Luc, IV
gnante, du suffrage universel, au nom de l'expérience, de la science, de la vérité ; on se réclame de Dieu, quitte à s'en prouver l'interprète. Mais quel esprit si hardi, si absolu, se réclamera de lui-môme et commandera la croyance de par lui-même ? Jésus-Christ l'a fait, et il l'a fait seul. « En vérité, en vérité, je vous le dis... on vous a donné telle licence ou tel précepte, inais moi, je vons dis ; ego autem dico vobis. » Formule inouïe, qui se trouve, de compte fait, soixante-treize fois dans ses discours. — Pensera-t-on que c'est orgueil? Mais voici un étrange contraste. Cette mise en avant si audacieuse de l'autorité personnelle se rencontre dans ses habitudes do parole avec un effacement continu de sa personne. La doctrine qu'il impose de si haut n'est pas sienne^; ses jugements comme ses œuvres lui viennent d'ailleurs ^. — Soit ! Mais alors il va retomber au rang des simples interprètes ; il ne sera plus, lui aussi, qu'un organe, qu'un porte-parole mieux convaincu peutêtre et plus tranchant par caractère. — Non vraiment. De nouveau tout change de face. Entre ce Père qui inspire, qui dicte tout, et ce Fils si complètement effacé devant son Père, il y a identité de nature, d'autorité par conséquent. Si, à entendre Jésus-Christ, sa doctrine n'est point sienne, il en vient par ailleurs à énoncer cette prétention vraiment étourdissante : « Je suis moi-même et personnellement la vérité^. ))
Nous restons donc en présence d'un dualisme contradictoire en apparence. Jamais parole ne fut si modeste ; jamais parole ne fut si personnellement fière et souveraine. Tant de modestie exclut l'idée de l'orgueil ; mais aussi tant de sagesse exclut l'idée d'incohérence. Que l'incroyant reste muet devant le problème. Pour nous, chrétiens, à la lumière du dogme, tout se démêle, s'unit, s'éclaire jusqu'à resplendir. Le Dieu et Thomme parlent à tour de rôle, et comme
1. Meadoclrina non est mca, sed cjus qui misit me. (Joan., vil, 16.)
2. Non possum a meipso facerc quidquam. Sicut audio judico. {Idem, V, 30.)