Jérémie, xxxi, xxxiii
9. Bossuct [Oraison funèbre de la reine d'Angleterre), traduisant saint Grégoire de Nazianze [Panégyrique de saint Athanase).
est possible, et notre La Fontaine, qui l'admirait comme un génie, eût mieux fait de le reconnaître pour un cœur déjà tout pénétré de l'onction évangélique *. Quant à Ezéchiel, il tranche sur les autres parla puissance de l'imagination, par une verve quelquefois exubérante -, par une énergie allant volontiers à la crudité, par une véhémence poussée au terrible ^. Ainsi les hommes sont divers et, par suite, les époques le sont également. Dans son ensemble donc, le Prophétisme aura une sorte de jeunesse, de splendeur et de décadence qu'une vue attentive permettra d'apprécier*.
Mais entre les conséquences du principe, voici la plus pratique et pour nous la plus intéressante. La nature n'étant pas absorbée par l'inspiration, le prédicateur inspiré doit, aussi bien que nous qui ne le sommes pas, mettre au service de sa mission surhumaine toutes les ressources, toutes les énergies de son activité d'homme. En d'autres termes, il doit faire un emploi constant de l'art, du vrai et grand art, qui n'est, après tout, que le déploiement réfléchi et discipliné de toutes les puissances expressives.
Notons d'ailleurs que tous les moyens ou procédés lui sont bons pourvu qu'ils aillent au but. Le Prophète parle en prose ou en vers ; il prêche à toute heure favorable, ici ou là suivant l'opportunité, aux champs, dans les rues, sur les places, à la cour, dans le vestibule du Temple ou dans celui de la prison. Au besoin, il écrit ou dicte, soit pour conserver ses oracles ou instructions morales, soit par simple impuissance de parler. Ainsi fait Jérémie prisonnier, (c II proférait de bouche tous ces discours comme s'il les
i . Baruch, iv.
2. On a justement observé qu'Ezéchiel s'étend et appuie de toute sa force là où d'autres ne font qu'indiquer d'un trait plus rapide. On peut comparer son chapitre xxxix<^ avec les versets 5 et 6 du xxxiv^ d'Isaïe, et sa prophétie contre Tyr (chap. xxvii, xxviii) avec celle du même Isaïe (chap. xxiii).