Caro, Problèmes de morale sociale, ch. i, ii, iiu
raie, et ces hommes^^démontrent éloquemment qu'il n'y a pas de morale sans Dieu '.
Encore n'est-ce pas assez; nous voulons dans les consciences la morale cin-étienne. La foi condamne Fhypothèse d'un paradis naturel et philosophique ; elle nous montre Tunique fin de l'homme dans la g-loire de la vision intuitive, et l'unique voie normale de cette fin dans la loi de Jésus-Christ pratiquée au nom et parla grâce de Jésus- Christ. Mais encore, bien qu'il existe une loi naturelle, bien qu'elle se puisse établir théoriquement par la raison seule, bien que nul de ses préceptes ne soit isolément impossible à la liberté ; toutefois, en dehors de Jésus-Christ, mais surtout quand on repousse Jésus-Christ, tout se corrompt et s^altère en fait, et la pratique, etl'idée même de la loi de nature. Ainsi, de toutes parts, Jésus-Christ est indispensable; pas d'autre fondement, pas d'autre voie; nul ne va au Père, nul ne se sauve, que par Lui.
Nous prêcherons donc, et de tor4e notre énergie, qu'il n'y a pas de morale hors de Dieu^ pas de morale suffisante hors de Jésus-Christ et de son Eglise. Et nous le prêcherons à tous, quitte à varier la nature et la forme dernière des arguments; car tous ont besoin de cette vérité maîtresse, et dès lors tous en sont capables. Mais il ne suffit pas de l'affirmation directe. Il importe au moins autant que, dans les considérations offertes, dans les motifs proposés, la prédication morale soit nettement surnaturelle et chrétienne. Invoquons la dignité de Thomme, la nature des choses, le sens commun ; à la bonne heure î mais à titre auxiliaire et non décisif : nous formons des chrétiens, non des philosophes. Appelons en témoignage les moralistes profanes, soit encore; mais tenons-les dans leur rôle de témoins et ne leur attribuons jamais l'autorité.
On souffre à voir un homme, né Français et chrétien
1. Voir Mf;"" Planlier. Lettre pastorale sur la morale indépendante, — • Cardinal Pic, l^e et 2<= Instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent. — Mg^ Dupanloup, J\'ertissement aux aères de famille.
l'objf.t de la prédication 329
comme Montaigne, demander la règle des mœurs à Plutarque et à Sénèque plutôt qu'à l'Evangile. Mais quel douloureux malaise, quelle révolte pour l'àme fidèle si le prédicateur se complaisait dans des lieux communs de morale neutre et, comme on dirait aujourd'hui, laïcisée! Où suisje? Dans une église ou dans une salle de réunion publique? Qui me parle? Est-ce un ministre protestant, un conférencier déiste? Ouest la note chrétienne et catholique? Où est TEvangile? Oii est Jésus-Christ ?
Prêchons donc la loi de Jésus-Christ. Hélas! il nous faudra aussi la défendre. Bossuet pouvait dire que tout le monde, en son temps, confessait au moins Texcellence de la morale chrétienne, et il se prévalait de cet universel hommage pour glorifier le dogme, logiquement inséparable de la morale comme la racine du fruit *. Nous sommes aujourd'hui moins heureux. Cette morale, seule capable de maintenir pleinement la dignité naturelle, on la dit avilissante pour la nature. Dans cette loi, qui seule a fondé sur la terre l'abnégation constante et complète, on s'est avisé, après dix- huit siècles, de découvrir un immense égoïsme. Pourquoi? parce qu'elle donne pour sanction à la vertu l'espérance d'un salut personnel. Comme si l'homme pouvait se déprendre jamais de l'amour de lui-même! Comme si le christianisme ne lui commandait pas d'aimer Dieu plus que lui-même ! Comme s'il ne l'instruisait pas à se sacrifier lui-même en ne se réservant que la possession de Dieu! Combattons, au besoin, cessophismes désespérés de l'incroyance; faisons mieux : exploitons-les comme une ressource admirable. Voilà donc où il faut en venir pour attaquer la morale chrétienne, comment il faut mentir à 1 histoire et à la nature de l'homme! Mais nous retrouverons ailleurs ce point de vue - : passons.
II. — Rationnelle, religieuse, chrétienne, la morale doit être auto?'itaire, pour employer un mot du jour; elle doit