Perfectus homo. (Symbol. Alhauas
que par le sensible : c'est notre double infirmité *. Le Maître, qui a daigné la faire sienne, s'y prête avec une condescendance devenue pour lui nécessité de nature. Homme parlant à des hommes, il procède par de perpétuels rapprochements, par une perpétuelle comparaison entre le monde des esprits et celui des corps, entre la vérité abstraite et l'emblème visible. C'est le caractère de tous ses discours ; mais surtout de ses paraboles ^. « Il voulait par là soulever doucement son auditoire et lui faire voir dans les images les plus sensibles et les plus familières la vérité la plus haute et la plus rude morale. Le semeur, le grain de sénevé, le levain mêlé à la pâte, le (iguier stérile, le champ moissonné, le cep entouré de sarments, sont comme des symboles permanents de la vie spirituelle, de ses œuvres, de ses périls, de ses espérances, de sa fin suprême. Ce sont les besoins de chaque âme signalés dans le spectacle que la nature offre chaque jour ; c'est l'esprit rendu présent par les fonctions du corps ; c'est la vie domestique servant d'introduction à la vie chrétienne ; c'est le temps, avec ses ombres, ses intérêts, son langage, devenu comme le vestibule transparent de l'éternité... Jésus a fait de la nature le miroir fidèle de la grâce... Il a, du même style, élevé la terre et abaissé le ciel, opérant leur réconciliation par ses paroles et faisant sentir jusque dans ses images et ses expressions l'œuvre de l'Homme-Dieu ^. »
Les paraboles évangéliques entrent comme de plainpieddans l'intelligence parce qu'elles sont faites d'images connues, populaires. Sur les trente-deux tj'pes complets qui no us ont été transmis, neuf sont empruntés à Tagri-
1. Chose étrange ! I/orgueil rationaliste essaye parfois de nier ce besoin du sensible et de nous transformer en purs esprits (voir Mgr Landriol. /(' SyniholLsinc. Introduction et livre III, ch. i). — Notre-Seigncur n a pas donné gain de cause à ce paradoxe. C'est qn il savait ce qu'il y a dans l'homme. (Joan., ii, 25.)
2. Sine parabolis non loquebatur e/s. (Mat., xiii, 3'f.) 2. Besson. L'Homme-Dieu. Si'^ conférence.
culture, un à la pêche, deux aux détails domestiques, reuf à la famille, sept aux rapports sociaux les plus ordinaires, trois à l'idée de roj^auté : toutes choses prises le plus près de nous qu'il est possible et comme sur le vif de l'expérience quotidienne ^
Et voilà bien du reste la manière de tous les maîtres, depuis saint Augustin jusqu'à J. de Maistre par exemple. Voilà bien la suprême visée du talent qui se connaît, qui entend sa mission véritable et sa véritable gloire. Elles ne sont pas à jouir de lui-même, à se complaire dans les belles abstractions dont il est capable, mais à rendre la vérité accessible, à la monnayer, pour ainsi dire, en faveur et à l'usage des plus humbles esprits. C'est le devoir de tout homme qui parle ; à plus forte raison, du prédicateur, puisqu'il a plus ou moins charge d'âmes. 11 se peut qu'il y ait là un sacrifice d'amour-propre vulgaire, mais qui tournera comme tous les autres à son honneur. Est-ce humilier l'intelligence? — Non, mais la prendre telle qu'elle est, mais en exploiter toutes les ressources. Craindrait-on d'abaisser la vérité en lui donnant cette parure familière ? — On la grandit bien plutôt, en la rendant communicative et par là même victorieuse. Qu'on ne s'y méprenne point d'ailleurs, il faut pour cela qu'on la possède à fond, non pas en elle-même seulement, mais encore dans les relations avec tous les ordres d'objets. L'expression abstraite et métaphysique peut aller avec la demi-science; l'expression saillante, sensible, populaire, ne va qu'avec la science consommée. Recueillons cette leçon du Prédicateur divin. Nous ne parlerons pas comme Lui en paraboles; — il a pour le faire une grâce inimitable ; — mais comme Lui nous donnerons à la vérité un corps palpable et des couleurs voyantes. Grand secret pour être vivant et neuf.
Est-il besoin d'ajouter que les paraboles sont d'une justesse, d'une exactitude parfaite jus jue dans les moindres
1. Pauvert. Vie de Notre-Seisneur Jésus-Christ, livre XI, cli iv.
détails * ? Par là s'achève la satisfaction propre de l'intelligence, l'aliment qu'on lui offre élant de tout point substantiel et vrai. N'insistons pas non plus pour le moment sur la façon dont Notre-Seigneur atteint et gouverne la raison proprement dite. Sa logique sans apparence de méthode et comme tenue sous le voile est chose à part et qui rentre bien plutôt dans les côtés surhumains de son éloquence. Il nous suffît présentement que cette éloquence donne pleine satisfaction à tout ce qu'il y a de droit, de juste, de sensé dans l'intelligence humaine, qu'elle brille de cette splendeur de bon sens, qui est au moins le premier élément du génie.
Mais nous n'avons pu le reconnaître sans voir du même coup ce que I'imagination de l'Homme-Dieu fait pour la nôtre. Et n'est-ce pas cette puissance d'ordre inférieur qui jouit la première de tous les spectacles empruntés au monde sensible ? Oui, le Maître a daigné avoir de l'imagination et en faire usage. Usage tout aimable et qui s'attache de préférence aux objets les plus riants, le soleil, la lumière, les oiseaux, les fleurs; fraîcheur dame, gracieux tour d'esprit qui se retrouveront plus tard dans un saint François d'Assise ou un saint François de Sales.
Voici mieux que la grâce. En même temps que le Prédicateur divin nous propose un objet agréable, il l'accuse et le fixe devant nos yeux par des traits voyants et familiers, qui en achèvent la monographie mais qui, avant tout, servent puissamment la pensée. Ainsi limagination remplit-elle tout son vrai rôle, précieuse auxihaire de l'intelligence, merveilleuse ouvrière du vrai.
Voyons-la donc à l'œuvre. « Considérez les lis comme ils croissent. Ils ne travaillent ni ne filent 2. » — Trait de bon sens origninal et qui porte à sourire. Pourquoi ? Parce qu'il éveille en nous la supposition contraire et nous
1. L abbé Pauverl en justilie trois contre certaines critiques : la Robe nuptiale, 1 Econome inlldèle. l'Enfant prodigue. {Vie de Notre- Seigneur Jésus-Christ, livre XI, ch. vi.)