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Pascal

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est éminemment dans la personne de ce Fils donné par Dieu.

Ce n'est pas tout d'exposer le dogme : il faut, sinon le prouver, au moins écarter ou paralyser les objections, surtout les plus dangereuses, celles qui éblouiraient à la fois l'esprit et le cœur. Justice de Dieu, pécbé d'origine, inégalité visible dans le partage de la grâce, prédestination, peines éternelles : vérités redoutables qui déconcertent mais aussi qui épouvantent, qui donnent le vertige et le frisson. Il y faut jeter toute la lumière possible, toute la lumière divinement suffisante. Et que faire? Mettre en regard de ces terreurs la personne de Jésus-Cbrist, sa croix, son sang réellement donné pour tous les hommes, le salut possible en Lui pour tous, même pour ceux qui l'ignorent. Le mystère demeure, mais il est balancé, il est élidô par un autre. Le cœur n'a plus de prétexte au désespoir ou au murmure; l'esprit est à la place qui lui convient devant Dieu, entre deux abîmes, entre deux incompréhensibles, entre l'infini de la justice et le miracle vivant de Tamour.

Et la sainte fierté de croire, dernier triomphe de la prédication dogmatique ! Oh la trouver mieux que dans la connaissance de Jésus-Christ? Cherchons tous ce qu'on a pu concevoir pour honorer l'homme. Qui lui est le plus glorieux, du blasphème dérisoire qui le substitue à Dieu en lui laissant toutes ses misères^ ou de l'Incarnation, de ces noces que le Roi céleste fait à son Fils, de ce réel mariage de la Divinité à l'humanité dans une personne unique, de cette adoption réelle qui nous fait vrais fils de Dieu en Jésus-Christ, le premier né de beaucoup de frères, et tout cela pour consommer en qui le voudra l'élévation de notre nature jusqu'à la participation de la nature divine?

Ainsi Jésus-Christ contient en soi le tout du dogme; il en est la solidité, la grâce touchante, l'éclat victorieux. Considérons maintenant la morale et nous verrons que, pour la bien prêcher, c'est encore Lui, toujours Lui, qu'il faut mettre en pleine lumière.

Nous voulons donner à la loi son vrai caractère surnaturel, son autorité seule valable : nommons Jésus-Christ; c'est

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'chose faite. Nous voulons asseoir dans l'âme le fondement du devoir, le droit de Dieu, la crainte de Dieu, l'horreur de toute offense à Dieu. Un mot dira plus que tout le reste : « Dieu n'a pas épargné son propre Fils, » dès qu'il lui a plu de mettre sur cetinnocent l'ombre seule de nos iniquités. Jésus-Christ, l'unique, le bien aimé, victime du péché, du devoir enfreint, du droit divin méconnu : où trouver un argument comparable ? Yoilà qui nous rassure en nous sauvant; mais, si nous savons entendre, voilà qui nous doit épouvanter bien plus que toutes les autres rigueurs de la justice. Quoi! l'on s'étonne de l'enfer éternel, et l'on ne s'étonne pas de la Croix î

Nous voulons inspirer l'esprit vrai de la morale chrétienne, entre le formalisme étroit du Pharisien et le laxisme du libre viveur? Demandons à Jésus-Christ de tracer la limite. Elle est dans sa parole, mais surtout dans sa vie, morale chrétienne réduite en action, et plus éloquente que toutes les théories.

Nous voulons couronner l'édifice en mettant dans la conscience la reconnaissance, la générosité. Mais qui émeut la reconnaissance mieux que Jésus-Christ? En sa personne, le bienfaiteur et le bienfait sont présents et palpables; il est lui-même tout à la fois le Dieu donnant et le Dieu donné. Aussi bien, dans sa vie, dans sa mort, partout, la surérogation, la prodigalité magnifique de l'amour dépassant, par la libre volonté du Père et la libre acceptation de sa volonté humaine, les nécessités essentielles de] notre salut. Montrons à l'àme, à chaque âme, ce Jésus dépensé tout entier et indivisiblement pour son usage, et alors nous pourrons l'adjurer elle-même de ne pas marchander avec les avances divines : nous ne la ferons généreuse que par là.

Nous voulons enfin marquer les relations vraies de la morale au dogme. Écoutons et regardons Jésus-Christ. Dans sa conduite, l'exemple devance le précepte : il agit d'abord, puis il enseigne. Mais l'action suit et suppose la connaissance du Père, de ses droits, de son bon plaisir. Mais dans l'enseignement du Sauveur, si la morale occupe une place

matériellement plus large, si les données dogmatiques y viennent vite aboutir, il est clair d'ailleurs qu'elle s'appuie toujours au dogme. Elle a pour base le domaine, la volonté de Dieu, pour idéal la perfection môme de Dieu, pour terme et sanction la possession éternelle de Dieu.

En Jésus-Christ, tout le dogme, toute la morale, mais aussi toute l'apologétique, celte apologétique élémentaire dont nous avons tracé les linéaments. Avant tout, elle est histoire, elle vit de faits et de témoignage. Or le grand fait, le grand témoignage, c'est Jésus-Christ. Dieu a-t-il parlé? Sommes-nous tenus de croire? Oui, si l'Évangile est une histoire vraie, si Jésus-Christ est bien historique. C'est là, au fond, toute la question ; car, celle-là résolue, toutes les autres le sont du même coup et avant toute vérification directe. Jésus-Christ est par excellence le fondement historique de la foi ; il est d'ailleurs le centre lumineux de l'histoire humaine. On peut essayer des ères de fantaisie, musulmanes, républicaines, positivistes. Parodies ridicules. Malgré qu'on en ait, Jésus-Christ reste, pour le monde civilisé, le point de partage des siècles; à vrai dire, il les remplit tous, il demeure le plus grand fait de l'histoire, et tout à la fois le plus indéniable et le plus décisif.

En outre, comme la sainteté des siens lui rend à luimême un témoignage de chaque jour, sa sainteté personnelle nous est le meilleur garant de toutes les vérités qu'il enseigne et représente. Si le bien est le signe authentique du vrai, si l'âme est le grand témoin de Dieu et la vertu sa meilleure preuve, quelle âme, quelle vertu, quelle sainteté, est, de près ou de loin, comparable à ce que l'histoire, la plus authentique histoire, nous apprend de Jésus-Christ? Perfection si achevée et désespérante, que l'on a voulu y voir une belle mais impossible chimère. Jésus-Christ est trop parfait pour être réel ; c'est un idéal où l'humanité ramasse et mire avec complaisance toutes les perfections qu'elle est, on ne sait trop pourquoi, capable de rêver. Ainsi parle quelquefois le sophisme. Le bon sens ne serait-il pas mieux inspiré, mieux éclairé par l'expérience des

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conceptions et inventions humaines, si, même avant d'aborder l'enquête historique, il raisonnait tout au rebours, estimant notre Jésus-Christ trop beau pour avoir été inventé? Au reste, les faits sont là, et cette conclusion s'impose. Si l'Évangile est faux, il n'y a plus d'histoire ; s'il n'est pas faux, nous voilà mis en demeure de nous incliner devant la sainteté de Jésus-Christ, d'accepter tout ce qui nous est garanti par elle, ou de tenir le vrai et le bien pour de purs fantômes, de supprimer la conscience et Tintelligence du même coup.

S'il faut abattre les résistances de l'esprit, c'est donc à Jésus-Christ qu'en appartiendra la gloire, à Jésus-Clirist présenté directement et déployé sous toutes ses faces. Et que sera-ce quand vous voudrez achever la conquête de l'homme en gagnant son cœur?

Jésus-Christ est la preuve péremptoire, mais encore il est l'attrait souverain. C'est en lui que la religion devient tout aimable. Pourquoi? Non pas seulement parce qu'il est le plus beau des enfants des hommes, parce que dans la grâce et la vérité dont il est plein se manifestent l'humanité et la bénignité de notre Dieu sauveur ; mais par cette seule raison déjà énoncée, que la religion se fait en lui personnelle, vivante, palpable. J'aime une doctrine vraie, belle et sainte. Mon âme est indivisible et ses puissances inséparables, à ce point que chacune entraîne les autres dans son mouvement. Aussi la doctrine qui ravit mon intelligence ravit-elle en même temps mon cœur. J'aime pour elle-même une histoire éclatante, une tradition glorieuse; je l'aime plus si j'y suis intéressé par esprit de nationalité ou de famille, encore plus si j'y trouve le titi'e et le fondement de mes meilleures espérances personnelles. Mais, par-dessus tout, j'aime une personne vivante et capable de répondre à mon amour. Si peu qu'elles demeurent à l'état d'abstraction ou de réalité lointaine, la doctrine ou la morale ne me saisiront jamais le cœur autant qu'elles le pourront faire si je les vois représentées, incarnées dans une personnalité réelle et présente, La patrie est-elle jamais

si aimable que lorsqu'elle se fait homme dans un chef héréditaire ou même dans un aventurier glorieux?

Doctrine et tradition sainte, la religion se fait homme en Jésus-Christ, mon Dieu, mon semblable, mon frère. Je puis voir de mes yeux, écouter de mes oreilles, palper de mes^mainsce Verbe de vie devenu homme sans cesser de porter en soi toutes les vérités divines rassemblées là comme dans leur nœud vivant. Et voilà par où la religion me saisit et m'attache ; c'est bien en Jésus-Christ qu'elle me prend tout entier.

Donc, si la prédication me l'offre tel qu'il est et dans sa vive lumière, elle a fait tout le possible. Sera-t-elle victorieuse à coup sûr? Hélas ! Dieu n'a pas voulu que la splendeur même de son Fils, si éclatante qu'elle puisse être en ce monde à la conscience, emportât nécessairement la liberté. Jésus-Christ a échoué de sa personne devant l'endurcissement des Juifs. Il se peut qu'il échoue dans la parole de ses interprètes, fût-elle de feu. Mais encore une fois, cette parole n'a rien de plus à offrir aux âmes ; Dieu lui-même n'a rien de plus dans ses trésors. Comme la génération du Verbe épuise sa fécondité, ainsi l'invention et la réalisation de Jésus-Christ épuisent en fait sa puissance miséricordieuse. Et que donnerait-il après ce Fils en qui il nous a tout donné? Rien d'étrange que Jésus-Christ soit le dernier mot de la prédication, puisqu il est le dernier mot de Dieu lui-même.

Notons-le bien du reste. Malgré l'échec toujours possible, il reste vrai, et c'est là, pour le prédicateur, un sujet de méditations graves, il reste moralement certain par la force des choses et par l'expérience, que beaucoup d'âmes, rebelles en fait, seraient heureusement vaincues si nous usions mieux de celte arme divine ; que plusieurs se rendraient à Dieu qui lui résistent, que plusieurs se sauveraient qui se perdent, s'ils recevaient de nous une plus claire idée de Jésus-Christ. Voilà pour nous faire trembler, mais aussi pour nous remplir d'espérance.

Ce que c'est que prêcher Jésus-Christ. — Le nommer. — Mettre en ' lumière son être thoologique, — sa vie mortelle, glorieuse, eucha- I ristique. — son influence actuelle et sa présence dans l'Eglise et dans 1 âme. — Faire en lui la synthèse de la religion et de toutes \ choses. — Prêcher Jésus-Christ : secret de la nouveauté, de l'élo- I queucc. mais surtout premier devoir.

Qu'est-ce que prêcher Jésus-Christ? A quoi revient pratiquement ce grand devoir?

Suffit-il de nous présenter au nom du .Alaitre, de nous réclamer de Lui, de l'attester, de l'invoquer, de fonder lout sur sa parole? Non. Jésus-Christ n'est pas seulement onc autorité à maintenir, c'est une personnalité qu'il faut produire, qu'il faut poser devant les regards. Le Bienheureux Pierre Fourrier porta un jour le Saint-Sacrement chez un pécheur obstiné, pour mettre cet homme aux prises avec son Sauveur et juge. Hardiesse peu liturgicjue sans doute, mais inspiration de saint, mais indice d'un esprit que la prédication doit s'attacher à prendre. Quelle mette |)ien et constamment les âmes face à face avec Jésus-Christ. Elle n'existe que pour l'introduire et le montrer du doigt. '" Avant tout, qu'elle le nonmie fréquemment^ hardiment, et de son nom propre. Or, ce nom n'est pas le Christ, mais Jésus. Le Christ est son titre, et il a droit qu'on l'en décore; mais n'est-ce pas une chose étrange que beaucoup d'hommes l'appellent volontiers ainsi, qui éprouveraient je ne isais quel embarras à prononcer nettement et sans am- |)ages son nom adorable? Quel malaise lâche peut donc arrêter ces deux syllabes sur des lèvres baptisées'? Pour pous, professeurs de christianisme intégral et de pure langue chrétienne, il nous incombe de désigner par leur appellation authentique les choses divines et encore plus ['Homme-Dieu. Il ne faut pas que, par habitude littéraire, 1 semblions jamais conniver au pitoyable respect iiuiiiain de plusieurs. Triste habitude, au reste, que celle ^ui nous ferait envelopper ce nom de périphrases et gazer

pour ainsi dire cette personnalité, que nous devons tout ai contraire mettre en plein relief et en plein jour !

On entend bien qu'il ne s'agit pas de proscrire des syno nymes, des équivalents dont chacun est un hommage ; quelqu'une des fonctions ou prérogatives de Jésus-Christ Qu'il soit, dans notre langage, le Christ, l'Homme-Dieu, l Sauveur, le divin Maître. 11 nous dira comme aux Apôtres « Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien car je le suis. » Mais n'isolons pas toujours, ni même ordi nairement, le nom du titre ; mais habituons l'oreille chré tienne à entendre et les lèvres chrétiennes à répéter cett appellation précise et Gère : Jésus-Christ, Notre-Seigneur^

Si l'on pouvait s'étonner de notre insistance, nou croyons que l'étonnement tomberait bientôt devant Texpt rience et la réflexion. Dans la réalité pratique, les mot sont les idées, et les idées sont les choses. Qui altère o atténue les mots fait vaciller les idées et dénature o amoindrit les choses dans l'esprit. Quant au nom sacré d Jésus, il est si bien le signe propre, l'équivalent immédici de la Personne, qu'il participe mieux que toute autre désj gnation aux attributs et privilèges de la Personne mèm€ Il a grâce et puissance, étant le nom au-dessus de tôt nom, le nom qu'on ne peut prononcer bien que par un assistance du Saint-Esprit, l'unique nom donné de Diei en qui nous devions être sauvés. C'est à lui que la hain s'attache de préférence. Les prêtres juifs défendaieri absolument aux Apôtres de parler et d'enseigner au nor] de Jésus, en ce nom, disaient-ils encore avec une dédaii gneuse colère 2; et l'on sait que tous les âges leur oii donné des imitateurs. Quoi d'étrange, au reste, si l'impiélj tient en horreur ce nom auquel tout fléchit le genou dan l'enfer même ! En revanche, l'amour se rencontre ici ave la haine. Le nom de Jésus rend un son à part, il exerc

1. Voir un éloquent discours de M. labbé Joseph Lémaiio à 1 A semblée générale des catholiques, à Paris, 1881.

2. Ne omninoloquerentur neque docerent in noniine Jesu (Actes, r 18). — In nomine isto (Actes, v, 28j.

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n charme véritable sur l'àme qui n'a pas honte de son aptème. Iluinble ou savante, elle n'échappe pas à l'at- •ail. Saint Bernard déclare insipides le discours, la lecire où ce nom manque»; et l'on a entendu de simples uvriers, comparant diCférents groupes de missionnaires, onnerla palme à ceux qui avaient le plus souvent nommé ésus-Christ -. En somme, ce nom est un drapeau, et la ré.lication doit le tenir haut et ferme.

Parla, elle commence de faire connaître le personnage ivin, et c'est bien là que doit aller son principal eiïort, à î faire connaître tel qu'il est, tout entier. Pas de Christ hilosophique, poétique, humanitaire. L'àme soulTrirait •op de ces embellissements prétendus qui risquent d'être es travestissements déplorables. Ce qu'elle veut, c'est le rai Jésus de l'histoire et du catéchisme, en qui d'ailleurs lie trouvera, si elle est capable de s'en rendre compte, dus de philosophie et de poésie que dans tous les aperçus le provenance humaine. Insistons et venons au détail.

Et d'abord, il importe d'enseigner nettement et fréjuemment ce qu'on pourrait appeler l'essence ihéologique lu Dieu-Homme, de décomposer en ses éléments le Peronnage théandrique, de faire, en un mot, le catéchisme le Jésus-Christ. Quelle méprise et combien funeste, que de •ompter sur la science des auditeurs, ou de reculer devant 'apparence d'un enseignement élémentaire ! Si l'on avait Iroit d'interroger les fidèles, n'en est-il pas qu'on embarrasserait fort en leur demandant un compte exact de la croyance catholique en ce point capital 3? Et quelles spé-

1. Saint Bernard. Sermon xiu ■'iur le Cantique des cantiques.

2. Le fait auquel nous faisons allusion s'est passé dans la Hautesaône, en 1858.

3. Ayons le courage de tout dire. On trouve des hommes, des lommes lettrés, qui font profession du catholicisme et en gardent, rràce à Dieu, les pratiques essentielles, sans avoir même des idées Dien exactes ni, par conséquent, des convictions bien arrêtées sur la divinité de Jésus-Christ. >'ous affirmons le fait en toute connaissance de cause. Mais, à ce compte, quel plus pressant besoin que celui de catéchiser ?

culations égaleraient en intérêt une simple paraphrase à^ définitions conciliaires les plus célèbres, du Credo de Nice' du Symbole attribué à saint Athanase? L'esprit de Thomn est toujours le même, et rien ne le captivera jamais comn: un enseignement positif et précis.

Après l'être théologique de notre Jésus-Christ, remettor en lumière toute sa vie ; refaisons avec lui, comme disa Lacordaire, tous les pas de son pèlerinage. Et comment réussir sans l'étude et la prière quotidiennes, sans un patiente application de ce sens psychologique fait d'atten tion et d'amour? Encore y faut-il joindre cet autre sens vraiment chrétien et surnaturel, qui comprend et accept Jésus-Christ tout entier, son Calvaire comme le reste, gloire emportée de haute lutte par l'ignominie et la douleui

Ce que le fidèle entend parfois moins encore, c'est savi glorieuse, son attitude de triomphateur et d'avocat tou ensemble, cette situation double et une, de Dieu qui donne et de médiateur qui obtient. Autant de points à fixer, autan de révélations fécondes pour la piété de l'âme.

La vie eucharistique est mieux connue peut-être ; mai là aussi, quelles ignorances, et d'ailleurs quelles inépui sables merveilles ! Présence réelle et continue, — sacri fice constamment renouvelé, — communion avec toute ses réalités et tous ses effets : triple aspect, trilogie sainte oii la prédication doit revenir avec amour, mais où la doc trine est indispensable et serait trop mal suppléée par 1 sentiment.

Ce n'est pas tout encore. Suivons de près l'âme chré tienne, et nous verrons ceci. Quand elle pense à Notre Seigneur, — et plût à Dieu que ce lùl moins rare ! — elL le voit dans Ihistoire, à une distance de dix-huit siècles ou dans les perspectives indéfiniment éloignées de soi Ciel, tout au plus au tabernacle, oii il lui apparaît presqu dans la situation d'un mort au tombeau. Impression vagm et inexacte dont il faut l'affranchir en y substituant 1î vérité, bien autrement saisissante et aimable. Apprenons lui d'une façon précise et complète comment Jésus-Chrisl

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lui est présent, comment il continue de vivre et d'agir au fond d'elle-même ainsi (jne dans l'Église entière. Qu'elle s'habitue à voir en Lui, non plus une abstraction ou une réalité lointaine, mais une réalité actuelle, une influence intime et mêlée à notre vie comme le sang qui coule dans nos veines et l'air que nous respirons.

Dès lors, une autre habitude lui viendra, que tout doit fortifier en elle, enseignements, conseils, et plus encore, allusion ou supposition constante, esprit répandu et circulant dans notre parole comme une flamme. C'est l'habitude saintement rationnelle de tout rapporter à Jésus Christ, de le chercher et de le trouver en tout, de se faire en Lui la synthèse familière de toute vérité religieuse et, par une suite nécessaire, de toute vérité naturelle.

Et quoi de mieux fondé? Toutes les connaissances, — au moins celles qui ont part à la direction de la vie, — groupées autour de la religion, lumière centrale et supérieure ; toute la religion rayonnant autour de Jésus-Christ, qui la porte en soi tout entière : voilà l'ordre des choses, l'ordre même du plan de Dieu.

Quoi de plus scientifique, la foi étant d'ailleurs supposée ? Il est vrai : la lumière centrale et supérieure, la religion, Jésus-Christ même, ne sont point une conquête de lesprit obtenue par les procédés naturels de la science. Mais n'estce point la science même qui tend par nature à faire partout l'ordre, l'unité visible, et jusque dans les vérités révélées qu'il a plu à Dieu de laisser éparses, sans doute aQn de l'honorer en lui laissant la gloire de recomposer l'ensemble, délever un édifice d'ordonnance vraiment scientifique avec ces matériaux qu'elle-même n'eût jamais trouvés '{

Celte synthèse de toutes choses en Jésus-Christ fait le ravissement des intelligences ; elle est le plus beau des spectacles, en attendant les clartés de l'autre vie, qui ne pourront que la rendre plus complète et plus rayonnante, f^lle serait pour l'esprit la première même des forces naturelles, rien ne valant cette unité de vues qui rallie toutes les puis-

sances et les noue comme un faisceau. Chose plus grave : dans le chaos actuel des doctrines, après la grâce de Dieu et la droiture de la conscience, rien ne vaut celte unité pour munir et développer la foi. Aujourd'hui, parmi les intelligences croyantes, les plus nobles sont souvent faibles, parce que leurs connaissances flottent éparpillées, débandées pour ainsi dire, comme une armée en déroute. « Mettez-les en ligne et voyez ! » disait Lacordaire en parlant de nos soldats. Et voilà l'œuvre de la prédication : rallier toutes ces lumières, toutes ces énergies vagabondes, les ranger, les serrer autour de Jésus-Christ, chef et drapeau dfTla pensée chrétienne. Quelle force de préservation et de prosélytisme 1 C'est alors que la foi peut résister et

conquérir.

Ainsi tout nous ramène au devoir impérieux et doux à la fois de prêcher notre Dieu-Homme, les éléments de son être théologique, sa vie multiple, sur terre, au ciel, au tabernacle, dans l'Église et dans l'âme. L'œuvre est indéfmie, elle est sans cesse à reprendre, n'y eût-il à cela d'autre raison que le sophisme, l'ignorance, l'oubh, toujours conjurés pour éteindre, ou tout au moins pour voiler, ce divin Soleil. Aujourd'hui et toujours, comme au temps de Jean- Baptiste, Jésus-Christ est parmi nous le grand inconnu. 11 pourrait dire aux incroyants, il pourrait dire à ses fidèles, à ses prêtres même, sans leur faire plus d'injure qu'aux Apôtres : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas! »

Sans doute, il est inépuisable, et l'étudiât-on par l'esprit et le cœur une vie entière, on ne le connaîtra jamais assez. Il y a plus cependant. C'est un fait étrange, mais indéniable, et d'ailleurs bien significatif, que l'oubli universel de Jésus Christ, que l'effacement plus ou moins complet de sa divine figure dans la pensée de l'incrédule et — chose plus triste — dans celle de beaucoup de fidèles. Quand l'incrédule daigne s'occuper de religion, quand il conçoit à sa façon le christianisme pour le refuser et le combattre ; regardez-y de près. A ce christianisme imaginaire, il

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manque presque toujours Jésus-Christ; le paysage est sans lumière, le corps sans àme. Observez de même nombre Je croyants. Leur foi languit, leur conscience hésite ; contraints et le cœur serré, ils se traînent sous le devoir comme sous un fardeau qui les écrase. Que leur manquet-il? Ce qui leur donnerait des ailes, 1 idée vraie, le sens pratique de Jésus-Christ. En vérité, on serait induit à croire que le grand artifice du démon consiste à eiïacer Jésus-Christ de l'esprit des hommes, de l'esprit môme des chrétiens.

Il suit de là, tout d'abord, que, dans la prédication, rien n'est plus neuf. Comme l'Évangile est toujours la bonne nouvelle, Jésus-Christ est la nouveauté suprême, et non seulement à raison de ses profondeurs indéfinies, mais par un eflet de cette force étrange qui va sans relâche le voilant et Téclipsant par le monde. On s'inquiète, et non pas toujours à tort, de rajeunir, de raviver la parole sainte. Le secret est-il donc si difficile ? Volontiers nous le mettrions dans cette simple formule : prêchons Jésus-Christ d'une façon simple, avec cœur et en bon français.

Jésus-Christ fera notre parole neuve ; il la fera éloquente. C'est un axiome que l'éloquence vient du cœur. Docte ou inculte, peu importe : l'homme ne s'élève à cette puissance d'expansion ardente que s'il est plein et possédé d'une passion. Or, pour nous, prêtres, il n'y a qu'une passion permise et possible, bien suffisante d'ailleurs à remplir notre vie, à enflammer avec nous tout ce qui nous approche : la passion, l'enthousiasme pour la personne de Jésus-Christ. L'éloquence de saint Paul est là tout entière ; nous l'avons dit, n'y revenons pas ^ Là sont toutes les espérances de la nôtre. Si modestement doués que nous puissions être, l'amour passionné de Jésus-Christ dénouera notre langue, soulèvera la pesanteur de notre nature, brisera le cercle de glace' dont la timidité nous enveloppe peut-être. Dans notre phrase, même rude et incorrecte, on entendra le cri

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