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Voir Mgr de la Bouillerie, le Symbolisme de la nature

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fortes ou riantes images : c'est le chef-d'œuvre de l'imagination revêtant les plus hautes pensées d'un vêtement tout populaire et qui les fait reconnaître de tous.

Imagination, faculté légère et souvent aussi trompeuse que brillante. Ici vous la trouvez sobre autant que prompte et active. Devenu, au même titre et par les mêmes yeux que nous, spectateur des choses sensibles, Jésus-Christ en use toujours, il en jouit môme pour en user mieux, mais il ne s'eu amuse jamais. Il goûte et sent la nature, sans dédaigner les harmonies qu'elle peut avoir avec telle ou telle disposition de son âme ; ainsi choisira-t-ilpour prier le silence delà nuit et le calme des grands monts solitaires. Mais, chez cet homme parfait, tout se tourne au pratique. Il sème ses discours de quelques fleurs simples cueillies en passant dans la plaine ou dans la vallée ; il le fait pour honorer, pour satisfaire la nature humaine chez ceux qui l'écoutent et chez lui-même aussi. Mais ne lui en demandons pas davantage ; n'attendons pas de lui la poésie de pur agrément, les longs tableaux déroulés par complaisance et pour le seul charme d'imaginer et de sentir. Encore une fois l'âme de Jésus est celle du plus grand artiste qui puisse être ; elle voit et goûte le phénomène avec une puissance de compréhension où nous ne saurions atteindre ; mais elle le rapporte d'un mouvement spontané à un ordre supérieur de choses, à Ihomme qu'il symbohse, à Dieu créateur. Le lis parle aux yeux du Sauveur comme aux nôtres, mais pour élever sa pensée à la pourpre royale moins belle que la fleur, et à Dieu même qui, de ses mains, donne à la fleur cette parure. Pour nous, prédicateurs, l'enseignement est manifeste et nous n'avons que faire d'y

appuyer.

Après l'intelligence et l'imagination, la Volonté réclame de la parole son aliment propre, c'est le bien, le juste, l'honnête, c'est tout ce qu'il y a de délicat, de noble, de généreux. Omettons encore ici le fond des choses, la rectitude et l'élévation de la morale que Jésus prêche ; ne prenons garde qu'à la forme et au ton. Quelles mœurs

oratoires ! Quelle âme s'exprime ainsi naïvement dans la parole d'ailleurs la moins étudiée, la moins ambitieuse, la moins attentive à se composer une attitude ! Rien que de simple, mais rien qui sorte de la dig'nité parfaite. Plus de ces actions étranges qui nous étonnent chez les Prophètes. Dans le discours, pas un trait violent ou même excessif, pas un instant où la familiarité descende trop bas ; l'âme se livre tout entière et ne s'abandonne jamais. Quand Jésus-Christ parle ou agit, le juif se montre assez pour attester la nationalité humaine du personnage et confirmer d'autant sa réalité historique ; mais en même temps il s'efface précisément assez pour ne choquer ou surprendre qui que ce soit. Sans se hausser ni se contraindre, Jésus se trouve et se tient au niveau de toutes les civilisations, ou raffinées ou primitives, et ce n'est pas la moindre merveille dans cette éloquence oii toutes les merveilles se ressemblent et se fondent en une harmonie simple, capable de les dérober au premier regard. Mobile autant que ferme, l'âme de Jésus condescend à tontes les âmes; elle s'y plie et s'y ajuste avec une bonté touchante, mais encore avec une aisance qui dénote une admirable souplesse de nature. Notre-Seigneur dit à chacun ce qui lui va, saisit chacun par ses côtés sensibles. Il sait l'homme à fond, il sait en particulier chaque homme, son histoire, ses secrets, toute sa vie, mais ce n'est pas tout ; sauf le péché et les pensées du péché, il se met à la mesure et comme à l'unisson de toutes les âmes ignorantes ou faibles, étroites ou pusillanimes; et de cette science unie à cette condescendance toujours prête se compose un don admirable d'à-propos. L'à-propos est, d'après les maîtres, le suprême de l'art et ce que Fart enseigne le moins. Ou plutôt l'art, en ce point, c'est tout ensemble et la science pratique de la vie et cette belle souplesse d'âme qui suppose la mort del'égoïsme. Exquise et délicate puissance, faite d'expérience et de charité poussée à l'abnégation. Tout prêtre, tout prédicateur, si modeste qu'on le suppose, peut et doit se l'assurer à luimême. Et pour cela que faire ? Etudier l'homme et se dé-

tacher de soi, se revêtir de Jésus-Christ comme dit sain Paul, mieux encore, se pénétrer de Jésus-Christ, sentir en soi ce que sentait Jésus-Christ. A ce compte, il pourra imiter de loin le tact souverain, l'à-propos constant, la dio-nité simple du grand modèle et toutes ces qualités généreuses faites pour ravir la volonté sensible en lui otfrant son objet propre qui est le bien.

Si jamais il devient malaisé de les garder toutes, c'est dans Ja polémique et jusque dans les ardeurs saintes du bon combat. Là est le péril, péril pour la charité, pour la modestie, pour la mesure de la pensée et de Texpression ; mais ne loublions pas aussi, péril pour la fidélité, pour le courage. Or ce serait une curieuse étude que celle de Notre-Seigneur envisagé comme polémiste. Essayons d'en indiquer les principaux traits, d'en tracer brièvement le programme. Chose notable, saint Jean va être ici notre meilleur guide, le doux saint Jean, Thomme du Cœur de Jésus, et pourtant le peintre achevé de ses grandes bittes, de ses grandes mêlées avec les Pharisiens, lui dont l'Evangile est, pour une moitié peut-être, un Evangile de combat.

Voyons donc aux prises avec l'ennemi le tenantde la vérité céleste, le lutteur divin qui ne bataille que pour sauver l'adversaire et ne frappe que pour guérir. On peut, ce semble, dans son allure militante, relever trois traits, pour nous trois enseignements.

Avant tout, en dépit des contradictions et des colères, il maintient résolument, inexorablement, l'intégrité des principes, du vrai. Jamais de concessions quant au fond des choses, nul amoindrissement de la doctrine ou de la loi : rien n'en doit tomber, ni un iota ni une virgule. A titre d'homme, Jésus-Christ n'est que dépositaire et interprète. « Ma doctrine n'est pas mienne, » dit-il ^ En rien supprimer, y rien amoindrir serait une trahison, une prévarication,

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