Conférences de 1859. Troisième Conférence
3. Ephés., VI, 19, 20. — Cf. Coloss., iv, 3, 4. 'i. Homélie vill, sur l'Epître aux Ephésiens, 7.
LES APÔTRES SAINT PAUL lOî
par tempérament ou par orgueil ; c'est un ministre, un ambassadeur, aussi peu vain de sa personne qu'il est ferme à soutenir les droits de son Maître, renvoyant d'ailleurs à ce Maître et l'honneur de son ministère et l'honneur de son courage à le remplir.
Homme courageux, homme dévoué, car en vertu de sa mission supérieure, il ne s'appartient plus. Elle Ta fait débiteur de tous, doctes et ignorants, Grecs et barbares ^ ; elle l'a fait serviteur de tous, mais par et pour Jésus- Christ^, ce qui l'exempte d'être le complaisant de personne. Que l'homme s'y résigne : nous l'aimerons jusqu'à nous dépenser pour lui sans réserve, mais nous ne le traiterons pas en Dieu. A cela près, l'existence de l'apotre, du prédicateur, sera une immolation sans trêve, parce que le même travail qui fait en lui la mort, la mortiflcation quotidienne, produit la vie chez ceux que Dieu lui a confiés-^.
Or, ce dévouement s'élève par degrés jusqu'au désintéressement le plus entier, le plus héroïque. En parcourant saint Paul, on peut suivre ce progrès tout divin, ces ascensions merveilleuses par oiî la charité conduit un vrai cœur d'apôtre, de prédicateur chrétien. Avant tout, elle le détache du gain terrestre. Comme tout homme de Dieu, Paul a droit de vivre de son ministère ; mais n'importe r son salaire est de prêcher l'Évangile sans profit humain^. Reçoit-il l'aumône, il rend grâces et jouit de la charité fraternelle, mais en ayant soin de marquer la glorieuse indépendance où le mettent ses habitudes de pauvreté ^.
Ce n'est là qu'un premier pas, un désintéressement vul-
1. Grœcis ac Barbaris, sapientibus et iusipientibus debitor sum» (Rom.,i, li.)