‹ La prédicationChapitre 159 sur 218 · Voir le livre II, chapitre m · texte numérisé non relu

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commencer par un sens profond du devoir surnaturel, du droit de Dieu. Ce doit être le fondement de la conscience chrétienne, et nous avons charge de l'établir. Disons, de le rétablir plutôt ; car il chancelle en plus d'une âme au choc des préjugés modernes. Le naturalisme régnant, cette idolâtrie ouverte et systématique de Ihomme, qui est bien le signe propre du temps oij nous vivons, se révolte à l'idée seule de dépendance ; et voilà que, par une contagion difficilement évitablc, les notions d'autorité, d'obéissance, de devoir, vacillent dans bien des intelhgences qui n'ont pas encore. Dieu merci ! rompu avec la foi. Là encore se montre l'instinct protestant, rationaliste, l'instinct d'orgueil pour tout dire. On se surprend à discuter le précepte, en oubliant l'autorité qui rend la discussion superflue ^

L'autorité, le principe d'autorité : base première, fonds résistant de la conscience en matière de morale, comme de la créance en matière de dogme. C'est oii nous insisterons, c'est oii nous ramènerons avec une ferme douceur toutes les objections et les résistances. Dieu commande par Jésus- Christ et par l'Eglise, car, en fait d'autorité législative ou doctrinale, l'Eglise, Jésus-Christ, Dieu, sont une même chose en trois noms. Et voilà toute la raison d'obéir.

Libre à nous, après cela, de montrer le précepte souverainement juste et glorieux à la nature. Un père sage explique ses intentions par condescendance et pour former l'esprit de son enfant; mais il ne s'y prête qu'après avoir exigé et obtenu l'obéissance pure et simple. Ainsi devonsnous faire, nous, les représentants du Père qui est au ciel. N'omettons pas ces explications et considérations secondaires, mais ne prétendons pas y mettre le fondement de la soumission chrétienne. Il est dans le droit souverain du Père céleste; nous ne voulons pas que l'âme obéisse en

1. Nous savons un lellré qui ne tenait compte de l'abstinence du vendredi, parce qu'il ny voyait, disait-il, qu'une vieille coutume Orientale sans importance. On l'aurait étonné grandement de lui rappeler que la question u était pas là.

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définitive à ses lumières personnelles; nous voulons qu'elle obéisse à Dieu.

III. — Commencée dans la conscience par ce profond sentiment de l'autorité divine, la morale doit s'y continuer par une connaissance complète et précise des principes, des grandes lois; d'où suit pour nous une étroite obligation de les faire nettement et complètement connaître.

Obligation difficile par un côté, mais simple et aisée d'autre part. Le prédicateur est entre deux écueils, entre deux anathèmes. Ici, l'exagération, la dureté, le zèle amer, le jansénisme pratique, maudit dans la personne des Pharisiens, condamné par l'exemple du Maître qui ne brisait pas le roseau froissé, qui n'éteignait pas la mèche encore fumante. Ailleurs, la faiblesse complaisante qui atténue ou dissimule, la connivence qui tait le précepte jusqu'à le laisser oublier. Autre prévarication maudite par le Saint- Esprit dans Ezéchiel. « Malheur aux prophètes qui suivent leur propre esprit!... Vous ne vous êtes point dressés en face du crime ; vous n'avez point opposé un mur pour la maison d'Israël, vous n'avez point tenu ferme dans la lutte, au jour du Seigneur*... Si quand je dis à l'impie : Tu mourras de mort, lu ne parles point pour l'écarter de ses voies mauvaises, l'impie mourra lui-même dans son iniquité et je te redemanderai son sang. Que si tu lui dénonces la nécessité de se détourner de ses voies, et qu'il ne s'en détourne point, il mourra, lui, dans son péché, mais toi, tu auras délivré ton àme^. » Il peut paraître quelquefois malaisé de trouver le droit chemin entre la rigueur et la mollesse. Mais la difficulté tombe si nous sommes, avant tout, gens de foi, de désintéressement et de zèle. La ligne du vrai se démêle et se précise dès que nous mettons toute chose à sa place : sous nos pieds, l'amourpropre, avec ses aigreurs d'une part et ses pusillanimités de l'autre ; — au-dessus de toute considération égoïste, le

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