NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
Le christianisme est une doctrine ; il est encore et avant tout une histoire, un fait ; on peut dire enfin qu'il est une personne, que toutes les vérités dont il se compose et dont nous sommes les interprètes, viennent se rencontrer, se résumer, s'incarner dans une personnalité unique, la personnalité adorable de Jésus-Christ, l'Homme-Dieu.
C'est à la lettre que Jésus-Christ Notre-Seigneur porte en Lui la religion tout entière : centre et nœud personnel de toutes les choses religieuses, religion vivante en un mot. Dans ce sens, au moins autant que dans les autres, tout a en lui sa consistance; tous les trésors de la sagesse et de la science reposent en lui, cachés et en même temps manifestes.
Donc, prêcher directement Jésus-Christ, c'est prêcher intégralement le christianisme, et d'ailleurs on ne le prêche bien qu'en prêchant directement Jésus-Christ ; on ne le sait bien, et avec lui toutes choses, que lorsqu'on en est venu, comme l'Apôtre, à ne plus savoir que Jésus-Christ, c'est-à-dire à lui rapporter toute connaissance et toute pensée.
Jésus-Christ est l'objet éminent, l'objet suprême de l'éloquence sacrée. Nous allons essayer de le rappeler ici en quelques paroles, mais où nous voudrions mettre toute la clarté, toute la chaleur, toute la persuasion imaginables. Est-ce bien nécessaire pourtant ? Les choses ne parlerontelles pas assez d'elles-mêmes à des cœurs de prêtres, et ne suffit-il pas de les dire en simplicité? Dieu le sait, du moins, et nous ne craignons pas de l'en attester en toute connaissance de cause. Ces études, qui n'auront pas été sans quelque labeur, nous paraîtraient magnifiquement récom-
l'objet de la prédication 333
pensées si elles inspiraient à ua seul de nos frères le désir de faire plus large dans sa prédication la part directe et personnelle de Jésus-Christ.
Jésus-Christ est le fond et le tout moral de l'Évangile, — de l'Écriture, — de la Patristique, — de la théologie, — de la liturgie, — de l'histoire de l'Église et des saints. — Il répond à tous les besoins de la prédication dogmatique, morale, apologétique. — Vérité maîtresse et argument suprême, dernier mot de la prédication.
Nous avons à prêcher l'Évangile, tout l'Évangile, rien que l'Évangile. Mais, l'Évangile, c'est Notre-Seigneur en personne, c'est le trésor des insondables richesses du Christ. Entendu strictement et en lui-même, que renfermet-il autre chose que la vie, la parole, les actes, la mort et la résurrection de l'Homme-Dieu? Considéré dans sa proface divine, qui est l'Ancien Testament, que nous offre-t-il sinon le Messie préparé, prédit, figuré ? Le Christ est la fin de la Loi. Prêcher Jésus-Christ, c'est prêcher la Loi achevée, consommée, couronnée. Regardons ce même Évangile se prolonger, se commenter pratiquement à travers les siècles ; regardons l'Église; étudions ses actes, indices de sa vie,' ses notes qui la montrent divine. Qu'est-ce que tout cela? Jésus-Christ, non pas seulement obéi comme un maître ni reproduit comme un modèle, mais se survivant ici-bas dans d'autres lui-même, présent, agissant aujourd'hui comme hier et à toujours.
Jésus-Christ est dans tout le commentaire légitime du Saint Livre, il est dans toutes les sources de la prédication, il est la première des sources, l'unique même en un sens vrai.
Sondons les Écritures. Si nous y trouvons quelque chose qui ne se rattache pas à Lui, saint Augustin nous avertit que nous les entendons mal. Aux yeux de ce maître, toute l'Écriture se résume à la charité, à l'amour de Dieu pour l'homme, à l'amour réciproque de l'homme pour Dieu. Mais
Jésus-Christ est cette charité incarnée ; elle fait toute sa raison d^èlre comme toute sa manière d'être ; il est venu au monde pour montrer en sa personne Dieu aimant Thomme et rhomme aimant Dieu. , m'
Soleil des Ecritures, il illumine laPatristique etlaTheolo-ie tout entières. Comme Verbe, il partage, ou plutôt il po'ssède indivisiblement avec le Père et le Saint-Esprit, rhonneur d'occuper ce que les anciens Pères appelaient la »o/o.z-. par excellence, la science de Dieu. Comme \erbe incarné, comme Rédempteur, il remplit, à titre d objet ou d'acteur principal, cette autre partie de la doctrine sacrée qu'ils nommaient VÉcoiiomie, la science de la dispensation providentielle, de Tœuvre suréminente qm est le salut du
ojenre humain. ., •. i i»
Il fait le thème, pour ainsi dire, prévilegie de 1 enseignement de l'Eglise, de ses définitions souveraines. La vie eternellese commence par la connaissance du seul vrai Dieu et de son cnvové Jésus-Christ; mais encore est-ce par Jesus- Christ surtout que l'on connaît Dieu, à travers Jesus-Christ qu'on l'appréhende. Voilà pourquoi c'est Jésus-Christ surtout que l'hérésie tâche d'obscurcir, et, par smte, c est Jesus- Christ que l'Éghse enseigne, qu'elle explique et déploie pour ainsi parler, dans ses premiers Conciles, defimssan tous les éléments de son composé théandrique, mettant au jour toutes les faces de son divin rôle. , ^ . ,.
Comme la doctrine, la liturgie est pleine de Lui. Elle commence, ou plutôt elle recommence annuellement sa vie mortelle • elle symbolise sa vie glorieuse, sa vie mystique dans les âmes ; elle a pour centre l'autel, trône de sa vie eucharistique. Dans les fonctions sacrées aussi bien que dans l'ordonnance même du temple, tout s'oriente là, tout
rayonne de là. . • j c • *
Entre les sources, nous avons nommé la vie des Saints, en y rattachant même l'histoire intime des plus obscurs fidèles. Mais cette histoire, la plus belle et la plus attachante pour les profondes curiosités de Fâme, qu est-ce autre chose que la dernière page de Fhistoire personnelle
L OBJET Dl:: LA PREDICATION
de Jésus- Christ, page toujours ouverte et où le plus grand honneur de chacun serait d'ajouter son mot? Galerie de nobles portraits, tous originaux, mais avec un même trait de famille, la ressemblance de Celui qui fut « saint, saint, saint à Dieu' ». N'est-ce pas trop peu dire, et qu'y a-t-il dans toutes ces figures si vivantes? La sève, le sang, la vie même de Jésus-Christ, s'épanouissant, toujours une, en fleurs et en fruits d'une diversité merveilleuse. Il est le moteur intime, l'àme cachée et transparente de cette histoire des Saints, joie du fidèle et scandale du monde, précisément comme sa propre histoire.
Il est donc partout dans la religion, et l'on peut dire d'elle, comme saint Jean de la cité sainte, que sa lumière est l'Agneau. Mais nous devons y regarder de plus près encore.
S'agit-il du dogme? Yoici Jésus-Chrisl qui répond excellemment à toutes les exigences de l'âme et, dès lors, à tous les devoirs de la prédication. Entre les vérités à exposer, il est la plus voisine de nous et, si on l'ose dire, celle qui nous intéresse et nous touche le plus. Ou plutôt, en lui-même, en son composé théandrique, il porte tous les dogmes, à l'état, non de souvenir, mais de réalité présente; il est le Symbole vivant, la théologie vivante, le catéchisme vivant. L'Eglise a pu chanter de Notre-Dame qu'elle a détruit toutes les hérésies dans le monde; et en effet qui connaît bien l'Immaculée, la Yierge-Mère, qui pense bien d'elle, a une juste idée de tous les mystères de la foi. 3Iais cet éloge n'est vrai de Marie que parce qu'il l'est de son Fils et à plus forte raison. Qui le connaît connaît tout le dogme, car tout le dogme est en Lui. Bien savoir Notre-Seigneur, bien l'entendre, penser exactement à Lui, c'est savoir et entendre selon la vérité orthodoxe, la Trinité, l'homme et sa chute, l'Incarnation, la Rédemption, la Grâce, les Sacrements, l'Eglise. — Tout le dogme est dans ce mot : « Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique ; » mais il