Sermon pour Noël
2. ... Quod audivimus, quod vidimus oculis nostris, quod perspeximus et manus uostrae contrectaverunt de Vcrbo vitse... (I Joan., I, 1.)
non pas mieux, — serait-ce possible ? — mais d'un amour spéciflquement nouveau et dont je serai plus touché parce que j'en porte au cœur l'expérience. Dès l'éternité, le Verbe m'aime en Dieu ; pour l'éternité, si je le veux, Jésus m'aime en homme. Dans sa vie mortelle, cet amour a eu tous les caractères du mien et jusqu'à ses faiblesses innocentes, le désir, l'anxiété, la souffrance. J'ai le droit de lire à coup sûr dans ce cœur d'homme qui est le cœur d'un Dieu, et j'y lis qu'il m'aime plus que je ne sais faire mais de la même façon. La foi m'avertit de sentir en moi les sentiments de Jésus-Christ; elle ne m'avertit pas moins de sentir en Jésus-Christ tout ce qu'il y a de légitime et de pur dans mes sentiments propres. Vérités premières, vérités saisissantes. Mais sont-elles assez famihères au chrétien ? Est-ce bien là ce qu'il entend le plus souvent descendre sur lui de la chaire sacrée? Est-il impossible que sa vie s'écoule tout entière sans qu'on lui donne jamais de tout cela une idée assez précise et assez complète? Cependant que lui dire de préférence ?
Et maintenant la raison d'être, la clef de toute la vie de Jésus-Christ, c'est ce double amour qu'il me porte, oui qu'il me porte à moi distinctement et personnellement, à moi, chétif et inconnu qui n'aurai peut-être pas eu sur la terre l'affection de dix âmes humaines. Comme il ferait bon redire ici sans lassitude ce que nous rappelions tout à l'heure de l'indivisible amour de Dieu î Les grands actes de Jésus-Christ ne se partagent pas plus que sa personne. Ne pensons pas : « J'ai part à sa Rédemption, à son sang. » Non, tout son sang est à moi, toute sa Rédemption est à moi, comme toute sa personne dans la sainte communion par exemple. H y a plus, son intention est indivise comme ses actes : avant tout, son intention divine; par suite, son intention humaine associée à l'intention divine sous la lumière que le Dieu communique à son humanité. Il a voulu agir, souffrir, mourir pour moi comme pour tout le genre humain ensemble. Il ma vu distinctement et appelé par mon nom; il m'a dédié, à moi qui n'étais pas encore
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les souffrances qu'il endurait pour moi. Elles sont donc à moi dans l'intention comme dans le bénéfice, dans l'acte comme dans le fruit. Quelle source de reconnaissance et d'amour !
Là est bien du reste la lumière de toute la vie de l'Homme- Dieu. C'est bien son amour pour moi qui doit m'expliquer, me colorer d'un éclat victorieux et doux sa vie cachée, sa vie publique, sa vie soutFrante. C'est cet amour, attentif à m'instruireet jaloux de se dévouer sans réserve, qui a fixé, par delà les exigences de la Rédemption, ce programme de douleur, de honte et de sang, écrit dès l'éternité dans les décrets célestes et proposé à la libre obéissance de Jésus ; en sorte qu'il s'est offert parce qu'il l'a bien voulu ^ et que tout ensemble il s'est fait une nécessité de tout souffrir et d'entrer par là dans sa gloire 2. C'est son amour pour moi qui me rend raison, et des miracles de sa vie eucharistique, et de sa médiation continuelle au ciel où il vit toujours pour intercéder en ma faveur, et de cette influence actuelle, incessante, qui fait couler aux veines de mon àme la sève, le sang de la vie surnaturelle.
La prédication dira toutes ces choses ; elle les montrera résumées dans le cœur adorable de l'Homme-Dieu, et, comme saint Bernard, une fois arrivée à cet objet tout aimable, elle ne s'en laissera pas distraire qu'elle n'en ait fait jaillir la flamme ^.
Le Sacré Cœur est comme le centre de Jésus, centre luimême de toutes choses ; le Sacré Cœur, c'est éminemment Jésus sujet, modèle et victime de la charité ; mais encore et par suite, rien n'est plus puissant à mettre ce feu dans l'âme fidèle. Prèchons-le donc et beaucoup, mais en toute solidité de doctrine, en toute probité de sentiment. Com-