Joan., XIV
2. Aristote, Problème XVIII, 3. — Voir Cornélius à Lapide, Prolcgoinena in Esclesiasticum, cap. m in fine.
pour la faiblesse et Je fermeté à contrarier, à réduire, à terrasser la superbe de la raison.
Veut-on voir tous ces éléments ramassés en un court exemple, et particulièrement un semblant d'argumentation et d'apologie qui se tourne finalement en affirmation plus victorieuse ?
« On célébrait à Jérusalem la fête des Encœnia * ; c'était l'hiver et Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon. Les Juifs l'entourèrent donc et ils lui disaient : Jusques à quand nous mettras-tu l'esprit à la torture? Si tu es le Christ, dis-nous-le une bonne fois et nettement. » — Interpellé de la sorte, il se réfère simplement à ses déclarations précédentes, si nombreuses, si précises, mais que ses interlocuteurs ne veulent pas avoir entendues. Il va droit à la preuve, à ses œuvres ; il va droit à Fobstacle, à l'orgueil par lequel les obstinés s'excommunient eux-mêmes du troupeau. « Je vous parle et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père, voilà les témoins qui déposent pour moi. Mais vous, vous ne croyez point parce que vous n'êtes pas de mes brebis. » La situation est tranchée, le terrain déblayé, l'affirmation armée d'avance et de toutes pièces ; elle peut donc venir, et elle vient en trois pas pour ainsi dire ; elle se pose à trois reprises et toujours plus fîère.
Jésus s'attribue le pouvoir, non d'obtenir ou de procurer aux siens la vie éternelle, mais de la leur donner en souverain possesseur et maître; Il déclare qu'on ne peut pas plus lui forcer la main qu'au Père lui-même ; enfin voici le dernier mot : « Moi et le Père nous sommes un. » Les Juifs n'en demandent pas davantage ; ils ramassent des pierres. Mais Jésus veut bien faire son apologie ; écoutons-la : elle est surprenante.
Avant tout, l'argument du début va reparaître, véritable argument à tout faire, réponse à tout, mais à laquelle on ne répond jamais. « Je vous ai, de par mon Père, fait voir
1. Dédicace de l'autel des holocaustes, profané par Antiochus et purifié par Judas Machabée.
beaucoup de bonnes œuvres : pour laquelle me lapidezvous ? » Or, devant la logique juive, ces œuvres-là restent non avenues. La haine ne dit pas : l'auteur de pareilles œuvres ne saurait être un blasphémateur ; elle aime mieux prendre la question au rebours et dire : le blasphème efface les œuvres et nous dispense d'en tenir compte. Jésus daigne argumenter encore et tire de l'Écriture cet à fortiori manifeste : « N'est-il pas écrit dans votre loi : J'ai dit : Vous êtes des dieux ? Si donc le Psalmiste appelle dieux ceux qui ont simplement reçu l'inspiration d'en haut, si d'ailleurs l'Écriture est là, inviolable : quand il s'agit de moi que le Père a sanctifié et envoyé au monde, vous criez au blasphème parce que je me suis dit Fils de Dieu ! »
Admirons et retenons pour notre pratique l'insistance du Maître, on oserait dire sa ténacité divine. Après ce raisonnement, qui n'est au fond qu'une affirmation renforcée, voici tout de nouveau Targument suprême, les œuvres ; car tout de même que la mauvaise foi nie sans trêve, le vrai doit se répéter sans lassitude. « Si je ne fais pas les œuvres du Père, ne croyez pas en moi ; mais si je les fais et que vous ne vouliez pas en croire ma parole, croyez mes œuvres, connaissez et croyez que le Père est en moi et moi dans le Père, » c'est-à-dire qu'il y a entre lui et moi une compénétration absolue, une réelle identité de nature. Les Juifs l'entendent à merveille et veulent le saisir, mais il se dérobe à eux.
Dans cette courte scène Jésus s'affirme Dieu quatre fois et invoque trois fois le témoignage de ses œuvres : voilà sa logique en abrégé, c'est celle qui sied au maître des âmes. In potestate erat sermo ipsiiisK
Ce dogmatisme souverain présente encore un caractère non moins exceptionnel. Qui fut jamais si osé que d'affirmer en son nom propre, d'opposer à tout son autorité, son dire, sa parole personnelle, comme règle et raison dernière? On parle au nom de la tradition, de l'opinion ré-