Idem, xvii, 18 à
devant Hérode, mais Jésus ayant cette fois de bonnes raisons pour ne pas se taire. Ici la situation de l'orateur chrétien est intéressante, elle est critique. Il n'a plus, comme dans les synagogues, le point d'appui du monothéisme et des traditions sacrées. Devant ces païens sceptiques, il faut, pour introduire Jésus-Christ, commencer par établir le Dieu unique, esprit pur. N'est-ce point, hélas ! où nous en sommes, nous, devant un grand nombre de nos contemporains? Mais quelle habileté loyale dans le discours de l'Apôtre ! Quelle éloquence ! Pourquoi ne pas dire : quelle rhétorique excellente! L'exorde, tiré d'une inscription locale, pique l'amour-propre et la curiosité ensemble. Paul combatl'idolâtrie par un exposé court et grandiose de la majesté divine et par deux arguments simples, l'un de bon sens, l'autre de dignité humaine : le Créateur du ciel et de la terre ne s'enferme pas dans un temple fait de main d'homme; notre père à tous n'est pas un morceau de bois ou de métal. En passant, l'orateurindique le devoir essentiel de la créature intelligente, qui est de chercher Dieu et de le saisir, s'il est possible, encore bien qu'il nous entoure et nous compénètre de toutes parts. Enfin le mot pratique a son tour, ce mot redoutable de pénitence qui dut si fort étonner les oreilles superbes des Aréopagites. Pénitence au nom et par la vertu de l'Homme-Dieu, constitué d'en haut réparateur et juge du monde, et qui s'accrédite devant les âmes par le fait de sa résurrection. Nous savons le reste. A ces étranges idées, la légèreté athénienne se moque ou prend frayeur; en tout cas, elle refuse d'entendre, comme on le fait pour nous tous les jours. De vrai, les choses dites avaient de quoi jeterdansla stupeur ces désabusés detoutes les écoles. Mais combien ne durent-ils pas admirer aussi l'aisance étrange de l'artisan juif qui leur parlait de si haut, sans les blesser d'ailleurs, et avec un soin délicat de les prendre par leurs idées, par leur littérature, par leurs habitudes, par leurs préférences, par tout eux-mêmes ! Ils ne venaient pas seulement d'entendre une éloquence originale; ils avaient senti, sans bien le comprendre, passer une
force inconnue, la force de la conviction surnaturelle, l'humble et sainte fierté de la foi.
Mais c'est dans les Epîtres qu'on doit chercher saint Paul tout entier, sa manière, son style, son àme*. Style rude mais admirable et de génie, àme forte, âme ardente et qu'il ne sera point banal cetie fois d'appeler une àme de feu. Pour la traduire, pour en dégager la flamme, Paul a des moyens à lui propres, extraordinaires mais efficaces. Qu'il dédaigne, sinon l'art naturel, au moins les artifices d'école et le fini littéraire, à la bonne heure! Il a pour y suppléer ce qui fait, de leur aveu même, les vrais éloquents.
Encore, tout n'est-il pas cœur et flamme dans ces lettres, véritable prédication écrite où 1 Apôtre enseigne, corrige, reprend, exhorte, faisant œuvre complète d'évangéliste et accomplissant à distance toutes les parties du ministère de la parole ^. On a nommé Paul le seul homme de génie du collège apostolique^. De fait, le premier trait qui frappe en lui, c'est la hauteur des vues, la grandeur surnaturelle de la pensée. Cette intelligence supérieure jette partout et comme sans y penser les idées les plus sublimes, véritables éclairs, jaillissements soudains du feu intérieur. En outre, elle va par une pente naturelle aux aperçus d'ensemble, à la synthèse. En maint endroit vous sentez l'effort tourmenté, puissant, magnifique, d'un esprit qui se travaille à rendre en quelques paroles l'unité doctrinale dont il porte en lui-même la conception et le goût passionné. Relisons i'Epître aux Ephésiens par exemple : nous verrons Paul se complaire, c'est trop peu dire peut-être, se délecter à contempler l'harmonie des dogmes et leur rapport au dogme central
1. Nous n avons pas à dire ici ce que les Epîtres nous offrent comme fond et substance. Rien de plus fécond après rÉvaugile. Pour nous en faciliter l'usage, on a eu 1 heureuse idée de grouper par ordre de matières les enseignements dogmatiques et moraux de l'Apôtre. \^Saint Paul étudié au point de \'ue de la prédication, par M. labbé Doublet. 3 vol. in-18.)
2. Opus fac evangelistae, ministerium tuum impie, ill Tim., IV, o.)