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gg LES MAÎTRES
de la nature humaine s'accusant dans le langage humain *. Par contre, cette parole de Jésus-Christ tranche absolument sur toutes les autres. Aucune ne l'égale, de plus aucune ne lui ressemble. Elle ne les dépasse pas seulement par un assemblage plus heureux de tous les éléments de perfection ; elle ne s'en démêle pas seulement par cette originalité vigoureuse qui honore les génies et les diversifie entre eux sans les élever au-dessus de l'homme. La parole de Jésus-Christ reste, par certains côtés, absolument isolée de toutes les autres ; elle présente certains caractères uniques, réservés, inimitables. Impossible de ne point la ranger parmi les paroles humaines, mais impossible de ne point reconnaître qu'elle forme à elle seule une espèce à part. Encore une fois il ne faut, pour l'avouer, qu'un peu de sens esthétique et oratoire, une légère expérience de l'homme et de son parler.
L'incrédule voit le fait, note la contradiction apparente, et tremble de conclure; pour nous, croyants, tout s'explique, tout est lumière. Dans ces deux éléments quasi contradictoires qui font l'éloquence de Notre-Seigneur, nous retrouvons, comme dans tous ses actes et dans toute sa manière d'être, la marque, l'expression fidèle de ses deux natures et son attention accoutumée à les établir toutes les deux. Notre parole humaine est double et une comme nous-mêmes; l'enveloppe sonore et la pensée n'y font qu'un pratiquement, comme en nous personnellement le corps et l'âme. De même, le langage théandrique manifeste par lui-même un dualisme plus étrange et une plus haute unité : deux natures en une personne, l'homme et Dieu en un seul et même sujet parlant. Cette parole bien entendue nous acheminerait peut-être à soupçonner l'Incarnation; mais surtout l'Incarnation connue d'ailleurs est seule capable de bien expliquer cette parole. Par une extension et apphcation légitime du mot de saint Paul,
1. Ainsi juge Saiule-Bcuve entre- autres. [Nouveaux Lundis, t. III, p. 924.)
nous pouvons dire que là, dans ce langage humain et surhumain tout ensemble, on voit déjà paraître et reluire l'humanité de notre Dieu Sauveur *,
Et voilà les deux parties de notre étude : côté humain et côté surhumain de l'éloquence théandrique ; l'un imitable de plein droit et pour chacun selon ses forces, l'autre inimitable à tous, mais encore fécond en leçons pratiques. Daigne le Prédicateur divin nous aider Lui-même à les recueillir !
Côté humain de la parole théandrique. — Jésus-Christ met toute son âme dans sa parole et satisfait ainsi toute la nôtre. — Intelligence : rapprochements, comparaisons, paraboles. — Lviagina" Tiox : peinture précise, utile, sobre. — Le lis et Salomon. — Volonté : noblesse, convenance, à propos. — Jésus-Christ jjolémiste : il maintient le vrai ; il ménage la bonne volonté faible ; il ne cède rien à la mauvaise foi, il Ihumilie. — Sensibilité : pathétique indirect, peinture du sentiment ; pathétique direct. e.\pression du sentiment personnel. — F'orce et mesure. — L'àme de Jésus-Christ vue d ensemble.
Jésus-Christ est homme, il est l'homme pariait -. Sa parole exprimera donc au naturel et au complet une âme d'homme, mais quelle âme ! combien puissante et ordonnée ! En l'écoutant on verra se déployer toutes les facultés humaines dans un concours incessant, mais parfaitement harmonieux ; d'oii il suit que toutes les facultés de l'auditeur seront satisfaites à la fois, toute son âme saisie et dominée. Loi première de l'éloquence, de la prédication par conséquent.
A notre intelligence, l'intelligence de Jésus-Christ offre le vrai, le vrai sublime en soi — nous y insisterons ailleurs — mais rendu accessible et populaire.
Nous ne connaissons que par succession et enchaînement d'idées, mais de plus nous ne concevons l'immatériel
1. ... Humanilas apparuit Salvatoris nostri Uei.. ^Tit., ni, 't.)