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Lacordaire. Vingt-cinquième Conférence

2. Montalembert. Le R. P. Lacordaire. (^OEuvres polémiques, t. III.)

les concevoir et à Jes reconnaître, sans qu'il nous manque d'y avoir succombé. Il se fait là, dans notre âme, des révélations soudaines, en partie mystérieuses et capables d'étonner au premier abord. Pourquoi tel et tel savent-ils si bien, analysent-ils si nettement ce dont ils n'ont jamais fait l'épreuve personnelle? D'oià leur vient cette sorte de divination intérieure qui éclaire et achève en eux les résultats de l'observation? Non, pour connaître toutes les faiblesses, il n'est pas nécessaire de leur avoir livré un jour ou l'autre sa liberté vaincue. Il suffît d'être homme, de regarder et de réfléchir.

Car il faut regarder aussi, et joindre l'observation d'autrui à celle de soi-même; or, le temps y est indispensable. Aussi plaindrions-nous volontiers le jeune prêtre engagé dans le ministère de la parole avant de connaître grand'chose autrement que par ses auteurs. Hâtons-nous de le dire pourtant : comme on peut pressentir ou deviner ce qu'on n'a pas éprouvé en soi, ainsi peut-on hâter par la réflexion l'heure de la pleine expérience, en exerçant et en affinant le don d'observation, qui est une part essentielle du talent. Effort indispensable au prédicateur, mais oii il est aidé singulièrement, et par les grâces de son état, et par l'attention à lui-même, et par la vue familière des vérités éternelles qui font la lumière partout. Qu'il travaille cependant à se rendre de plus en plus observateur etsagace. Il n'oubliera pas, du reste, combien respectueux et charitable est le regard qu'il doit plonger au vif des âmes, combien exempt de malice ou de simple curiosité humaine. En ce point comme en tous les autres, qu'il sente en luimême les sentiments de Jésus-Christ. Le prédicateur divin savait et voyait ce qu'il y a dans l'homme, et il n'avait pas même besoin d'observer. Mais ni la toute-science du Verbe, ni les expériences douloureuses dont son humanité était capable, ne le rendaient méprisant ou dur. Tout se résumait pour lui dans ce cri si profond et si tendre : Misey^eor super turbaml Tel doit bien être aussi chez le prêtre le dernier mot de l'expérience : une compassion respec-

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tueuse, immense, et toute dévouée, à proportion même des misères et des plaies que l'observation lui fait découvrir.

Qui pourrait d'ailleurs connaître assez Lien l'homme, s'il prétendait l'isoler de son cadre? Quelle science du cœur est possible sans un réel et vif intérêt pour les choses humaines : organisation sociale et politique, industrie, commerce, beaux-arts, et le reste? Le prédicateur doit y porter une curiosité puissante mais sag-e. Il lui faut prendre et tenir fermement sa route entre deux écueils. Point de préoccupation, point d'attache excessive, au détriment des habitudes surnaturelles d'esprit et de cœur. Mais aussi point d'ascétisme farouche, nul système d'abstention dédaigneuse et quelque peu amère : tentation rare sans doute, mais, après tout, possible chez certains caractères vigoureux et entiers qui, sous couleur d'honorer mieux le surnaturel, inclineraient à faire fi de la nature. Saint Paul, ermite, pouvait demander à saint Antoine si les hommes bâtissaient encore des maisons ; mais saint Paul n'était pas un prédicateur. Tout au rebours, des juges plutôt profanes ont loué Bossuet de s'intéresser grandement à la vie humaine S et réloge est acceptable parce qu'il porte sur une vraie qualité sacerdotale.

Pour le prêtre, en effet, la situation pratique est délicate. Il est, par état, séparé du commun des hommes, afin de n'appartenir qu'à l'Évangile de Dieu^ ; mais il est tenu, par état, de se faire tout à tous. Le voilà donc obligé d'être et de n'être pas tout ensemble étranger aux choses de la vie naturelle. Étranger, il le sera, non par l'ignorance volontaire, moins encore par un dédain formel et absolu, mais par la liberté d'une âme qui trouve plus haut son bonheur propre et son véritable aliment. S'il a l'œil ouvert sur tout ce qui occupe ou émeut les hommes, ce n'est point pour s'en amuser lui-même ou à dessein de leur complaire. Il ne veut que tirer de tout quelque usage dans l'intérêt de leur

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