Sur l'amour des pauvres, Discours xvi
le seul qui vaille pour le ciel en élevant la bienfaisance à la hauteur sainte Je la charité. Jésus-Christ présent et souffrant dans les déshérités du monde : c'est par oii saint Ciirysostome argumentait contre le luxe et ses folies cruelles*, c'est oij Bossuet fondait l'é?ninente dignité des pauvres dans l Eglise^. L'indigent devenu pour nous un Jésus-Christ visible : voilà sa garantie et sa gloire, gloire telle qu'il faudra, comme saint Augustin, se préoccuper de le défendre contre l'orgueil-^. Aussi ferons-nous ressortir l'admirable économie inventée par la Providence. Au riche nous intimerons de la part de Dieu le devoir rigoureux de l'aumône. Au pauvre nous dirons : « Ne touchez pas aux biens du riche, n'y prétendez pas votre part comme une dette. Le riche doit l'aumône, mais c'est à Dieu qu'il la doit ; le droit correspondant à l'obligation du riche ne réside pas en vous; il est en Dieu, w Qu'on fasse régner cette économie sur terre, et c'est alors qu'il n'y aura plus de question sociale.
Nous prêchons des sermons de charité : admirable occasion de relever jusqu'à ces vérités salutaires l'auditeur souvent plus indigent dans son àme que les malheureux pour qui nous l'implorons. Dans ces discours d'apparat, parmi le bizarre déploiement d'élégance mondaine qui les accompagne d'ordinaire, quelle éloquence vaudrait celle d'un catéchisme sérieux sur le mystère providentiel de la pauvreté et de la richesse, un rappel vigoureux des lois premières et de l'esprit fondamental de la charité?