Actes, II
Mais si les Apôtres emploient des moyens qui tiennent de l'art, ils ne le font ni constamment ni à la manière commune; par-dessus tout, ils négligent absolument les symétries élégantes de la dialectique non moins que le poli du langage et sa douce égalité tempérée, comme parle Bossuet '.
Saint Augustin a donc eu raison de le dire, l'art vrai n'est pas banni de leurs discours, mais il n'y brille pas jusqu'à frapper les regards ; il n'est, pour tout dire, ni recherché ni réprouvé ^. « Il y a plus : aux endroits même oii les doctes peuvent le prendre sur le fait, les objets exprimés sont tels que l'expression ne semble pas un complément surajouté par l'orateur, mais une dépendance naturelle des choses. Vous croiriez voir la doctrine sortir de son sanctuaire, qui est l'âme du docteur, et l'éloquence, comme une servante inséparable, marcher à la suite sans qu'on ait même à l'appeler ^. »
Est-il donc bien vrai que saint Paul ait eu pour l'art humain ce dédain formel, antécédent, prémédité, que Bossuet lui prête ? Observons tout d'abord que l'on n'en a pas besoin pour expliquer la manière de l'Apôtre, les étrangetés et les rudesses de son style si admirable d'ailleurs. Elles s'expliqueraient assez par l'imperfection de sa langue, de ce patois gréco-judaïque bien fait pour choquer l'oreille fine des Aréopagites par exemple. Joignez-y l'inévitable précipitation : le grand missionnaire a mille autres soins que celui de polir la rédaction de ses Epîlres et de parfaire son éducation littéraire. Il est enfin dans une situation exceptionnelle et jouit d'une autorité à part. Il compte, dit saint Jérôme, sur l'interprétation, sur le commentaire qui