‹ La prédicationChapitre 45 sur 218 · Galat., vi, 10. — Ephes.. il · texte numérisé non relu

Galat., vi, 10. — Ephes.. il

4. Et Moyses quidem fidelis erat in tola domo cjus taiiquam famulus... Christus vero tanquam lîlius in domo sua. (Ilebr., ii(, 5, 6.)

toutes choses avec l'aisance respectueuse d'un enfant.

Qu'est-ce à dire et que ferons-nous? La méditation, la prière, la conformité de cœur et de vie iront nous familiarisant de jour en jour avec les choses divines ; non de cette familiarité routinière et méprisante que l'accoutumance produit 011 manque la foi, mais d'une autre familiarité toute sainte que permet, qu'inspire plutôt la vérité descendue lentement au plus intime de l'être et passée pour ainsi dire dans le sang- de l'àme. Alors, sans jamais cesser de nous étonner et de nous ravir, elle coulera comme de source de nos lèvres et de notre cœur, avec cet accent inimitable de conviction profonde et paisible qui rappelle de bien loin, mais qui rappelle de fait, la sérénité du Maître. Et quelle force de persuasion n'est-ce point là? toute ia puissance de l'âme et déjà quelque chose de la puissance de Dieu !

Il est bien vrai, pour former en nous l'orateur sacré, le dernier mot de l'art est tout moral et de sainteté pure. Obligés par état de reproduire autant que nous le pourrons la parole de Notre-Seigneur et sa souveraine puissance, nous n'avons qu'un moyen, mais infaillible : revêtons-nous de Jésus-Christ, pénétrons-nous de Jésus-Christ, tendons sans relâche à sentir en nous-mêmes les sentiments de Jésus-Christ*.

1. Hoc cnim scntitc in vobis quod el in Cliristo Jesu. (Philipp., II, 5.)

L.1 Pentecôte. — Les Apôtres naturellement illettrés mais capables d'éloquence. — Surnaturellement égaux et supérieurs aux Prophètes. — Pourquoi ils ne comptent pas sur l'éloquence humaine.

— Embarras de la critique incroyante en présence de leur parole.

— La critique chrétienne : saint Chrysostome, saint Augustin, Bossuet, Fénelon. — Jusqu'où les Apôtres manquent-ils d art humain?

— Saint Paul a-t-il méprisé positivement 1 éloquence ?

Jésus était mort depuis cinquante jours et ses ennemis commençaient à l'oublier. Soudain, au matin de la Pentecôte, un grand bruit attire la foule autour du Cénacle, oij se tenaient, comme en cachette, quelques disciples du supplicié. On les en voit sortir transfigurés par une sorte d'extase ou d'ivresse sainte, publiant en toutes les langues à la fois les grandeurs de Dieu. Pierre, leur chef, explique le mystère; il proclame la résurrection, la divinité de son Maître, et ce premier discours gagne trois mille hommes. C'est la prédication chrétienne qui fait son entrée dans le monde ; elle vient de naître, elle vient d'être baptisée à la lettre dans le feu et le Saint-Esprit.

Cette date marquait le début d'une entreprise absolument nouvelle, la conquête du monde par la parole. La parole devenait un instrument de catholicité ; elle entreprenait d'étendre à tout l'univers et à tous les siècles une doctrine immuable en soi. Rien de semblable ne s'était vu dans l'antiquité profane ou même sacrée, les religions y étant locales, nationales tout au plus. Rien de semblable ne devait se voir dans l'avenir en dehors du Christianisme

catholique. Omettons les résultats de cette étrange entreprise ; à la prendre en elle-même, elle reste, au centre de l'histoire, un fait unique, sans précédents comme sans imitations; et qui donc oserait jamais en essayer la parodie? Par ailleurs, nous savons, nous, que c'est un fait divin.

L'Homme-Dieu est monté dans sa gloire; la parole théandrique s'est tue ici-bas. Mais à la suite duRoi disparu marche son cortège, ce cortège où nous avons place et qui ne finira qu'avec le monde; innombrable lignée de prédicateurs inspirés ou assistés, à des degrés divers, pour continuer la parole théandrique et l'offrir à toutes les générations. En avant de celte suite royale, de cette postérité oratoire de Jésus-Christ, paraît un groupe d'élite et vraiment à part. Chez ces grands hommes de Dieu, l'éloquence sacrée a des conditions exceptionnelles comme leur rôle, et qu'il nous importe de rappeler. Elles procèdent à la fois et delà mission surnaturelle des Apôtres et de leurs antécédents naturels.

Naturellement, ils sont et demeurent sans lettres. En suppléant à leur ignorance native, en leur conférant d'un seul coup la science des choses divines et le don des langues, le Saint-Esprit ne leur a point appris les délicatesses de la rhétorique humaine. Ils ont d'ailleurs, comme tout homme, un fond original d'éloquence, et, leur élévation surnaturelle ne pouvant rester sans effet sur la nature, il est nécessaire que ce fond soit enrichi et développé. Voilà pour leur faire une parole déjà puissante, mais irrégulière et inculte, comme on la trouverait, par exemple, chez le paysan illettré, mais plein d'une conviction vive et d'un sentiment généreux.

Considérons maintenant leurrôle surnaturel. De ce côté, ils sont égaux aux Prophètes par l'inspiration transitoire ; l'Eglise tient leurs écrits comme procédant du même Esprit que les oracles de l'ancienne Loi. Mais ils dépassent leurs devanciers en plusieurs points. C'est d'abord l'infaillibilité personnelle, probablement commune à tous les Apôtres, l'assistance continue qui les préserve d'erreur dans tout

l'exercice du ministère doctrinal. C'est ensuite, et sans doute possible, l'excellence et l'universalité de leur mission, à quoi il faut joindre l'avantage d'avoir vu et entendu le Maître. Mais, à l'égard du Maître lui-môme, leur situation est nécessairement inférieure. Ils sont témoins, organes, interprètes^ S'ils parlent d'autorité, c'est par l'autorité de Jésus-Christ; s'ils ont comme lui à leur service l'argument du miracle, du moins nereproduisent-ilspas en tout sa logique souveraine ; s'ils affirment avec empire, ce n'est pas en leur nom propre, mais au sien.

En fin de compte, ce sont des hommes sans rhétorique, mais non sans éloquence naturelle. L'influence d'en haut a dû augmenter cette puissance native de leur parole, mais sans la polir et l'affiner à la mode immaine, et en laissant à chacun tous ses traits individuels d'esprit et de cœur. Ils peuvent donc être éloquents, mais non pas à la façon com mune. Pourquoi?

Le plus éloquent d'entre eux et le moins illettré du reste en a donné deux raisons profondes. Avant tout, dit saint Paul, cela importait à l'honneur du surnaturel, de la Croix, seule conquérante des ànies; il fallait rendre manifeste que la conversion du monde serait toute miraculeuse, qu'elle ne devrait rien aux paroles persuasives de la sagesse d'icibas '2. Mais en outre il y avait là un châtiment providentiel, une revanche miséricordieuse contre l'orgueil philosophique, scientifique, enclin à l'athéisme ou toujours faible contre l'idolâtrie. L'homme n'ayant pas voulu reconnaître Dieu par les lumières de la raison naturelle, il convenait de le confondre et de le sauver tout ensemble par la folie de la prédication^; fond et forme, il était bon qu'elle choquât, pour rhumilier, la superbe de l'esprit humain.

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