‹ La prédicationChapitre 201 sur 218 · De Doctrina christiana, t. IV, p · texte numérisé non relu

De Doctrina christiana, t. IV, p

LE PRÉDICATEUR, l'hOMME DE DIEU 5.05

La Bruyère aiguise une épigramme contre lesrécitateurs* ; le P. de La Rue dirige contre eux presque toute la préface de ses sermons, et Fénelon abonde dans le même sens 2, avec une pointe d'excès et de paradoxe justement relevée par M. Feugère ^.

Allons au fond des choses. Le discours écrit et appris par cœur ne saurait être la forme première et naturelle de la parole, encore moins de la parole apostolique, vive et spontanée entre toutes. On ne peut guère le concevoir qu'à titre d'expédient, de ressource in extremis. Mais à tout prendre, il est bien des cas où l'expédient s'impose. Nombre de prédicateurs ne sont pas capables de s'en passer, et, sans nous prononcer entre ceux qui estiment qu'on prêche trop et ceux qui pensent qu'on ne saurait trop le faire, nous avouons de bonne grâce que l'enseignement chrétien serait bien appauvri s'il fallait le permettre aux seuls improvisateurs. Tenons compte aussi des conditions matérielles de la parole : haute chaire, grand vaisseau, assemblées nombreuses, toutes choses qui rendent difficile la prédication familière et improvisée. N'oublions pas la prédominance du sermon-thèse et l'exactitude peut-être plus que jamais rigoureuse à quoi nous obligent l'ignorance de plusieurs ou leur hésitation dans la foi. Tout cela reconnu il y aurait grave imprudence à condamner absolument la composition écrite. Aussi bien, fùt-on réduit comme Massillon à réciter sans changer une syllabe, cette servitude, en soi, très fâcheuse, n'entraîne pourtant pas nécessairement la froideur et le faux dans le débit. Composons comme on le doit, dans le ton de la conversation soutenue; en écrivant, ayons notre auditeur sous les yeux, et ne cessons de le prendre à partie; à ce compte,

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