‹ La prédicationChapitre 4 sur 218 · Luc, IV, 16. — Actes, xvii. 1, 2; xiii · texte numérisé non relu

Luc, IV, 16. — Actes, xvii. 1, 2; xiii

vertu d'une mission personnelle, immédiatement reçue d'en-haut. Il rend des oracles, mais par ailleurs il prêche ; et ses oracles même, le plus souv^ent enveloppés d'exhortations, de reproches, de menaces, peuvent être considérés comme une véritable prédication. Avec lui, des disciples, quelquefois honorés, par extension, du titre qui lui appartient en propre, ont souvent part à l'apostolat, sinon à l'inspiration divine. Tel est le moyen choisi par la Providence pour maintenir le peuple dans le devoir.

Moyen miraculeux et pourtant quasi ordinaire. En effet, bien que la mission prophétique soit, pour ainsi dire, intermittente, encore se reproduit-elle à des intervalles assez rapprochés pour former dans l'histoire comme une chaîne continue. Samuel, Nathan, Élie, Elisée, se touchent d'assez près. A quelque distance apparaissent les premiers dont nous ayons gardé la parole écrite. C'est Jonas, Osée, Amos, Joël, venus certainement ou probablement un siècle après le schisme des dix tribus, deux siècles avant la captivité, ïsaïe, Michée, Nahum, la précèdent de cent ans. Mais cette douloureuse époque est le vrai centre du Prophétisme, et l'on entend, du reste, combien les Juifs punis et dispersés ont besoin d'être soutenus contre le découragement et l'idolâtrie. En 606, date où commence la grande épreuve, il y a vingt-deux ans que Jérémie prophétise ; Daniel, encore tout jeune, est emmené à Babylone cette année-là même; Baruch et Sophonie sont vivants; c'est douze ans plus tard (594) et au milieu même des captifs qu'Ézéchiel recevra sa mission. Après le retour, Aggée, Zacharie, Malacbie, s'inspirent encore des souvenirs du grand désastre, mais dominés par la promesse toujours plus nette du Messie. Puis le Prophétisme se tait jusqu'aux jours de Jean-Baptiste, quatre siècles environ.

Or, avant de voir à l'œuvre les prédicateurs de la Loi ancienne, étudions un instant le ministère lui-même et la situation à part qui en résulte. Sauf des différences faciles à reconnaître, c'est déjà le rôle du prédicateur catholique, et une première idée de ses plus graves devoirs.

La condition du Prophète nous présente quatre éléments notables,

II est tout d'abord investi d'une mission divine et, par suite, d'une autorité supérieure, en un sens, à tout pouvoir humain. « J'ai mis mes paroles dans ta bouche, dit le Seigneur à Jérémie; je t'ai établi en ce jour sur les nations et sur les royaumes pour arracher et détruire, pour disperser et dissiper, pour bâtir et planter *. »

Chez le prédicateur de TÉvangile, la mission ne sera ni moins nécessaire ni moins divine. Son autorité sera aussi haute, plus haute même, sur les âmes et dans les choses de Dieu. Si elle n'atteint pas directement l'ordre politique et temporel, si nous ne vivons plus sous la quasi-théocratie qui fut le régime de l'ancien peuple, si Jésus-Christ a pénétré de sa douceur l'exercice et, pour ainsi parler, la substance même de notre rôle ; le prêtre n'en demeure pas moins le moniteur d'office de tout chrétien, la conscience visible de toute âme baptisée, royale ou sujette. Ainsi l'entendaient Bossuet et Bourdaloue devant Louis XIV qui ne s'en estimait pas amoindri. Saint Augustin nous peint en ces mots les Prophètes des Juifs : « C'étaient leurs vrais philosophes, entendez, les vrais amis de la sagesse ; c'étaient leurs théologiens, c'étaient leurs Prophètes, c'étaient leurs maîtres en fait de droiture et de piété ^. » Inspiration à part, le prédicateur de la Loi nouvelle est-il autre chose ?

On a voulu faire de nos Voyants les tribuns sacrés du peuple^. Rêve de poète et de poète déchu du sens chrétien. Comme le prêtre catholique, ils tenaient tout de Dieu et

Page 1