Esprit de saint François de Sales. Part. II, section
l'unité dans les discours que neus rapporte l'Évangile? — Nous n'aurons aucune peine à répondre. Sans compter que Tordre y est quelquefois manifeste, rappelons-nous que l'Évangile n'est pas — lui-même nous en avertit — la reproduction littérale et intégrale de la parole du Maître ; que, dans une vue supérieure, il a plu à IHomme-Dieu d'enlever à sa doctrine toute apparence de philosophie humaine; que, pour nous, les conditions sont bien différentes; qu'en semant la vérité sans méthode, Jésus-Christ nous a précisément laissé la tâche de la recueillir et de l'ordonner. Aussi Tordre s'impose de toutes parts à notre parole et, parla même, tout d'abord à notre pensée. Sans un vigoureux travail intérieur qui assemble et enchaîne les éléments du discours, pas de clarté facile, pas de simplicité véritable, pas de popularité, pas d'action sur l'intelligence d'autrui. Aussi bien nous l'avons appris de Bourdaloue, la fécondité même s'étend par la méthode, et c'est en disposant que Ton apprend à inventer.
Mais partirons-nous de là pour consacrer comme une loi du genre les divisions énoncées, régulières, géométriques ? La scolastique les avait introduites dans la chaire, et le dix-septième siècle, on le sait, commença do réagir. La Bruyère mit la chose en épigramme ^ ; le P. Gisbert, esprit habituellement sage autant que libre, se prononça pour les divisions voilées, estimant que l'usage de les produire a quasi toujours quelque chose d'artificiel^. Pardessus tout, Fénelon guerroya vivement contre la tradition régnante, et malgré tout le respect dû à cette grande mémoire, il nous semble difficile de ne pas reconnaître dans sa guerre aux divisions apparentes une part d'excès, d'humeur et même de sophisme 3. L'auteur des Dialogues sur ï Éloquence et de la Lettre sur les occupations de l'Académie professait avec raison que l'art triomphe à se cacher, qu'il est « grossier et méprisable » dès qu'il se montre.