Rom., VIII
pour me faire place. A la bonne heure ! leur incrédulité les a brisés, comme ta foi te maintient toi-même. Ne t'enfle pas, mais tremble ; car si Dieu n'a pas épargné les rameaux naturels, il se peut qu'il ne t'épargne pas non plus'. » Et Tallégorie se poursuit, colorant fortement cedialogisme si lumineux et si chaud dans sa verve originale.
Où l'imagination de TApôtre est d'un effet plus saisissant, c'est quand elle seconde de toute sa force l'esprit et le cœur en lutte avec une donnée intraduisible ; quand elle se travaille pour prêter un corps, une forme quasi palpable, aux choses les plus immatérielles de l'âme et de Dieu. Tanlôt elle entre pour sa part dans des accumulations impétueuses où la pensée s'emporle et se fait jour comme un torrent. Paul défie toute créature de le séparer de la charité de Jésus-Christ. La tribulation, l'angoisse, la nudité, le péril, la persécution, le glaive, la mort, la vie, les anges, les principautés, les vertus, le présent, l'avenir, la force, la hauteur, la profondeur : les images, les abstractions, appelées de toutes parts aux secours de la pensée, roulent ensemble, on pourrait dire pêle-mêle, dans ce flot magnifique, en contribuant à le grossir. Ailleurs l'âme, saisie d'un grand objet, s'enlève, pour ainsi dire, par bonds successifs, l'enthousiasme d'une idée en suscitant toujours une autre, jusqu'à un repos qui se fait d'ordinaire sur la pensée de Notre-Seigneur Jésus- Christ. De là ces phrases déroulées à l'infini, ou plutôt se renouant sans cesse, comme si, au moment de toucher terre et de reprendre haleine, l'esprit se sentait ressaisi et relancé par un tourbillon nouveau. De là ces violences faites au langage, incorrections sans doute, condamnables en grammaire, inimitables en pratique, mais admirables en soi comme expression du mouvement de l'âme, de ses efforts et de son impuissance. Dans le seul chapitre i^"" de l'Epître aux Ephésiens on trouve par deux fois ce phénomène de style et de pensée. N'essayons pas de traduire ;