la donnée d'expérience est présentée la première, et le logicien orateur, dérogeant de plein droit aux exigences de l'école, en fait la majeure du syllogisme. La mineure sera le principe, l'oracle divin qui, d'accord avec la nature des choses, condamne les fortunes trop hâtées comme inséparables de l'injustice. « L'homme qui se hâte de s'enrichir ne saurait être innocent*. » Mais la conclusion? Elle est redoutable, etBourdaloue, bien loin de la déguiser, l'enveloppe d'une objection qui la fait saillir.
« Cela va, me direz-vous, à damner bien des gens d'honneur. Et moi je réponds : premièrement, qu'il faudrait d'abord examiner qui sont ces gens d'honneur 2; secondement, qu'il ne m'appartient pas de damner personne, mais qu'il est du devoir de mon ministère de vous développer les sacrés oracles de la parole divine. Si ce que vous appelez gens d'honneur y trouvent leur condamnation, c'est à eux d'y prendre garde ; mais quoi qu'il en soit, c'est une vérité incontestable : Qui festinat ditari 7ion erit innoceîis ; quand on s'empresse de s'enrichir, on n'est pas sans crime, au