Voir livre III, ch
2. S;incti nominis tui, Domine, timorem pariter et amorem fac nos habere perpetuum ; quia nunquam tua guberuatione destituis quos in soliditate tuœ dilectionis instituis. (Uominica infra octavam Corporis Christi.)
3. On peut se demander s'il est à propos de faire en chaire de la morale sociale. Assurément, c'est un droit du prêtre, comme l'illustre évêque d'Angers le prouvait à la tribune, le 28 novembre 1881 (Mgr Freppel, OEuvres polémiques, 2^ série). L'Église, qui est la conscience vivante des sociétés, a qualité pour leur apprendre leurs devoirs. Après Gi-égoire XVI et l'encyclique Mirari vos, api'ès Pie IX et le Syllabus, Léon XIII a pu donner au monde l'encyclique Immortale, et le prêtre peut à son tour en présenter un commentaire lîdèle. Ce droit veut être affirmé, revendiqué, exercé parfois, aiin de n'autoriser point par une sorte de prescription l'inqualifiable sophisme qui n'admet qu une morale individuelle, qui nous prête deux consciences, dont une irresponsable, celle du citoyen. Mais il y faut, croyons-nous, des précautions toutes spéciales. Précautions quant à l'objet : plutôt les grands et universels princijjes que les apjjlications, allusions et insinuations de détail ; de la morale sociale, oui ; de la politique proprement dite, non. — Précautions quant aux écoutants, à leurs aptitudes, à leurs dispositions, qu'il faut connaître. — Précautions quant à la personne qui parle. En ce point de conséquence, l'évêque a des
l'objet de la prédication 337
La foi pour les œuvres, les œuvres naissant de la foi. — Union du dogme à la morale : Dans Teusemble de la prédication. — Dans lensemble de chaque station ou ministère, — Dans chaque discours, — mais sans exagération ni affectation.
Après avoir étudié rapidement les deux parties intégrantes de l'objet à prêcher, voyons dans quelle mesure et dans quelle forme il convient de les ajuster l'une à l'autre.
Le prédicateur serait grandement coupable de négliger la morale, ou par un goût immodéré des beautés spéculatives, ou par un motif moins avouable encore, et parce qu'elle lui semblerait prêter moins à une certaine ostentation de talent. Tout au rebours, il se pourrait qu'on en vînt à laisser de côté le dogme, soit manque de savoir théologique, soit esprit de réaction contre le défaut contraire et préoccupation excessive d'être pratique, de pousser les gens à l'action. Il importe de s'établir dans le vrai par une vue exacte des relations essentielles entre les deux éléments à ménager.
droits et une autorité que le prêtre ne peut s'arroger ; et, dans les limites même de sa compétence, le prêtre ne doit aborder ces questions qu avec une préparation sérieuse et un fond de doctrine qui le préserve de compromettre en rien la vérité. — Précautions quant au mode et à 1 intention dominante. C'est là surtout que le prédicateur a besoin de se souvenir qu il est 1 homme de Dieu et des âmes, élevé d office au-dessus de toutes les contentions humaines. — Précautions quant au temps et à la mesure. Qu on prêche les questions sociales, mais qu'on ne les prêche pas toujours, mais qu'on ne s'en fasse pas une spécialité exclusive. Tentation peut-être facile à qui a quelque peu approfondi ces matières et goûté la vogue dont elles jouissent. Le prêtre n oubliera pas qu'elles sont plutôt secondaires ou implicites dans l'Evangile, et que l'Evangile est son objet propre. Il n'oubliera pas que le grand moyen, le seul peut-être, de préparer aux questions sociales un dénouement heureux, autant vaut dire chrétien, c est de regagner à Jésus-Christ le plus grand nombre qu il se pourra d âmes individuelles. Voilà son premier ministère et son premier honneur. On peut lire avec fruit sur cette matière un spirituel chapitre du R. P. Fontaine : La Chaire et l'Apologétique au dix-neuvième siècle, 1" partie, ch. ii.
Le dogme est pour aboutir à la morale, et la morale a pour base nécessaire le dogme. Il faut toujours que la morale suive, mais il faut toujours que le dogme ait précédé. La prédication est un enseignement pratique, mais avant tout un enseignement. Bien des erreurs de fait sont écartées par ce principe tout élémentaire.
Or ce principe est déjà vérifié dans l'ordre de la nature. L'homme n'est pas tout esprit, tout connaissance ; il ne connaît que pour vouloir et agir; c'est au vouloir et à l'action que se mesure définitivement sa valeur. Mais il ne saurait vouloir et agir sans connaître ; mais surtout, dans le cas d'un effort à faire contre lui-même, il veut souvent moins qu'il ne connaît, jamais plus. Nous sommes déjà sûrs que la môme loi régira l'ordre de la grâce, puisque la nature y est élevée mais non changée. Le Maître l'a dit d'ailleurs : « Allez, enseignez toutes les nations, les instruisant à garder tout ce que je vous mande, » oiJ l'on voit que l'enseignement pose la base dogmatique avant la conséquence morale. C'est enfin l'expérience et le bon sens même. En dépit de l'insoutenable théorie de Luther, la foi pousse droit aux œuvres, mais les œuvres ne se conçoivent point sans la foi. « On veut de la morale dans les sermons, a dit justement Bossuet, et on a raison pourvu qu'on entende que la morale chrétienne est fondée sur les mystères du christianisme^ »
Donc arrière cet étrange esprit d'antithèse qui aimerait à considérer le dogme et la morale comme deux éléments rivaux et jaloux, estimant volontiers perdu pour chacun ce que l'on donne à l'autre. Le contraire est le vrai. La morale tire sa force du dogme ; le dogme se complète et se recommande par la morale. Ce sont choses liées, dépendantes, solidaires, inséparables.
Le prédicateur établira nettement celte connexion, il en dégagera toute la force, il combattra de tout son pouvoir l'inconséquence qui admet la loi et rejette le dogme, s'ima-