Bourdaloue, l'^^ partie, ch. i. n
mais à ce compte seulement, nous pourrons rester fidèles à notre texte sans être induits à le psalmodier.
Toutefois, l'orateur doit et il peut toujours s'assurer une allure moins contrainte. C'est chose pénible que de dépendre absolument delà mémoire, au point de ne savoir où se reprendre, si le fil vient à se briser un instant. Par contre, l'improvisation absolue, la parole sans préparation aucune, est un tour de force auquel un orateur sérieux ne se hasardera jamais que s'il ne peut autrement faire. Entre ces deux extrêmes, se trouve le point où tous doivent s'efforcer d'atteindre, l'aisance à parler après avoir élaboré mentalement son sujet ou jeté sur le papier quelques notes. Tout le monde voit là l'idéal, et nous sommes persuadé, quant à nous, que tout le monde en est capable, du moins au bout d'un certain temps d'exercice. Qu'y faut-il après tout? Un riche fonds de doctrine et de pensées : c'est affaire de travail et de méditation habituelle : une prompte facilité d'expression : c'est le fait de qui a commencé par beaucoup écrire et dans le ton vrai de la haute conversation oratoire. Ajoutons qu'il peut être grandement utile d'avoir par devers soi, à Tétat de rédaction complète, sinon des discours entiers, au moins des fragments de quelque étendue sur les thèmes les plus usuels, sur ce qu'on pourrait nommer les grands lieux communs de la prédication. Qu'un prêtre ait peu à peu mis par écrit quelque chose des points essentiels de la religion mystères et sacrements, vérités redoutables ou consolantes, vices capitaux ou vertus chrétiennes. Qu'il ait sur tout cela, non de simples notes, mais des développements vraiment achevés, des paraphrases de l'Écriture poussées au delà d'une simple esquisse, des parties d'exposition doctrinale rédigées avec précision. Le voilà riche de matériaux excellents qu'il transportera aisément d'un discours à l'autre : base solide oià s'appuiera l'improvisation, points