‹ La prédicationChapitre 190 sur 218 · Renan, le Livre de fol. Préface · texte numérisé non relu

Renan, le Livre de fol. Préface

3. Hovelacque, conseiller municipal de Paris, présidant une cérémonie funèbre, 12 juillet 1886.

l'auditeur 455

doxe échafauder l'idée quelconque d'un devoir? Ainsi le courage à se passer d'espérances n'est que la lâcheté suprême, puisqu'il autorise immédiatement toutes les lâchetés. La logique le proclame et les faits en rendent témoignage. Voilà ce que la prédication peut dire éloquemment; mais elle sera pUis éloquente encore si, en regard de ces débauches d'esprit, elle place la vive image de l'espérance chrétienne, sa force et sa noblesse telles qu'elles éclatent surtout à la dernière heure du croyant. Après l'invective trop méritée contre les fanfarons de désespoir et les épicuriens mal déguisés en stoïques, elle n'a qu'à présenter, non pas une peinture idéale, mais le récit au vrai de quelque mort pieuse. Inutile, après cela, de raisonner pour montrer de quel côté se trouvent le courage et la grandeur.

Mais il faut pousser les fidèles au delà même de l'espérance rigoureusement nécessaire, à la confiance qui en est la consommation, comme l'esprit de la foi est celle de la foi commandée. Confiance en Dieu : espérance pratiquée dans toute son extension logique; espérance appliquée, non plus seulement au salut et à la grâce indispensable, mais à tous les détails de la vie surnaturelle, voire même de la vie naturelle, pourvu qu'on la considère toujours comme subordonnée à l'intérêt du salut. Rien de plus glorieux à Dieu que ce continuel hommage à sa Providence, à sa paternité pratique. Par la confiance, on compte sur Lui comme sur un ami, et c'est de quoi l'amitié s'honore le plus. Jésus-Christ, Notre-Seigneur, en faisait la condition ordinaire de ses miracles, et que de miracles ignorés du monde s'obtiennent encore par là tous les jours ! N'est-ce pas d'ailleurs le dernier effort que Dieu nous demandera en ce monde? Ne sachant pas absolument si nous sommes dignes d'amour ou de haine, n'est-ce point dans un acte de confiance que nous aurons à mourir? Ce sentiment est doux au cœur, mais dans ses résultats plus que dans son exercice. Là, c'est plutôt une passion forte, étroitement liée au courage à titre de cause et d'effet. Le courage grandit

par la confiance. « Dieu est ma lumière et mon salut : qui craindrai-je * ? » La confiance, d'autre part, suppose le courage, l'eff'ort constant de la foi pour dépasser, pour démentir même les apparences, pour se maintenir inconfusible parmi les silences et les éclipses volontaires de Dieu.

Et voilà oij la prédication doit mener les âmes, en leur développant avant tout le grand dogme de la Providence. En ce point, que de choses à leur apprendre ou, tout au moins, à leur éclaircir ! Elles savent que rien n'arrive sans l'ordre ou la permission du Père céleste. Elles Le savent toute sagesse, toute vigilance, tout amour. Mais soupçonnent-elles ce qu'il y a dans cet axiome de foi et même de saine philosophie ? En possèdent-elles les conséquences pratiques avec cette ampleur, cette netteté lumineuse qui les enivrerait de force et de joie?

Il est donc vrai : du même acte indivisible, du même regard sans distraction ni confusion, du même amour sans partage qui l'affaiblisse. Dieu voit, suit et fait en qualité de cause première tous les événements de ma chéti ve existence, comme la marche universelle des choses et les destinées de la Sainte Église. Oui c'est bien le même acte, un et simple en soi, bien que s'épanouissant en effets extérieurs innombrables, qui dirige tout à la glorification de Dieu, par Jésus-Christ, par son Église, par ses élus; et qui, tout ensemble, soutient le passereau près de tomber et compte les cheveux de ma tête. Ignoré sur terre, n'y comptant pas, à peine trouverai-je cent ou dix personnes pour s'intéresser à mon sort. Dieu s'y intéresse. Dieu est appliqué tout entier à me suivre et à me conduire ; car, encore une fois, cette application sans effort ne se divise pas plus que l'essence divine elle-même. Vérités élémentaires et pourtant sublimes. Bossuet proteste de son mépris pour les philosophes qui font Dieu auteur d'un certain ordre général d'où le reste se démêle comme il peut. Nous plaindrons plutôt cette ignorance mal avisée autant que superbe, funeste à

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