‹ La prédicationChapitre 146 sur 218 · Joan.. M. 61 seqq. — Cf. !■•« partie, ch. ii · texte numérisé non relu

Joan.. M. 61 seqq. — Cf. !■•« partie, ch. ii

2. Non enim possumus quœ vidimus et audivimus non loqui. (Actes. IV. 20.)

3. Praedica verbum ; insta opportune, importune ; argue, obsecra, increpa in omni patientia et doctriua. Erit enim tempus cum sanam docfrinam non sustinebnnt. . . (II Tim.. iv, 2, 3.)

provoquant les résistances et les heurtant à plaisir sans tenir compte de rien, comme si l'Apôtre eût déconseillé vraiment tout souci de l'opportunité, autant vaut dire toute circonspection, toute sagesse. Quant au vrai zèle, il ne reculera pas devant les sujets importuns; il n'oubliera pas i\uimportun et inopportun ne signifient pas une même chose ; que les vérités, comme les remèdes, sont quelquefois d'autant plus opportunes qu'elles ont plus de chance d'importuner. C'est la vraie leçon de saint Paul, et il nous faut pouvoir attester après lui les fidèles que nous sommes purs du sang- de leurs âmes, ne nous étant pas dérobés à la tâche de leur annoncer tous les conseils de Dieu sur elles, de leur prêcher l'Évangile tout entier *.

Tout l'Evangile et rien que lÉvangile : c'est ici qu'il faut mesurer et limiter l'étendue de notre objet. Il est trop clair que nous ne l'entendons pas à la manière protestante ; que tout n'est pas pour nous dans la lettre du Saint-Livre ; qu'en le nommant nous y rattachons tout son commentaire légitime. Reconnaissons donc les frontières de notre domaine; l'Evangile ainsi entendu avec le droit sens catholique, voyons ce qu'il comprend, ce qu'il exclut, ce que, par suite, la prédication doit comprendre ou exclure.

Le commentaire authentique de l'Évangile est, avant tout, dans les définitions de l'Église. Et pourquoi ne pas les faire connaître au peuple sous leur vraie forme et avec leur histoire, quand l'occasion s'en offrira? Marquons au moins nettement ce qui est de foi définie, et gardons-nous de mettre au même rang ce qui n'est que croyance générale, encore plus ce qui n'est que croyance permise, croyance pieuse, pour user du mot consacré.

Le commentaire authentique de l'Évangile est dans la Tradition, dans l'enseignement commun des Pères. Il est dans la doctrine personnelle des plus illustres sur tel point spécial dont l'Église leur reconnaît, pour ainsi dire, la

1. Conloslor vos hodiorna die quia mundus sum a sanguine omnium. Non cnim subterfugi quominus annuntiarem omne consiliuui Dei vobis. (Actes, XX, 26, 27.)

propriété. Saint Hilaire est le docteur de la Trinité, saint Augustin celui de la grâce. La prédication se prévaudra de ce concert traditionnel ou de ces autorités prépondérantes; mais elle ne présentera pas au même titre les sentiments isolés, singuliers peut-être, de celui-ci ou de celui-là.

Le commentaire authentique de l'Évangile est dans l'enseignement commun et certain de l'école, mais non pas assurément dans les opinions douteuses et les systèmes. Les systèmes ! Utiles efforts pour combler les lacunes et amoindrir les obscurités nécessaires ; élans, souvent magnifiques, de la foi cherchant l'intelligence; témoignages irrécusables de l'activité, de la liberté que le dogme laisse à l'esprit ; mais, il faut bien le dire, péril et tentation quelquefois. Dans l'école même, il est facile d'en exagérer la valeur, de les estimer indispensables, d'attacher, sans y prendre garde, moins d'importance et de soin pratique à la vérité commune qu'à Ihypothèse qu'on a faite sienne par création ou par choix. Quant à la chaire, bannira-t-elle les opinions systématiques? Non, pas absolument peutêtre, mais à la condition de ne les produire que devant un auditoire capable d'en bien entendre le caractère ^ à la condition surtout de ne les pas donner pour autre chose que ce qu'elles sont dans la réalité. C'est surtout une grave et périlleuse erreur que de vouloir suspendre les vérités nécessaires à des arguments qui ne seront jamais que probables. Mais, aujourd'hui surtout, quelle imprudence n'y aurait-il point à engager les fidèles dans ces questions d'école, oii plusieurs ne trouveraient que des prétextes contre la foi?

Le commentaire authentique de l'Évangile nous est encore fourni par l'histoire de l'Église, par l'exemple des Saints, expression vivante de la loi, démonstration péremptoire du fait de la grâce, et par là de tout l'ordre surnaturel. Mais si la prédication revendique hautement,

1. Avons-nous tort de penser que, devant un auditoire de femmes, ces sortes d'opinions doivent être écartées en toute rigueur, la vanité théologique étant là plus facile et la plus dangereuse ?

284 LKS LOIS

comme part de son domaine, l'histoire vraie de la sainteté ici-bas, elle doit être inexorable à rejeter la légende incertaine, les traits édifiants plus ou moins douteux. Quant à les arranger pour les embellir, un mot suffit à rencontre de cette aberration vraiment inconcevable : l'homme de Dieu est, par état, un honnête homme, et le mensonge ferait honte à la vérité qu'il prétendrait servir.

Le commentaire authentique de 1 Évangile est enfin dans la liturgie, dans les formes et pratiques autorisées du culte, dans les dévotions consacrées par l'usage et par la sanction de l'Église. La prédication s'honorera d'exploiter, de populariser ces belles et saintes choses ; elle n'accueillera qu'avec réserve les dévotions nouvelles et les pratiques singulières dont le zèle se laisse engouer quelquefois. A vrai dire, est-ce bien le zèle pur? N'y aurait-il pas là quelques traces de ce même esprit personnel, de ce même attrait du sens privé qui, en matière de doctrine, irait à rendre les opinions plus chères que les certitudes, et les systèmes presque aussi importants que les dogmes?

Définitions de TÉghse, tradition des Pères, théologie commune et hors de contestation, liturgie, histoire de l'Église, vie des Saints : voilà donc le commentaire de la parole divine ; voilà les provinces de notre domaine, les parties nécessaires de notre objet. En les énumérant, nous marquions déjà les sources de l'éloquence sacrée. Plaçonsnous à ce point de vue et regardons de plus près.

Les SouRCKs de la prédicalion. — L'Éckiture. — Les Pères. Le possible et le pratique. L'illusion de se suffire à soi-même. — La Théologie. La théologie spéciale du prédicateur. — • La Liturgie. Trésor perdu. Quelques indications pratiques. — L'Histoire de L Eglise, la Vie des Saints. De l'ascétisme en chaire. — Que le prédicateur est un lioinnie de travail.

Ce qu'il nous faut tout d'abord, c'est un trésor de connaissances à la fois spéciales et vastes ; c'est ce qu'on nomme, d'un mot simple et expressif, le fonds. Le prédi-

cateur est bien dans la vérité de son rôle quand il voit là le capital de l'éloquence et qu'il y met son premier soin. Pour être éloquent, la condition première, indispensable, c'est d'avoir quelque chose à dire, c'est de savoir et de savoir beaucoup. Nous semble-t-il que notre parole ne soit pas à la hauteur de notre zèle? Avons nous le regret de la sentir quelque peu vae:ue, terne et froide? N'accusons pas trop vite notre cœur, notre imagination ou notre culture littéraire. Si nous nous examinons avec une sincérité courageuse, peut-être faudra-t-il nous avouer que le déficit n'est pas là, qu'il est dans la science, dans le fonds. Notre pensée languit et fait languir tout le reste. L'important est de raviver, de la nourrir. Sachons plus, ayons plus à dire, et, parla même, nous dirons mieux.

Mais que savoir? Où sont les sources vraiment intarissables de la pensée, de la passion apostolique, de la prédication en un mot?

La première est l'Évangile lui-même et, avec lui, toute l'Écriture. On s'excuserait volontiers d'en parler encore, tant la chose est évidente en soi. Mais notre pauvre nature est ainsi faite, que l'évidence, l'évidence la mieux avouée, pâlit et s'oublie, si bien qu'il faut y revenir avec insistance comme pour la découvrir tout de nouveau. Prœdica verbum^ nous dit saint Paul, et nous entendons bien qu'il s'agit de la parole de Dieu. Or la parole propre de Dieu, «sa langue naturelle, » selon la belle expression de Bossuet, c'est l'Écriture, et si notre parole, à nous, ne s'en inspirait pas largement, de quel droit se nommerait-elle, ainsi qu'elle se nomme, comment serait-elle, ainsi qu'elle doit l'être, parole de Dieu?

Le bon sens de la foi ne conçoit guère la prédication que sous l'une ou l'autre de ces deux formes. Ou l'Écriture en sera l'objet premier, immédiat, l'orateur sacré se donnant la tâche delà commenter intégralement et de suite; ou, s'il entreprend une thèse régulière sur quelque point isolé de dogme ou de morale, du moins l'Écriture interviendra-t-elle comme formule souveraine de la doctrine et source préfé-

rée des développements. Ou riiomélie des Pères ou Je sermon-thèse, mais tout rempli et pénétré de la substance de l'Écriture sainte. Hors de là, j'entends un philosophe, un philosophe chrétien peut-être, un apologiste si l'on veut, mais non pas encore un prédicateur *.

Le prédicateur, lui, part de l'Écriture comme de son thème fondamental et de la source même de son autorité; il y revient avec bonheur et à tout propos, pour se donner la gloire et la joie d'un perpétuel unisson avec Dieu même. S'il redoute quelque chose, c'est d'être, fût-ce un moment, tout à fait abandonné à son sens propre, à ses pauvres et timides conceptions d'homme. Il sait par expérience que le fonds, que la richesse de la pensée, est le premier élément du bien dire, mais surtout la première espérance de l'apostolat. Or, pendant mille ans et plus, du Pentateuque à l'Apocalypse, de Moïse à saint Jean, en passant par le Verbe incarné en personne, le Saint-Esprit a versé goutte à goutte dans l'Écriture la propre pensée de Dieu. Il y a ramassé à notre usage un trésor de doctrine et de morale universel, impérissable, or pur, éprouvé au feu, marqué d'avance à l'effigie de tous les siècles et de toutes les civilisations, c'est-à-dire suffisant à toute préoccupation légitime d'actualité comme à notre invariable besoin de vérité éternelle. Quelle nonchalance, quel oubli, quel renversement du sens chrétien et sacerdotal pourrait nous détourner de cette fortune ou seulement nous ôter le goût d'y puiser sans fin? Mais si de l'intérêt des âmes et des plus essentielles obligations du ministère, on peut, sans trop de

1. Qu'on n'objecte pas la Conférence. Entendue strictement et comme préparation à la foi, elle n'est pas encore la prédication chrétienne : prélude aujourd'hui nécessaire, prélude souvent magnifique, mais toujours prélude. Elle a d ailleurs bien des degrés. La Conférence du R. P. Monsabré n'est plus celle de Frayssiaous, du P. Lacordaire, du P. de Ravignan ou du P. Félix. A la chapelle des Carmes, il y a trente ans, l'éminent Dominicain prêchait la Conférence proprement dite (Conférences do Saint-Tlionias-d'Aquin). A Notre-Dame, il popularisait la théologie elle-même et ne semblait guère supposer un audiioire d'incroyants.

l'objet de la PREDICATION 287

honte, retomber sur des considérations tout humaines, où trouver mieux que dans l'Écriture de quoi soutenir l'éloquence et donner du relief au talent i^

La matière étant d'une importance incomparable, nous ne terminerons pas ce chapitre sans réunir à part quelques observations plus détaillées sur la mise en œuvre et l'exploitation pratique du grand trésor. Ce qu'il faut ici nous rappeler, ce dont il faut rajeunir en nous l'évidence, n'est-ce pasla nécessité d'étudierl'Écriture, et de l'étudier à fond? Posséder peu ou mal un texte qu'on interprète d'office, être par le monde le porte-parole de Dieu et négliger de connaître la parole de Dieu : anomalie qui révolte le bon sens avant même d'inquiéter la conscience. Comme donc l'Écriture est la première source de la prédication, elle est aussi, de toute nécessité, notre première étude.

Étude directe et suivie, appliquée, non à quelques lambeaux recueillis de seconde main, mais au texte pur et intégral, sans exclure, bien entendu, les commentaires. — Le vénérable M. Émery écrivait à un prédicateur, alors en prison : « Après tout, si vous manquez de livres, vous aurez toujours une Bible. Lisez-la attentivement et d'un bout à l'autre; peut-être cela ne vous est-il jamais arrivé *. »

Étude appropriée aux exigences du ministère, non point surtout savante, critique, militante, comme il sied au professeur ou à l'exégète. Ayons, quant à nous, la critique élémentaire suffisante à établir la valeur historique des Saints Livres et, par suite, leur provenance divine; mais, cela fait, cherchons-y plutôt la doctrine, la morale, les exemples, les sentiments.

Étude affectueuse et priante. Ici le meilleur travail est celui qui se fait à genoux. Quand la méditation proprement dite ne serait pas pour le prêtre un besoin d'âme et, à tout le moins, une haute convenance d'état, encore s'imposerait-elle au prédicateur à titre de nécessité oratoire. — Étude incessante enfin, dont notre formation de jeunesse

Page 1