‹ La prédicationChapitre 34 sur 218 · Luc, xi · texte numérisé non relu

Luc, xi

donne le plaisir de la corrig-er en idée, — « Or je vous le dis : jamais Salomon, dans toute sa gloire, n'a été vêtu comme un d'entre eux. » — Ici la pensée monte et sans effort, en présence d'une image nouvelle, grandiose, faisant avec la grâce du début un contraste soudain mais naturel et de haute poésie; image empruntée d'ailleurs aux souvenirs les plus glorieux, les plus cliers à l'amourpropre national. Puis brusquement la scène change. Qu'est devenu ce lis, plus magnifique dans sa blanche parure que le plus magnifique des rois d'Israël ? Une herbe, un foin vil, aujourd'hui debout sur le sol, demain séché et bon à jeter au four. Nouveau contraste, détail précis, vulgaire, presque brutal, qui dépoétise le tableau ou. pour mieux dire, en transforme la poésie, car il jette sur la grâce et l'éclat de tout à l'heure un nuage de dédain. En deux versets, l'Evangile nous a présenté trois images saisissantes et communiqué trois impressions diverses, mais pour ouvrir nos âmes à la moralité finale et la fortifier d'autant.

Autre exemple tout semblable. « Est-ce que deux passereaux ne se vendent pas un sou ? Et pourtant ni l'un ni l'autre ne tombe à terre sans que votre Père céleste s'en mêle 1. » Admirons des deux parts le mouvement aisé, puissant, rationnel, del'imagination du Maître, nous entraînant d'un spectacle à l'autre pour nous établir d'autant plus fermement dans la possession d'une vérité. Jésus- Christ consacre et exploite tous les symbolismes naturels, il en crée d'autres, ineffaçables désormais dans la mémoire des hommes 2. Le bon grain et l'ivraie, la brebis et le loup signifiaient déjà bien par eux-mêmes le juste et le pécheur mêlés ici-bas. Mais qui eût osé comparer un Dieu à la poule rassemblant ses petits sous ses ailes ou au cep envoyant la sève à ses rameaux vivants qui sont des âmes ? Notre-Seigneur a pour jamais fixé dans notre esprit ces

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