Homélie vu, 5 et suiv
reproduire la marche ondoyante ou brisée; mais n'y cherchons pas non plus, comme un mérite du genre, la sévère unité, la plénitude logique, et, pour ainsi dire, l'autonomie qui fait de certains sermons de Bourdaloue, par exemple, un traité complet sur la matière. Ce n'est point ici une thèse, mais une leçon dans un cours, et l'unité y est suffisante si le texte interprété a bien rendu toute sa lumière. L'heure n'est point venue de comparer les deux méthodes. Contentons-nous d'avouer en passant que nous aimerions fort les voir alterner ou s'unir.
Celle de Chrysostome lui a permis de commenter, avec le temps, l'Écriture presque entière. Or l'esprit dominant de son interprétation est tout populaire et tout pratique. A rencontre des errements d'Origène, parfois trop docilement suivis, osons-nous penser, par saint Basile, saint Ambroise et saint Augustin même, il préfère le sens littéral aux applications allégoriques, de quoi le Bréviaire romain lui faire une gloire *. Populaire en ce point capital, il ne le sera pas moins dans tous les détails de sa manière. Ici combien d'exemples excellents !
C'est d'abord l'étude approfondie du texte, la discussion littérale souvent très appuyée. C'est le soin d'élucider tout, de ne laisser point, s'il est possible, une seule ombre sur la route. C'est l'insistance à prévenir les questions incidentes. Qu'il les résolve ou les ajourne, Chrysostome les indique au moins. En attendant mieux, on aura cette satisfaction, cette assurance, de voir qu'elles n'échappent point à l'interprète et qu'il n'entend point s'y dérober. Pareilles précautions étaient sans doute opportunes devant les Grecs subtils et questionneurs; le sont-elles beaucoup moins devant l'intelligence moderne si profondément infectée de rationalisme et si inquiète dans sa foi?
Le commentateur, le professeur, le catéchiste, a d'autres secrets à nous apprendre. Ses discussions scripturaires
1. Interpretandi eti.im ralionem et inhaerentem scntenliae sacrorum librorum explanationem... omnes mirantur. (27 janvier, leçon VI.)
sont finement menées*, mais chez lui la controverse tient à demeurer populaire. Il semble que saint Augustin l'emporte en ce point, étant capable d'unir à une égale simplicité une profondeur plus grande. Mais, comme Augustin lui-même, Chrysostome entend par-dessus tout munir la foi des simples dune armure à leur taille. Rencoulrent-ils un Manichéen qui leur parle du double principe des choses? Qu'ils le confondent en répétant cette simple et victorieuse parole : « Au commencement. Dieu créa le ciel et la terre-. » Excellente réfutation, du reste, abrégé des savantes discussions qui passent la portée du vulgaire"*. Ne demandez pas au controversiste de rien faire pour la curiosité superbe de l'esprit : il sait trop bien le faible de la nature; mais en outre il est trop fier de sa foi, trop jaloux des droits souverains du Révélateur. S'il trouve un mystère sur la route, loin de chercher à l'amoindrir, il le renforce plutôt, puis il oppose un autre mystère plus incompréhensible encore. On s'étonne de la conception humaine de Jésus : eh bien! que sera-ce de l'éternelle génération du Verbe? Et tout finit par ce conseil d'une si haute valeur pratique : « Reçois ce que Dieu veut bien te découvrir, et ne t'inquiète pas de ce qu'il te cache*. » Simple ou docte, lintelligence n'a pas d'autre attitude devant les profondeurs de Dieu^, et Chrysostome n'est pas de ceux qui la flatteront jusqu'à lui permettre de l'oublier.
Mais le thème préféré de ce grand maître, c'est le fait biblique : « On trouve en lui, dit Bossuet, la manière de traiter les exemples de l'Ecriture''. » Jamais en effet sa
1. Comment il établit, par exemple, que la très sainte Vierge est fille de David. (Homélie ii sur saint Matthieu, 3. 4.)