e partie, livre I^r, chap. ii
mille formes pacifiques le mouvement de la Ligue, si pur à son origine et dans l'intention du grand nombre. Enfin le chrétien de nos jours a, croyons-nous, cet avantage et cette gloire, d'avoir mêlé plus intimement la religion à toutes ses iiabitudes d'esprit, même artistiques et littéraires, tandis qu'au dix-septième siècle, par exemple, un respect outré la maintenait dans une sorte d'isolement majestueux, mais un peu froid. Voilà peut-être les principaux mérites du catholique moderne, mérites que la prédication doit reconnaître et encourager avec amour, mais d'ailleurs, — il fait bon le dire, — avec cette sobriété délicate, seule capable de garder à la louange sa dignité, sa valeur utile et même son prix. Par ailleurs le croyant ne peut échapper toujours aux influences de l'époque, et, pour l'en défendre, la parole sainte n'a pas trop de tous ses efforts. Quelles sont donc les dispositions fâcheuses qu'il lui oppose de temps à autre, suivant le tempérament ou les circonstances ?
Nous le trouvons parfois attristé, découragé, scandalisé par les épreuves de l'Église et les insolents triomphes du mal. — C'est l'heure de le consoler en l'instruisant, en lui prêchant le vrai dogme de la Providence, le vrai mystère de Jésus-Christ triomphant par la croix, et dans son humanité personnelle, et dans l'Église qui le continue. — Tout au rebours, quel mal ne lui ferait-on pas en nourrissant les espérances, les enthousiasmes frivoles, qui alternent bien avec les abattements et les défaillances du courage ! On s'éprend d'un surnaturel de fantaisie, on s'attache éperdument à je ne sais quelles prophéties sans valeur certaine ; on rêve miracles, revirements inouïs, triomphes soudains et temporels de l'Église. Que dire à ces exaltés d'aujourd'hui, qui seront les découragés de demain quand ils auront vu crouler leurs chimères ? La même chose qu'aux désolés et aux abattus. Disons-leur que la Providence a toujours été sobre de miracles ; que le grand triomphe de l'Église, sa grande victoire sur le monde, c'est leur foi persévérant sous l'épreuve et espérant contre l'espérance même ; qu'il
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faut lutter à uotre poste et dans la fumée du combat, nous reposant sur Dieu seul et sur ses oracles authentiques, d'un avenir qui est, pour Lui, la gloire et, pour nous, le ciel. Par-dessus tout, inculquons-leur sans relâciie le sens ciirétien et surnaturel qui manquait à saint Pierre, le sens de Jésus-Christ glorifié par l'humiliation et victorieux par la défaite. Ainsi cmpècherons-nous l'imagination de prévaloir sur la raison clirétienne, les vues humaines sur la foi.
Tel catholique est plutôt irrité, aigri, porté à la défense du vrai par un mouvement dhumeur belliqueuse et d'impétuosité humaine, catholique de parti et d'opposition plutôt que de foi profonde et de dévouement surnaturel. ■ — Prèchons-lui que Dieu réclame avant tout l'hommage pratique du cœur. Poussons-le à une vie personnelle plus fervente. Montrons-lui là une première suite logique du zèle elle premier triomphe à donner à Jésus-Christ.
Mais le péril redoutable entre tous, c'est encore la langueur, l'affaiblissement sous toutes les formes. Le chrétien nous apparaît par moments humilié dans sa foi même, tenté de se considérer comme d'autres le considèrent, comme moins libre, moins fort, moins hardi que les émancipés qui l'entourent. — C'est alors qu'il importe de relever en lui la fierté de croire, de lui montrer ce que nous sommes, à la suite de Jésus-Christ notre maître : la balayure du monde et en même temps la race choisie, le sacerdoce royal, la vraie élite de 1 humanité. Nous l'avons vu et nous y reviendrons encore*. A notre sens, la prédication contemporaine a peu de thèmes oii il lui convienne d'insister plus.
Trop souvent enfin la vigueur de l'âme est amollie et comme détendue par cette étrange antipathie pour l'absolu, le plus triste signe et le plus fâcheux peut-être du marasme intellectuel de notre siècle. Concessions à outrance, illusion de ramener les esprits en amoindrissant le vrai, tolérance doctrinale, aussi folle et coupable en soi que latolé-