II Tim., IV
dOU LES MAÎTRES
effet la conscience de sa mission divine lui impose deux sentiments, nous dirions volontiers deux passions, la fierté sans orgueil et le dévouement sans réserve ; Tune qui honore notre ministère, l'autre qui est, entre les formes de l'humilité, la plus pratique et la plus sûre. Saint Paul ne rougit pas de l'Évangile ^ ou plutôt de quel fier enthousiasme il le prêche ! Dieu nous garde, nous, de jamais donner à la vérité je ne sais quel air humilié, timide, pusillanime, de sembler demander grâce pour elle ! Ne serait-ce pas désoler les fidèles sans obtenir des incroyants autre chose que le mépris? Il faut du courage pour porter sans fléchir l'énorme poids de l'opinion hostile ; mais ce courage est de l'essence même de notre mission, et nous devons le revêtir avec l'habit sacré que nous prenons pour monter en chaire. Le R. P. Félix l'a dit éloquemment à Notre-Dame. « Tout à l'heure, descendu de cette tribune, je ne serai plus qu'un homme faible, assez timide pour trembler devant un enfant : ici, je me crois ambassadeur de Jésus-Christ, et je sens que rien ne pourrait m\'mpêcher de proclamer même devant les plus fiers tous les droits de mon Souverain 2. »
Notons-le bien, du reste, la sainte fierté dont Paul fait profession n'est point une disposition native de tempérament et de caractère ; c'est une vertu fille de la grâce, et par deux fois il conjure les Chrétiens de la demander à Dieu pour leur apôtre. « Priez pour moi afin qu'il me soit donné d'ouvrir la bouche en toute confiance, de publier le mystère évangéhque dont je reste l'ambassadeur jusque dans mes chaînes, d'oser parler pour l'Évangile comme j'y suis obligé^. » Belles paroles, noblement commentées par saint Jean Chrysostome *, et qui achèvent de peindre au naturel le prédicateur qui se connaît lui-même. Ce n'est point un audacieux, jouissant de braver l'opinion humaine