‹ La prédicationChapitre 50 sur 218 · Augustin. De Doctrina christiana, iv · texte numérisé non relu

Augustin. De Doctrina christiana, iv

3. Et in quibus forte locis agnoscitur a doctis, taies res dicuntur, ut verba quibus dicuntur, non a dicenle adhibita, sed ipsis rébus velut sponte subjecta videantur : quasi sapientiam de domo sua, id est pectore sapienlis. procedere intelligas, et tanquam inseparabilem famulam ctiam non vocatam sequi eloqueutiam. {Ibidem.)

se fera de ses lettres et voilà pourquoi sa pensée s'enveloppe quelquefois. Mais encore il n'a qu'un médiocre souci des mois parce que l'Esprit-Saint lui garantit le fond des choses*. Est-ce donc témérité de croire que les incorrections de son langage ne sont pas formellement voulues, mais plutôt acceptées avec une résignation facile, voire même avec une satisfaction fière, par les motifs que luimême nous a dits plus haut? N'y a-t-il pas quelque ombre de péril à supposer chez les Apôtres un mépris formel des ressources de la nature cultivée? Et si, dans cette sorte de litige élevé entre les génies chrétiens à propos de l'éloquence apostolique, on osait donner à quelqu'un la palme de la parfaite exactitude, n'est-ce pas saint Augustin qui semblerait y avoir droit ?

Quoi qu'on préfère en penser, notre tâche, à nous, est claire et simple. Nous devons cultiver notre parole et la parfaire comme si nous ne comptions que sur elle; après quoi nous apprendrons des Apôtres à n'attendre rien que de la grâce et non des moyens humains de persuasion. Ce point établi, saint Paul demeure, après Notre-Seigneur Jésus-Christ, le premier et le plus indispensable de nos maîtres, d'ailleurs le seul entre les Apôtres qui nous ait laissé, dans des écrits assez étendus, la matière d'une étude oratoire complète. Il est tout à la fois théoricien et modèle : envisageons-le sous ces deux aspects.

Saint Paul théoricien de la prédication. — La mission du prédicateur. — Conséquences intellectuelles et doctrinales. — Conséquences morales : modestie fière, désintéressement qui, chez l'Apôtre, atteint au sublime.

Si Ton parcourt les Epîtres de saint Paul aux deux évoques ses disciples, si l'on y joint nombre de traits épars oii il nous livre sa manière personnelle d'entendre et de pra-

1. Seipsum interpretari cupiens involvitur. .. Non curabat magnopere de verbis, cum sensum haberet in tuto. (Hieronym.)

tiquer le ministère de la parole, on aura vite recomposé une Ihéorie brève, incomplète encore, mais déjà trop précieuse pour qu'on la puisse négliger.

Rappelons-nous d'abord quelle noble et juste idée il se fait de la mission du prédicateur. Mission d'en haut, qui marque l'homme d'un caractère à part et surhumain. Il faut qu'on nous tienne pour ministres de Jésus-Christ et dispensateurs des mystères célestes ; car nous sommes bien les ambassadeurs du Christ, et c'est Dieu même qui exhorte par notre bouche. Nous avons cet honneur de collaborer à l'Evangile en vertu de la puissance divine ; car notre office n'est pas de provenance humaine ; tout ce que nous sommes, nous le sommes de par Jésus-Christ et de par Dieu*. Quoi de plus élémentaire! Mais qu'il fait bon nous le redire souvent à nous-mêmes, pour nous défendre de la routine et raviver le sentiment de notre devoir avec celui de notre grandeur ! Aussi bien, c'est là le principe et la lumière de tout le reste, la loi de notre attitude morale, la règle première de notre pensée et de nos discours.

En vertu de cette union, nous sommes dépositaires delà doctrine, et tout d'abord obligés de la conserver inaltérable. Voilà pourquoi saint Paul veut la prédication orthodoxe avant tout, avant tout chrétienne. Elle posera pour fondement unique le Christ Jésus ^ ; elle ne saura que Jésus, c'est-à-dire qu'elle y rapportera toute science. Encore ne sera-ce pas un Jésus arrangé, agrémenté d'après la fantaisie humaine, mais le vrai Jésus, le Crucifié^. Saint Paul la veut encore savante dans l'ordre et dans la ligne de cette orthodoxie sévère, nourrie de lecture et de méditation *, patiente et docte ^ comme il sied à la reine des intelligences et des cœurs. Qu'elle porte dans le langage une

1. Cor., IV, 1. — II Cor., v, 20. — II Tim., i, 8. — Galat., i, 1.

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