Apocalypse, xiv
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Au reste, l'impiété contemporaine offre en ce point au prédicateur une difficulté spéciale, mais, parla même, une ressource et un élément de nouveauté. N'est-ce pas chose frappante et matière tristement féconde, que son effort pour mettre à néant l'etfroi du dernier passage, pour effacer partout ridée chrétienne de la mort? On tâche à grand hruit de se faire accroire à soî-mème que la mort impie est un acte de courage, pour représenter l'effort du prêtre sur le mourant comme un attentat à la liberté, comme une odieuse exploitation de la faiblesse. De là, et l'infernale institution des Solidaires, et les funérailles dites civiles, et jusqu'à l'incinération récemment condamnée par l'autorité ecclésiastique ^.
Rien d'instructif comme cette lutte désespérée contre la nature et les derniers restes de foi. Mais il faut détruire le prestige de force morale dont s'enveloppe ce brutal désespoir. Combattons-le hardiment et habilement, suivant la disposition des âmes, quelquefois à visage découvert, quelquefois incidemment et sans allusion directe. Aidons-nous de l'observation et du raisonnement, pour démasquer l'orgueil stupide, la peur, le respect humain, toutes les lâchetés qui se cachent sous ces bravades sinistres. On ose dire que la foi aux peines éternelles arrête quelquefois le dévouement et fait reculer le chrétien devant une mort généreuse. Montrons par les faits que cette faiblesse déshonorante suit, non pas toujours, mais bien plus souvent, la crainte de tout perdre avec la vie; qu'en face d'un péril ou d'une calamité publique, les croyants ne sont point, d'ordinaire^ les premiers déserteurs. Et quelle ignorance peut accuser ici la foi? Fùt-il mal préparé à subir le jugement de Dieu, le chrétien, mis en présence d'un dévouement soudain et fatal peut-être, ne sait-il pas qu'il y peut trouver l'expiation et le salut? Non, quoi qu'on fasse, la mort demeure à jamais le grand prédicateur et le grand
1. Décret de la congrégation de l'Inquisition, 19 mai 1866. — Cf. Monsabré, l'Extrême Onction, 1885.
apologiste. A nous de lui faire parler son vrai langage, langage exact, grave et sobre, où nous avons peu à mettre du nôtre, où le principal est, pour nous, d'entendre et de méditer la leçon des choses, puis de la reproduire sans littérature et sans apprêt.
Pour qui prêche le jugement général, rien de mieux à faire, ce semble, qu'une ou deux homélies sur le texte si riche de l'Evangile. S'agit-il du jugement particulier, thème excellent pour inquiéter la fausse conscience, nous ne tiendrions pas, quant à nous, à une certaine mise en scène pourtant assez ordinaire. Est-il nécessaire, par exemple, de dresser un tribunal, d'y convoquer le démon comme accusateur et le bon ange comme avocat? Gardons plutôt cet appareil pour des auditoires encore animés d'une foi très simple. Encore inclinerions-nous, sans acception d'écoutants, à préférer, comme bien moins aventurée et même en soi plus redoutable, l'idée du face à face avec Jésus-Christ seul, avec le Juge, peut-être en ce moment impassible et froid comme la justice. Quel admirable développement pourrait sortir de ce vœu de l'Eglise au mourant : Mitis atque festivus Christi Jesu tibi aspectus appareat * ! Quelle veine féconde dans la paraphrase de quelques tercets du Dies irœ, pour faire saillir l'universalité du jugement et son exactitude inexorable !
Mais s'il convient d'observer ce que nous avons noté plus haut des précautions générales à garder en ces matières, c'est à propos de l'enfer surtout, de l'enfer oh se dit le dernier mot de la justice et d'oij sort la crainte avec la fumée du puits de l'abîme. C'est là qu'il faut aller avant tout au certain, à ce qui est de foi; et certes ce qui est de foi est assez terrible. C'est là qu'il convient d'affirmer fortement, gravement, avec l'insistance et le calme d'un glas funèbre. Qu'on cite en fidèle rapporteur les paroles de Jésus-Christ, des Pères, des Saints, des grands Ascètes, rien que d'authentique, rien dont on n'indique la source et la